![]() Carnet de route du Pérou |
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Principales villes visitées :
Samedi 30 mars 2002Arrivons à l'aéroport de Lima vers 2h00 du matin, heure locale, un peu décalés. Nous sommes accueillis par Ruth, la propriétaire de l'hôtel où nous avons réservé une chambre via Internet. Prenons place dans le "combi", avec son mari au volant, et découvrons les différents quartiers de Lima, déserts à cette heure, accompagnés de leurs commentaires. Sommes heureux qu'ils soient venus nous chercher à cette heure bien tardive. Arrivons près de 40 minutes plus tard dans le quartier de Chorillos. Sommes accueillis par le garde armé de l'hôtel qui dégrafe son gilet pare-balles pour nous aider à décharger les sacs. Sympa le comité d'accueil ! Le quartier est pourtant réputé sûr ... Sommeil très difficile à trouver. Nous nous réveillons en milieu d'après-midi (vive le décalage horaire !) et commençons par une petite découverte des environs. Chorillos est un quartier résidentiel à l'est de Lima, à une trentaine de minutes en voiture du centre ville. Il se situe derrière le fameux quartier touristique huppé de Miraflores et le quartier "bohème" de Barranco. Le bruit et la chaleur ambiante nous enveloppent lorsque nous quittons l'hôtel. Sommes sur un axe principal et il y a pas mal de trafic urbain à cette heure. La rue principale qui mène au bord de mer est constituée de nombreuses petites boutiques et maisons basses. Nous nous trouvons entre la mer et le désert : le contraste est saisissant. Balade de quelques heures près de la plage et de la criée du port des pêcheurs. Des restaurants sommaires proposent fruits de mer et langoustes aux limenos (habitants de Lima) venus en ce samedi passer la journée à la plage. Nous croisons sur le chemin un péruvien d'âge mûr qui, nous demandant d'où nous venons, se met à chanter en espagnol une chanson sur la France, battant la mesure sur une "cajon", instrument de musique (caisse en bois) typique de la côte, venant des esclaves noirs et importé par les Espagnols ... Cela attire autour de nous quelques curieux. Nous nous délestons à la fin de la chanson, du dernier dollar néo-zélandais qu'il nous restait, demandé en guise de souvenir par ce chanteur des rues. Nous remontons tranquillement jusqu'à l´hôtel pour une soirée calme devant TV5. Après plus d'un mois en Nouvelle-Zélande, nous avons besoin de refaire le plein d'infos.
Dimanche 31 mars 2002Quittons en fin de matinée l'hôtel un peu groguis par les effets du décalage horaire. Prenons un bus direction le centre de Lima. Les moyens de transport sont nombreux et variés : cela va du moto taxi, au bus en passant par les taxis individuels aux voitures parfois bien fatiguées et n'ayant pas toujours bonne réputation. S'y ajoutent les "collectivos", combi fourgonnette accueillant jusqu'à 10 personnes. Tous fonctionnent à la criée et au klaxon pour rabattre les passagers. Cela n'est pas sans nous rappeler certains pays d'Asie ! Nous empruntons la Voie Express et sommes vite rejoints dans le bus par des vendeurs ambulants proposant stylos, caramels, globe terrestre (prix promotion dérisoire en cette rentrée des classes !), chanteurs accompagnés à la guitare et à la flûte de pan proposant également CD, cassettes et cartes de visite. L'ambiance est bon enfant , les passagers sont généreux et applaudissent. Deux jeunes limenos nous indiquent gentiment où descendre. Les péruviens semblent sympathiques. Nous apprécions grandement de pouvoir discuter avec eux en espagnol. Il n'y a plus cette barrière de la langue qui nous gênait tant en Asie ... Nous arrivons près de la place San-Martín où se tient un grand rassemblement de péruviens en habits traditionnels aux couleurs chatoyantes qui semblent répéter des pas de danse dans de grands éclats de rire. Nombreuses sont les familles venues se promener en ce dimanche Pascal. Nous remontons ensuite la rue commerçante principale, Jiron de la Union. Pénétrons à l'intérieur d'une des plus fameuses églises de la ville, la Merced en plein office. La première construction de 1534, un an avant la création de la ville, à disparu. L'édifice que nous voyons date du XVIIIème siècle. La messe célébrée en espagnol, les centaines de fidèles recueillis et une ornementation chargée confèrent à ce lieu une ambiance chaleureuse et quelque peu différente de celle que nous connaissons en France. Après 500 ans de colonialisme, le christianisme est toujours aussi présent. Dehors, de jeunes enfants vendent des cierges et des représentations du Christ, paré de feuilles de palmier. Nous rejoignons la Plaza de Armas dite Plaza Mayor devant laquelle se dresse la cathédrale, fermée ce jour. La place est vaste, de nombreux limenos s'y promènent. Des cireurs de chaussures, vendeurs de boissons et glace à l'eau y déambulent. De grands bâtiments aux tons safran encadrent la place. Nous nous y arrêtons un bon moment pour nous imprégner de l'ambiance. Pause déjeuner dans un restaurant du quartier, servant l'incontournable "pollo-papas", poulet/frites, l'un des plats apparemment favori et bon marché des péruviens. Là aussi, plusieurs gardes armés patrouillent dans les restaurants et boutiques. Nous redescendons tranquillement Jiron de la Union puis la Plaza San Martín avant de rejoindre le Parque de la Exposición où se trouve le Musée de l'Art. Ce musée se trouve dans un très beau bâtiment dessiné par Gustave Eiffel. De grandes salles hautes de plafond présentent l'art péruvien pré-colombien. Nous commençons notre apprentissage de l'histoire du Pérou qui a donné, sur une période de plus de 3.000 ans, de grandes civilisations et dont subsistent de nombreux vestiges.
Le pays peut se diviser en trois zones principales auxquelles sont rattachées différentes civilisations. L'influence de Chavin, dans les parties Nord et centre du pays, est marquée par de formidables découvertes dans l'art du tissage, de la poterie et de l'architecture. La partie Sud voit l'émergence de l'influence dite Paracas avec les plus belles pièces de textile pré-colombiennes. Emergent ensuite deux cultures importantes : la culture Moche dans le Nord et la culture Nazca dans le Sud. La poterie, le travail du métal et le tissage se développent considérablement. Ces deux cultures ont laissé des sites que nous souhaitons découvrir au cours de notre séjour. D'autres cultures aussi connues illustrent cette longue période : Tiahuanaco, Recuay ... Puis viennent les Wari qui sont ensuite remplacés par les Chimu dans le Nord du pays près de Trujillo. Les Chancay font leur apparition dans la partie centre du pays. Puis vient le plus connu des empires, l'empire Inca qui dure un peu moins d'un siècle, avant l'arrivée des conquistadors espagnols en 1532. Nous découvrons tour à tour céramique Moche avec des représentations de dieux, figurines Chancay, objets en or et bronze, tissus et bijoux Chimu et Inca. De très beaux textiles de différentes périodes, fabuleuses pièces en coton et plumes Chimu, Inca ... masque en cuivre Moche et Inca ... Nous découvrons ensuite une très grande galerie de peinture relatant 400 ans d'histoire : peintures religieuses, portraits, scènes de vie. Des meubles coloniaux richement sculptés sont également exposés. Nous quittons le musée après deux heures de visite pour une balade dans les jardins de l'exposition. De nombreux limenos en couple ou en famille viennent se détendre dans le jardin japonais, faire du pédalo ou être les spectateurs d'un théâtre de marionnettes. Nous rejoignons la Plaza de Grau pour reprendre notre bus direction Chorillos. Croisons plusieurs femmes motards aux uniformes de la police, chevauchant des Harley et patrouillant sur la voie express. Nous en avions déjà croisé ce matin près de la Plaza San Martín lors du rassemblement festif. Dîner dans un des petits restaurants du quartier. Les limenos présents viennent y dîner ou boire un verre. Un duo de chanteurs vient jouer une chanson en échange d'une petite pièce. Nous attaquons comme tout le monde au litre de coca et au menu traditionnel : soupe du jour accompagnée de poulet, riz et pommes de terre.
Lundi 1er avril 2002Grâce aux précieuses indications de Ruth, nous nous rendons sans problème au bureau d'une des compagnies de transport pour acheter deux billets pour Trujillo, situé à près de 600 km de Lima dans le Nord du pays. La compagnie propose des bus confortables et nous choisissons de partir le lendemain pour un trajet de jour de 10 heures. Nous rejoignons ensuite le quartier de Monterrico pour visiter le Museo de Oro. Ce musée abrite deux collections privées : un musée d'armurerie et le musée de l'or. Ces collections appartiennent à la famille Gallo. Connue à travers le monde entier, la collection de l'or a voyagé dans toutes les capitales à l'occasion d'expositions temporaires. C'est ainsi que Paris fut la première ville à accueillir une partie de la collection dès 1958. Nous rejoignons le sous-sol du bâtiment ressemblant plus à un bunker qu'à un musée. Une première salle présente armes anciennes, masques et moules en céramique de la période du paléolithique. Une seconde salle présente une multitude de bijoux en or, argent, avec terre ou pierres précieuses (rubis, émeraudes, turquoises ...) des périodes Moche et Chimu. Sont également exposés de nombreux colliers, bagues, croix, médaillons représentant le Christ de l'époque coloniale du XVIème au XVIIIème siècle. Le contraste entre ces deux types de collection est surprenant. Se succèdent coiffes en or Moche et Chimu, instruments de musique Nazca en argile, et Chimu en cuivre, masques funéraires et costumes en plumes de la période Nazca, costumes de danse ... La période Nazca est marquée par l'ajout de plumes de couleur sur les coiffes, ponchos et costumes. La collection est superbe et comprend des milliers d'objets. Malheureusement, les pièces ne sont pas bien mises en valeur et certaines collections manquent d'explications. Les différents métaux employés au cours des siècles permettent de les classer chronologiquement. Le cuivre est d'abord utilisé, suivi de l'or et de l'argent. Le bronze est utilisé à partir de l'époque Tiahuanaco. Le mercure est utilisé comme peinture. L'or, matière noble, perdure au cours des siècles, alors que l'argent perd sa qualité métallique. Quant au cuivre, présent dans les régions humides, il disparaît peu à peu, laissant seulement des traces vertes. Beaucoup de pièces ont été fondues lors de la conquête espagnole. Seules les pièces funéraires ont été épargnées (les sites enterrés n'ayant pas été découverts). C'est ce qui reste à présent ... Nous découvrons également le mode de fabrication de tous ces objets superbes. Une empreinte, fabriquée en résine ou en cire, est recouverte de céramique. Le moule est ensuite chauffé. Cuite, la cire s'écoule par un orifice. Cela permet ensuite de couler le métal précieux. La céramique est ensuite rompue. Nous découvrons à la fin de l'exposition une très belle série de "Tumi", pièces d'une trentaine de centimètres. La première fonction du tumi est le couteau (guerre, rituel, chirurgical ou domestique). Il devient par la suite un des symboles du Pérou, la représentation d'une culture. Le plus ancien date de la période Chavin (1.000 ans av. J-C). Les plus récents sont sous la forme de logos : compagnie aérienne, agence de tourisme ... Le personnage le plus représenté est le dieu Naymlap. Ce caudillo (chef) venu par la mer sur la côte Nord du Pérou est le fondateur de la dynastie de la région de Lambayeque. Nous quittons le sous-sol du bâtiment, impressionnés par la beauté et la richesse de cette collection qui aurait coûté à son propriétaire plusieurs millions de dollars, à l'époque. Une collection inestimable. Nous découvrons ensuite la collection d'armes du monde entier, située au rez-de-chaussée. Pistolets, couteaux, fusils, épées, sabres japonais, médailles, armures, casques et képis. Des milliers d'objets exposés, pièces de toutes les époques et de tous les pays ... malheureusement là aussi, mal mis en valeur. Une collection également réputée comme la plus importante au monde. Nous découvrons, avant de quitter le site, les très belles reproductions en or et argent des objets péruviens réalisés par une célèbre bijouterie. Nous regagnons tranquillement en fin de journée notre quartier, ravis d'avoir appris tant de choses sur l'art pré-colombien.
Mardi 02 avril 2002Nous quittons Chorillos en début de matinée après avoir remercié chaleureusement l'équipe de l'hôtel. Prenons notre bus direction Trujillo. Nous mettons plus d'une heure à quitter Lima avant de rejoindre la route Panamericana, route mythique qui traverse une grande partie du continent sud américain, longeant la côte depuis la Colombie jusqu'au Chili. Pendant dix heures, nous suivons la côte : d'un côté l'océan pacifique, de l'autre montagnes et vallées désertiques. Parfois y sont construits des villages poussiéreux aux petites maisons de briques et de palmes, non achevées. Des oasis également où se mêlent rizières, champs de canne à sucre et autres cultures. Les paysages désertiques sont impressionnants. Nous nous retrouvons parfois au pied des montagnes constituées de sable et de pierres, prêtes à glisser sur la route. Les dunes sont sculptées par le vent et leur contemplation est loin d'être monotone. Arrivons en début de soirée à Trujillo, troisième ville du pays. Au terminal des bus, faisons la connaissance d'un péruvien qui, après que nous lui ayons demandé notre chemin, nous prend par le bras et nous accompagne en taxi jusqu'à notre hôtel. Le trajet ne sera que rire et échange d'anecdotes avec le chauffeur de taxi et notre guide, Augustin, vivant à Lima. Nous arrivons devant l'hôtel. Il insiste pour payer la course et nous lui promettons de lui envoyer une carte d'un futur pays visité pour le remercier de sa gentillesse. Nous le quittons après un "abrazo", étreinte amicale en se tapant dans le dos. Nous découvrons alors l'hôtel Americano. C'est une vaste demeure de type coloniale, un peu fatiguée mais ayant gardé tout son caractère. De vastes patios comprenant quatre étages s'y succèdent, résonnant aux bruits de nos pas. Nous prenons logement dans une chambre toute en longueur, aux murs jaunes et blancs et au mobilier d'époque, à la baignoire en marbre, au plafond de près de huit mètres. Nous nous prenons pour deux conquistadors dormant dans des lits se faisant face dans ce qui ressemble à une chambre de gardes.
Mercredi 03 avril 2002Trujillo qui compte plus de 700.000 habitants est réputée pour la beauté de ses demeures coloniales et la richesse de ses vestiges archéologiques. Le site de Chan Chan, l'ancienne capitale de l'empire Chimu ainsi que plusieurs autres sites, se trouvent à moins de 5 km du centre. Nous décidons de profiter de cette première journée pour découvrir les belles maisons coloniales. La plupart sont situées dans le quartier de la Plaza de Armas. Nous nous rendons donc sur la vaste place principale qui est à quelques minutes à pied de l'hôtel via la rue Pizarro, très commerçante. La place est bordée par une jolie cathédrale datant du XVIIIème siècle et entourée de belles façades aux teintes pastels, jaune, rose, bleu indigo parfaitement restaurées. Des grilles en fer forgé ornent la plupart des entrées. Nous nous rendons au bureau touristique, situé sur la place, afin d'obtenir quelques renseignements sur les demeures visitables. Un péruvien sympathique nous donne toutes les infos souhaitées en nous remettant également des brochures. La première maison que nous visitons est située à quelques mètres de là. La Casa de Urquiaga est une maison édifiée au XVIème siècle, à l'époque de la fondation de la ville (1534). Elle fut la résidence de personnages célèbres comme le "libérateur" du Pérou, Simon Bolivar. Elle fut reconstruite au cours du XIXème siècle selon l'architecture néo-classique de l'époque, style qu'elle conserve encore à ce jour. Ses 2.274 m² comprennent trois beaux patios donnant chacun sur d'élégants salons de réception, antichambres, couloirs, chambres ... Une jeune péruvienne nous sert de guide et nous raconte l'histoire de cette demeure. Sont également exposés collections Chimu et Moche, toiles de maîtres péruviens, collection de pièces et billets émis à l'occasion d'évènements. Meubles d'époque, tapisseries et tableaux donnent à chacune des pièces de la chaleur. La maison a été rachetée par la Banco Central de Reserva en octobre 1972, décidée à contribuer à la diffusion des valeurs historiques et culturelles. Elle a entrepris une importante rénovation de la Casa Urquiaga, à présent ouverte gratuitement aux visiteurs. Nous remercions notre jeune guide et les deux gardes armés à l'entrée. Nous nous rendons ensuite à la cathédrale, située de l'autre côté de la place. Datant de 1666, puis reconstruite, elle abrite de belles peintures religieuses et statues réalisées par les Indiens, inspirés de l'art espagnol. La façade extérieure est simple, sans ornementation, peinte d'un joli ton crème. Nous la quittons après un bon moment pour nous rendre dans le patio intérieur de la cour de justice. Là aussi, façades, colonnes et jardins, véritable patrimoine artistique, sont parfaitement entretenus. Nous nous sentons bien dans cette cour intérieure, à l'écart du vacarme de la ville auquel sont habitués les Péruviens : vacarme incessant des klaxons des taxis et voitures, cris, chants, télévision et radios, sifflets, etc ... le tout sous une chaleur écrasante. Nous visitons ensuite une deuxième maison coloniale, la Casa de Emancipación qui appartient également à une banque péruvienne, la Banco Continental, et où fut proclamé en 1820 l'indépendance de la ville. Dans le même style que la Casa Urquiaga (les patios, l'enfilade des salons, les grilles de fer forgé situées après la lourde porte de bois sculptée ...), elle a conservé l'entrée d'origine, sorte de rampe en pierre menant au premier patio et permettant un meilleur écoulement des eaux de pluie. Cette rampe est protégée par un sol en verre trempé. Ce principe de rampe existait dans chaque maison coloniale mais a été remplacé par des marches en pierre et bois. La demeure, moins meublée et moins restaurée n'a pas le charme de la première. Le Palacio Itturegui, situé à quelques mètres de là, à la façade jaune vif, abrite le Club Central. Ce palais du XIXème siècle, conçu également selon le style néo-classique, est composé d'une vaste et belle cour intérieure aux colonnes de bois et statues de marbre italien ... Nous ne pénétrons pas dans le bâtiment, l'accès étant réservé à cette heure aux membres du club. Nous rejoignons ensuite le bureau de la police touristique situé dans l'enceinte de la Casa Ganoza Chopitea. La police touristique nous remet une carte détaillée sur les sites que nous souhaitons visiter demain et les moyens de transport pour y parvenir. La jeune femme qui nous accueille est fort sympathique et répond avec gentillesse à toutes nos questions. Nous visitons ensuite rapidement la demeure coloniale qui, malgré une petite exposition d'œuvres modernes sur l'art Chimu, n'est pas des plus jolies. Nous avons eu un vrai coup de cœur pour la première. Il suffit de se promener dans les nombreuses ruelles autour de la place pour en découvrir des dizaines d'autres cachées derrière leurs lourdes grilles. Nous partons ensuite, non sans mal, à la recherche de coordonnées d'agences de transport pouvant nous conduire de jour dans la région de Huaraz au pied de la Cordillère des Andes. Après plusieurs tentatives d'appels infructueux, nous arrivons finalement à obtenir le numéro d'une compagnie située à deux heures de là, plus au sud et assurant une liaison de jour. Il faut à présent trouver la compagnie qui part de Trujiilo à cinq heures du matin, cela ne semble pas être une mince affaire ...
Jeudi 04 avril 2002Après réflexion, nous décidons de changer nos plans pour le départ vers la Cordillère Blanche. N'étant pas sûrs de trouver un bus à cinq heures du matin pour Chimbote où nous devons récupérer un second bus, nous réservons deux billets pour un trajet de nuit prévu ce soir. Nous regagnons ensuite la Plaza de Armas autour de laquelle circulent des centaines de taxis jaunes : on se croirait à la sortie d'un aéroport international ! Plusieurs dizaines de taxis blancs sont garés autour de la place, le pare-brise peinturluré de slogans. Cela ressemble à une manifestation. Nous rentrons à l'hôtel préparer nos sacs et libérer la chambre, puis partons prendre un bus collectivo faisant la navette entre Trujillo et le village de pêcheurs de Huanchaco à 10 km de là. Le site de Chan Chan se trouve à mi-chemin. Nous assistons à la sortie des écoles du quartier de centaines de jeunes péruviens, filles et garçons en uniforme. Dix minutes après avoir quitté le centre, nous arrivons à l'embranchement du site de Chan Chan, l'ancienne capitale pré-colombienne de l'empire Chimu. Le paysage est désertique. Il nous faut marcher près de deux kilomètres depuis la route principale pour atteindre le site de Tschudi, le seul des neuf palais de Chan Chan ouvert aux visiteurs. Un taxi nous propose de nous y conduire pour deux soles et nous prenons place à bord. Nous faisons la connaissance de Celio, notre chauffeur qui nous propose en chemin de nous conduire sur les autres sites du coin pour un prix forfaitaire. Passionné par l'histoire de son pays, il souhaite également nous faire bénéficier de ses connaissances. Nous acceptons la proposition après avoir revu le forfait un peu à la baisse. Nous arrivons devant l'entrée de Tschudi, seul site partiellement restauré. Chan Chan a été construit entre le VIIIème et le XIVème siècle et couvre près de 28 km². Elle est considérée comme la plus vaste cité en terre du monde. Chan Chan représentait le centre politique, administratif et religieux de l'état de Chimu. La cité abrita jusqu'à 60.000 personnes. Composée de neuf palais érigés par les souverains successifs, le site a été établi à cet emplacement en rapport avec la position des étoiles dans le ciel. Les Chimu donnaient une grande importance aux théories astrales, vénérant la lune, les étoiles et la mer, source de leur alimentation. Cette "ville" renfermait habitations, temples, ateliers (les Chimu étaient de très bons orfèvres travaillant de nouveaux alliages), citernes d'eau ... les édifices étaient ornés de frises moulées dans la terre et les parties les plus importantes renfermaient or, argent et pierres précieuses. Malheureusement, les pillages successifs dûs aux espagnols puis aux "huaqueros", les pilleurs de temples, n'ont laissé qu'une maigre trace de toutes ces richesses passées. De plus, les tremblements de terre, les inondations et l'érosion ont également beaucoup détruit le site qui à certains endroits ne laisse apparaître que des monticules de terre. Nous visitons un long moment à pied Tschudi qui porte le nom de l'archéologue ayant découvert le site, Joan Jacob Von Tschudi. Le site comprend trois secteurs principaux : la grande place de cérémonie et d'audience, la petite place de cérémonie et le site funéraire où était enterré le souverain avec nombre d'offrandes. Nous pénétrons tout d'abord dans la grande place de cérémonie, vaste espace à ciel ouvert dont les murs de près de dix mètres sont recouverts de frises : animaux marins surmontés de lignes représentant des vagues. Quatre accès aux points cardinaux mènent à la salle des audiences et aux autres parties du palais. Cette salle était réservée aux grandes réunions. L'une des portes nous conduit à des avenues et corridors également ornés de frises récemment restaurées, représentant animaux et figures géométriques qui mènent au sanctuaire. Le site funéraire est orné de frises carrées et rectangulaires représentant des filets de pêche. Nous accédons ensuite à la deuxième place de cérémonie, plus petite, derrière laquelle se trouve un très grand réservoir d'eau. N'y subsistent que quelques nénuphars et un peu de végétation. Nous grimpons en haut d'un mirador pour avoir une vue d'ensemble. Il y a peu de visiteurs, le plus souvent accompagnés de guides locaux. Nous regagnons tranquillement la sortie où nous attend Celio. Il se fait un plaisir de nous raconter l'histoire de cette ville, prise par les Incas en 1471 mais de manière pacifique. Nous apprenons également les différents noms donnés au site selon les époques : Chan Chan s'appelait Sian Sian qui pour les Chimu signifiait "la maison de la lune". Les Incas la surnommèrent ensuite Xan Xan, "la maison du soleil" (les Incas vénéraient la terre et le soleil). Au fil des siècles, le nom donné par les Espagnols, Tan Tan se transforma avec les prononciations Chimu et Inca en Chan Chan. Nous prenons la direction du petit musée du site, situé à quelques kilomètres de là. Sont exposés quelques céramiques noires, la poterie peinte réalisée quelques siècles auparavant par les Moche étant délaissée au profit d'un mode de cuisson plus rapide et plus fonctionnel qui donne cette caractéristique couleur noire, propre à l'art Chimu. Matériaux, vêtements et pièces d'orfèvre sont également exposés. Nous nous rendons ensuite au site de Huaco Arco de Iris. Celio nous raconte plus en détails l'histoire de ces différentes civilisations pré-colombiennes qui ont fait la richesse culturelle de son pays. Tout se fait en espagnol, mais nous le comprenons sans difficulté. Sommes passionnés par ses récits et ne cessons de lui poser des questions ! Nous arrivons sur le site de Huaco Arco de Iris dit temple de l'arc-en-ciel. C'est un site bien préservé, découvert en 1960, alors ensablé et qui a nécessité près de cinq ans pour le dégager. Malheureusement, El Nino a de nombreuses fois abîmé ses frises représentant des arcs-en-ciel qui ornent ses murs. Le temple en terre est composé d'un premier mur d'enceinte de deux mètres d'épaisseur ne comprenant qu'une seule porte. L'ensemble couvre 3.000 m². La porte que nous empruntons nous fait pénétrer à l'intérieur de l'enceinte qui comprend une vaste rampe menant au second niveau. Du sommet, nous avons une vue plongeante sur quatorze coffres destinés à recueillir les restes des sacrifices funéraires animaux, humains : cérémonies qui étaient réalisées sur cette esplanade sur laquelle nous nous trouvons, à plus de huit mètres du sol. A ces quatorze urnes terrestres s'ajoutent quatorze autres urnes invisibles à nos yeux, dites spirituelles. L'ensemble formait 28 coffres ... correspondant au calendrier lunaire. Nous rejoignons la sortie où nous attend Celio. Il vient nous présenter un vieux péruvien, Tamay, qui réalise dans son échoppe des reproductions de céramiques Moche et Chimu selon la méthode traditionnelle. Les pièces réalisées et peintes à la main sont très belles. De petits tumis nous tapent également à l'œil et nous repartons avec un exemplaire de chaque. Remercions chaleureusement le vieux monsieur puis reprenons la direction de Trujillo. Nous quittons avec regret notre ami Celio et son vieux taxi bringuebalant avec qui nous avons passé un si bon après-midi et lui souhaitons bonne chance dans son choix de devenir guide. Déjeuner "almuerzo" à près de 16h00 (nous sommes à l'heure espagnole). En fin d'après-midi, balade avant de rejoindre le terminal des bus Linea. Départ pour Huaraz au pied de la Cordillère à 21h00.
Vendredi 05 avril 2002Après un voyage sans encombre, nous arrivons aux premières lueurs du jour à Huaraz, capitale de la province de Ancash. Nous sommes à près de 3.100 m d'altitude et le manque de souffle se fait sentir dès la descente du bus. Le ciel est d'un bleu limpide et la vue sur la Cordillera Blanca est splendide. Plus de 50 pics enneigés, culminant à plus de 6.000 m, la compose. Le plus haut sommet du Pérou, le Huascaran s'élève à près de 6.760 m. La ville se trouve dans la vallée du Rio Santa entre la Cordillera Blanca et la Cordillera Negra. Avions reçu la veille un e-mail d'un guide suisse de la région qui nous déconseillait de nous y rendre en raison des pluies torrentielles qui ne cessaient depuis plusieurs jours. Il suggérait l'organisation d'un trek à compter de début mai. A la lecture du message, nous avions été sur le point d'annuler nos billets pour regagner Lima. Devant ce temps dégagé et ces sommets majestueux, nous réalisons combien nous avons fait le bon choix ! Quelques péruviens attendent à la descente du bus, proposant hébergement ou agence d'excursion. Nous suivons le gérant d'une auberge familiale, Churup, dans laquelle ont réservé quatre autres voyageurs. Nous arrivons devant une jolie maison à deux étages, disposant de chambres doubles ou triples à partager, salon avec poêle à bois pour les soirées fraîches, jardin et petit bureau sous verrière faisant office de réception et bureau d'information tenu par la gentille Liliana. Juan, notre hôte, nous invite à prendre le thé ou un mate de coca (infusion de feuilles de coca afin de limiter le mal des montagnes) dans une autre maison à l'angle de la rue. C'est là que vit la famille Quiros. Nous sommes accueillis dans la salle à manger familiale. Faisons la connaissance de deux autres pensionnaires allemandes venues rejoindre la tablée. Prenons ensuite possession d'une agréable chambre au premier étage et entamons un long repos réparateur. Le manque d'air et le mal de tête se font un peu sentir. Nous décidons de ne pas faire d'effort en ce premier jour et faisons une balade dans la ville sans grand charme. Détruite par les séismes et les "aluviones", ces torrents de boue et de pierre qui dévalent des flancs des montagnes parfois jusqu'à 300 km/h, elle a été reconstruite à la hâte. Croisons de nombreuses femmes et enfants indiens vêtus de l'habit traditionnel aux couleurs vives et au chapeau de feutre. Apercevons également un lama en plein centre ville ! Nombreuses sont les boutiques et administrations fermées jusqu'à 16h00. La ville reprend vie en fin d'après-midi. La pluie fait son apparition en fin d'après-midi et nous rejoignons Churup où nous faisons la connaissance de Jean-Christophe, parisien en voyage depuis plusieurs mois et arrivant d'Equateur. Dîner tous les trois dans un restaurant tenu par un allemand. Au menu : raclette !
Samedi 06 avril 2002Réveil en début de matinée sous un ciel limpide. Après un bon petit déjeuner, nous décidons de faire une balade d'environ quatre heures dans les montagnes environnantes, le temps de s'acclimater doucement à l'altitude. Rejoignons le petit village de El Pinar en taxi, en dix minutes. Le chauffeur nous dépose devant l'entrée d'une immense propriété où des gardes armés veillent à l'ordre. Nous apprenons que les nombreuses résidences individuelles et autres bâtiments servent à héberger des mineurs canadiens et leurs familles, travaillant sur les sites de la région. L'ensemble apparaît comme récent, à l'aspect neuf des petites maisons et des rues. Petite ville au pied des montagnes. Nous empruntons un chemin de terre et descendons doucement dans la vallée, traversant quelques hameaux. Croisons de nombreux péruviens, jeunes et moins jeunes nous saluant avec plaisir. Nous traversons les villages de Jinua et Paria avant d'atteindre les ruines de Willcahuain. La montée vers les ruines est un peu fatigante, la chaleur et l'altitude ralentissant nos pas. Sommes accueillis aux ruines par un petit garçon qui nous explique gentiment le chemin pour rejoindre les villages de Rekcresh et Monterrey. Nous lui donnons en échange un stylo. Les paysages sont splendides, vastes étendues de culture, et les hameaux accrochés aux versants des montagnes avec, en toile de fond, les cimes enneigées du Vallunaraju (5.686 m), Churup (5.495 m) et autres ... Nous atteignons le bas de la vallée en début d'après-midi. Ne nous rendons pas aux bains de Monterrey où deux bassins de sources chaudes accueillent les Péruviens et les étrangers. Le site est bondé en ce samedi. Retour tranquille en bus collectif vers Huaraz pour une fin d'après-midi repos à l'hôtel. La pluie commence dès la fin de l'après-midi et se poursuit toute la soirée. Cela ne nous donne pas beaucoup d'espoir quant à un ciel dégagé pour demain.
Dimanche 07 avril 2002Réveil à 6h00 ... et, à la vue du temps pluvieux et brumeux, ... nous nous recouchons ! Avions prévu un trek de près de huit heures pour rejoindre le lac de Churup a 4.500 m d'altitude. Malheureusement, des conditions météo comme celles-là nous bloquent dans la vallée. Journée calme, comme un dimanche, à préparer le programme des jours suivants.
Lundi 08 avril 2002Réveil de nouveau à 6h00... et, malgré le temps brumeux, cette fois-ci le départ est donné pour une randonnée. Prenons un collectivo pour le village de Llupa. Nous attendons près d'une heure car le chauffeur attend que sa fourgonnette soit pleine. Cela nous permet de patienter avec les femmes indiennes en habit traditionnel, revenant du marché où elles ont vendu très tôt le fruit de leur récolte. Ce n'est que rires et taquineries que nous devinons malgré le fait qu'elles ne s'expriment qu'en quechua. Roulons une demi-heure dans la montagne sur des chemins de pierre. Nous sommes les seuls gringos. Le chauffeur nous dépose à l'entrée d'un chemin. Nous nous accrochons avec lui car il essaie de nous faire payer trois fois plus cher que les locaux mais nous tenons bon. Et il est furieux ! Commençons notre ascension en traversant des hameaux. Un petit ruisseau suit le chemin boueux : les femmes y battent le linge sur de grandes pierres plates. Des cochons à poil long, des vaches, des moutons sont attachés au bord du chemin et nous regardent passer comme les vaches de chez nous regardent passer les trains ! Continuons notre ascension en marquant un peu le pas car l'altitude et la raréfaction de l'oxygène se font sentir. Nous croisons quelques muletiers avec qui nous vérifions notre chemin. Ils vont bien plus vite que nous et n'avons que quelques secondes pour leur parler. Quittons tranquillement les cultures pour une végétation plus clairsemée et rocailleuse. Apercevons un bref instant, au détour d'un chemin, un colibri en train de butiner, se tenant en position statique grâce à ses battements d'ailes en huit pouvant aller jusqu'à 80 battements par seconde. Entrons sur le parc national de Huascaran, à près de 4.000 m d'altitude. Créé en 1975 à l'initiative d'un célèbre alpiniste péruvien, ce parc de plusieurs centaines de km2 regroupe le point culminant du Pérou et à peu près toutes les montagnes dépassant 4.000 m. Perdons environ deux heures en empruntant un mauvais chemin qui nous permet malgré tout de rencontrer quelques habitants de haute altitude, vivant dans des huttes aux murs bas de pierre, de forme ronde, avec une ouverture unique et dont le toit de chaume se dresse en pointe. Une femme nous crie au loin ce qui pour nous semble être des saluts ... et qui s'avèrent en fait être une indication quant à la mauvaise route suivie. Une autre s'amuse de nous voir grimper sur le haut du chemin pour éviter son troupeau de vaches cornues qui s'avance vers nous. On ne sait jamais à cette altitude, elles pourraient devenir nerveuses ! Nous trouvons enfin le chemin marquant le début de l'ascension vers le lac Churup, but initial de la randonnée ! Mais l'heure ayant tournée et le mauvais temps arrivant de nouveau, nous devons faire demi-tour car nous estimons à six heures de marche l'aller-retour au lac. Nous redescendons sur Huaraz, heureux malgré tout de la journée qui nous aura permis de rencontrer la population locale dans son cadre de vie. Prenons en marche un collectivo avec, pour compagnes de route, deux femmes que nous aidons à charger leurs ballots de blé sur le toit de la camionnette. Elles gardent avec elles leur laitière en équilibre, les protégeant des soubresauts de la route. Découvrons un petit restaurant typique dans lequel nous dînons copieusement d'une soupe, de poulet frit accompagné de riz, papas et salade, le tout arrosé à l'infusion de coca ... pour ... 1,20 € !
Mardi 09 avril 2002Avons réservé pour la journée un tour nous permettant de nous rendre au glacier de Pastoruri à 5.200 m d'altitude, trop éloigné de Huaraz pour y aller seuls. Faisons un bon tour dans la ville pour récupérer les participants, ce qui nous permet de découvrir des coins encore non visités. Nous prenons la direction du sud-est, en longeant les berges du Rio Santa. A la sortie de la ville, des maisons de terre se regroupent dans le lit sec de la rivière ; on imagine facilement qu'elles sont balayées à chaque crue importante. La vallée est très encaissée et se dressent face à nous, les pics enneigés de la Cordillera Blanca. Arrivons à l'entrée du parc de Huascaran, après plus d'une heure de route, en portant notre attention sur les explications du mal d'altitude et ses effets que nous pourrions ressentir lors de notre ascension. Il nous est conseillé de respirer calmement et profondément, de ne pas courir, de laisser une des fenêtres du bus ouverte afin de réguler la température de nos corps avec l'extérieur et de boire des boissons sucrées ou du mate de coca ... Nous faisons un premier arrêt près d'une source naturelle d'eau gazeuse. Une vieille femme péruvienne accompagnée de ses lamas, parés de bonnets et d'écharpes multicolores, propose d'être prise en photo en échange d'une sole. Marquons un deuxième arrêt pour découvrir les Puya Raimondii : ces fleurs très rares que l'on ne trouve que dans certaines régions reculées du Pérou ou de la Bolivie, font partie des espèces les plus vieilles au monde. Elles peuvent atteindre dix mètres de haut et deux mètres de diamètre. Leur floraison n'intervenant qu'à l'âge adulte, environ 100 ans, ne se produit que tous les trois ou quatre ans, faisant apparaître environ 20.000 fleurs fécondées par les colibris. Le dénivelé de la route augmente ensuite sensiblement et nous passons rapidement le seuil des 5.000 m. Le bus nous dépose au pied du sentier qui nous mène au glacier. Quelques cabanes vétustes servant de point de restauration et vides en cette basse saison, dénotent avec le cadre. Nous montons doucement pendant une demi-heure pour atteindre le glacier. La montée peut se faire également à cheval. Le glacier se dresse devant nous, immense langue de neige et de glace sur près d'un kilomètre de long et d'une hauteur de 20 m. Une grotte naturelle, creusée par l'écoulement de l'eau et longue de plusieurs dizaines de mètres, apparaît sous le glacier. Nous nous y risquons pas très rassurés malgré tout, car des tonnes de glace sont au-dessus de nos têtes. Grimpons ensuite sur le glacier. Le guide est sur les dents et nous demande de ne pas trop nous éloigner car des crevasses cachées sous la neige fraîche pourraient nous faire tomber. L'ambiance est bon enfant. Y croisons un petit groupe de chinois, comme parachutés sur cette immense mer de glace, en habit de ville et mocassins ! Comment ont ils fait pour grimper jusque là ?! Ils nous prennent par le bras, tout sourires, pour une photo souvenir. Est-ce pour le souvenir d'être allés à cet endroit et/ou pour y avoir rencontrés des occidentaux ? Redescendons au bout d'une heure et demie, complètement acclimatés à l'altitude, et reprenons tranquillement la direction de Huaraz. Programmons notre départ du lendemain pour la côte sud via Lima, autour d'une bonne soupe dans un restaurant péruvien.
Mercredi 10 avril 2002Quittons en début de matinée Huaraz pour Lima. Retrouvons un couple de québécois rencontrés la veille et retournant chez eux. Trajet de huit heures où nous quittons, par la superbe route empruntée la veille, les hauteurs de la Cordillera Blanca et, lui faisant face, la Cordillera Negra ; cette dernière étant exempte de neige car balayée en permanence par les vents chauds du désert côtier. Rapidement, le changement de température se fait sentir et nous retrouvons les paysages arides et rocailleux caractérisant la côte Ouest du Pérou. Changeons de compagnie de bus à Lima, en fin d'après-midi, et prenons place dans un bus de nuit luxueux (il n'y a rien d'autre en trajet de nuit ... nous ferons avec !), aux sièges dignes des premières classes aériennes, pour notre prochaine destination : Arequipa.
Jeudi 11 avril 2002Nous arrivons à Arequipa aux alentours de midi, après avoir parcouru plus de 1.000 km en 14 heures. Les paysages sont les mêmes rencontrés entre Lima et Trujillo : grandes étendues désertiques où apparaissent parfois, grâce à la magie de l'irrigation, de petites oasis. Prenons une chambre dans un hôtel du centre, idéalement situé près de la Plaza de Armas et le couvent de Santa Catalina. Nous ne distinguons pas les sommets enneigés des volcans entourant la ville à cause de la brume. Déjeuner dans un restaurant indien krishna (tiens, la nostalgie nous prend !) d'un buffet péruvien copieux. Balade sur la Plaza de Armas et dans les rues environnantes. La ville est appelée la "ville blanche" par la couleur de la pierre de ses bâtisses (pierre blanche d'origine volcanique). La capitale de la province du même nom a conservé le charme de ses maisons coloniales et ruelles pavées. Le nom de Arequipa viendrait des indien Aymara, venus du lac Titicaca avant la période inca. "Ari" signifierait sommet et "quipa" situé derrière. Arequipa signifierait l'endroit situé derrière le sommet (des volcans). Le dernier séisme de juin 2001 a détruit une des tours de la cathédrale actuellement en reconstruction. L'édifice est sous les bâches et plusieurs équipes de tailleurs de pierre s'affairent en bas à tailler dans des blocs de "sillar", cette même pierre blanche à l'aspect tendre, soulevant de grands nuages de poussière aux alentours. Soirée calme dans le même restaurant indien, bercés par les chansons d'un groupe péruvien.
Vendredi 12 avril 2002Nous décidons de consacrer la première partie de la journée à la visite du célèbre Couvent de Sainte Catalina. Ce couvent, construit en 1579 et agrandi au XVIIème siècle, abritait plusieurs centaines de religieuses issues des familles nobles espagnoles. Chacune avait sous ses ordres une ou plusieurs domestiques ou esclaves noires. Elles vivaient dans l'opulence, en organisant des fêtes, recevant des groupes de musiciens. Cette pratique prit fin au XVIIIème siècle, lorsqu'une dominicaine prit la tête du couvent et rétablit l'ordre ... Le couvent fut fermé au monde extérieur jusqu'en 1970, date à laquelle le maire de la ville ordonna l'aménagement d'eau courante et d'électricité. Le couvent étant devenu très pauvre, les portes furent alors ouvertes aux visites touristiques. Nous payons un droit d'entrée relativement cher (25 soles) pour pénétrer à l'intérieur du monastère qui couvre 20.426 m². A présent en partie restauré, nous découvrons cloîtres, rues, places, églises, musées, maisons des religieuses, cimetière ... La visite de cet immense complexe, ville dans la ville, s'effectue toujours à gauche. Nous visitons tout d'abord le parloir, long couloir où les religieuses venaient s'entretenir avec l'extérieur, à travers des claires-voies en bois. Nous rejoignons ensuite le cloître des Novices où les religieuses venaient se préparer avant de prononcer leurs vœux, puis le cloître des Orangers (nombreux orangers plantés), au mur bleu indigo avec cellules et salles mortuaires où sont exposés les portraits des religieuses les plus importantes entre 1691 et 1884. Nous rejoignons enfin la "Calle Cordoba ", jolie rue pavée aux murs blancs et fleurie de géraniums rouges, puis la "Calle Toledo " aux murs ocres abritant les constructions les plus anciennes. Ce n'est que dédales de passages qui partent de chaque rue menant aux grandes cellules des principales religieuses, pièces hautes de plafond, abritant pour la plupart chambres, salons, salle de prière, cuisine où subsistent four à pain en pierre et quelques ustensiles, ainsi qu'un peu de mobilier. Les murs ont été joliment repeints aux tons pastels : jaune, bleu et blanc. Un petit musée expose les quelques pièces échappées des ventes de subsistances qu'avait dû faire le monastère pour survivre : porcelaine anglaise, tapis, objets religieux ... Puis nous rejoignons une large pièce voûtée qui constituait la cuisine communautaire, également équipée de fours et ustensiles, et d'un puits. Une jolie fontaine nous conduit au cloître Majeur, fleuri, où sont exposés toiles de Jésus et de la Vierge. Nous terminons par la visite de la chapelle, très belle, ainsi que du musée présentant des dizaines de peintures de différents courants artistiques. Nous quittons cet endroit reposant et plein de sérénité après plus de deux heures de visite. Il ne reste maintenant plus qu'une petite trentaine de religieuses habitant dans un complexe plus moderne jouxtant le couvent. Nous souhaitons visiter le Museo Sanctuario Andinos, situé à quelques mètres du couvent. Le prix nous parait très élevé et l'absence de la momie originale de Juanita nous font faire demi-tour. L'histoire est pourtant intéressante : En 1995, un guide péruvien découvre, lors de l'ascension du sommet de l'Ampato (6.380 m), un site funéraire Inca datant de plus de 500 ans. S'y trouve, à proximité, grâce à la fonte récente des neiges due à une éruption volcanique, une momie intacte d'une jeune fille Inca, offerte en sacrifice aux dieux afin d'apaiser leur colère qu'ils concrétisent par des violentes éruptions volcaniques ou des tremblements de terre. La jeune fille est préparée depuis son plus jeune âge à ce sacrifice humain dont elle est victime à ses quatorze ans. Le corps retrouvé est en parfait état de conservation (selon les photos). D'autres sites funéraires et momies d'enfants ont, depuis, été découverts par ce même guide péruvien. Nous nous promenons au hasard dans les rues et visitons sur l'excuse de chercher une chambre, plusieurs hôtels bon marché. Nous découvrons alors de grandes bâtisses coloniales avec patios intérieurs, balcons en bois, arcades, mais malheureusement souvent en mauvais état. Il ne faudrait pas grand chose pour en faire des endroits de charme ... Passons devant l'Alliance Française, installée également dans un bâtiment colonial, partiellement fermé pour cause de rénovation. Profitons d'une soirée portes ouvertes, pour visiter une très belle exposition de poupées japonaises. Il semble qu'il y ait de nombreux échanges commerciaux et culturels avec le Japon. Peut-être un peu réduit à présent, depuis que l'ex-président Fujimori, fils d'émigrants japonais, très controversé sur ses méthodes pour diriger le pays et soupçonné d'enrichissement personnel, a trouvé exil au Japon, à la suite d'un scandale national de corruption, il y a quelques mois ... Passons cette fin de journée agréable sur la Plaza de Armas, à observer la population locale, les jeunes enfants des rues cireurs de chaussures et les vieux photographes péruviens possédant des appareils qui enchanteraient les collectionneurs.
Samedi 13 avril 2002Partons en début de matinée pour une excursion de 2 jours dans le Canyon del Colca, considéré comme l'un des plus profonds au monde (jusqu'à 3.400 m). Il se situe à plus de 200 km d'Arrequipa. Nous avons la chance ce matin d'apercevoir, en quittant la ville, le volcan Mitsi et ses compères aux sommets enneigés. Faisons la connaissance de Pilar, notre guide péruvienne, et notre chauffeur Miguel, ainsi que du reste du groupe composé majoritairement de gringos. Après trois heures de trajet sur une route désertique où nous apercevons les traces des récentes éruptions volcaniques (Arrequipa subit encore actuellement plus d'une quinzaine de mini secousses par jour), nous arrivons dans la Reserva National Salinas y Aguada Blanca, vastes plateaux appelés "Altiplanno", à la végétation rase et au climat inhospitalier. Nous apercevons, au loin car craintifs, des guanacos, cousins du lama, de couleur brun-orange, non domestiques et rares à voir. Puis un peu plus loin, des troupeaux de lamas et d'alpagas dont le premier, le plus grand, est utilisé pour porter les charges des populations andines et est également tondu tous les deux ans pour rapporter 2 kg de laine. Le second est, quant à lui, uniquement élevé pour sa viande et la production de 5 kg de laine tous les deux ans. Celle-ci est beaucoup plus appréciée que celle du lama, car plus douce ; elle est aussi la plus chère. Apercevons également de grands flamants roses, tranquillement posés sur les petits étangs de l'Altiplano. Nous sommes à présent à 4.800 m d'altitude. Nous marquons un arrêt pour observer des petits monticules de pierre, érigés par les locaux pour porter chance. Nous sommes surpris de la ressemblance de cette pratique avec celle déjà observée au Népal, sur un autre continent à la religion si différente ! Une famille vend à cet endroit des produits locaux (vêtements en alpaga), accompagnés d'un petit garçon âgé d'un an, tenant à peine debout, ne semblant pas gêné par le froid et la grêle tombante, emmailloté dans ses vêtements traditionnels de laine et coiffé du typique bonnet péruvien. Descendons ensuite sur la ville de Chivay, capitale de la province de Cailloma, à 3.700 m d'altitude où nous devons passer la fin de journée et la nuit. La ville ne possède pas beaucoup de charme car elle a été plusieurs fois détruite par les séismes. Nous prenons possession de notre chambre, non sans difficulté, et allons nous baigner dans les sources chaudes de Galera, à 4 km de là. Ce site construit dans les années 50, comporte plusieurs bassins et notamment un en plein air où nous plongeons avec délice malgré la température froide extérieure, dans une eau à plus de 40 degrés. Nous jouissons d'une merveilleuse vue sur les montagnes environnantes. L'eau de cette source naturelle est connue pour ses vertus médicinales grâce à la présence de nombreux minéraux (sel, fer, zinc, ...). Nous essayons de nager mais nous stoppons rapidement car l'air nous manque. Retournons ensuite à Chivay et nous partons seuls pour la visite du marché local, encore ouvert en cette fin de journée. Y sont proposés en quantités abondantes, fromages frais et cuits de vache, céréales, fruits et légumes (patates douces, figues, ...) et viande. A l'extérieur sont présents de nombreux vendeurs ambulants et nous prenons un dîner bien agréable en compagnie de la population locale. Au menu, brochettes d'alpaga (pauvres bêtes !), poulet, frites, pommes de terre, riz, ... servis pour un prix dérisoire. Sont assis à côté de nous, deux petits enfants des rues, l'aîné de quatre ans s'occupant de sa cadette de deux ans, debout sur le banc, atteignant à peine la table, engloutissant leur repas et repartant seuls dans la rue après avoir poliment remercié le vendeur. Nous discutons avec un vieux péruvien autour d'un stand proposant la boisson locale dite "caliente", boisson traditionnelle Andine. C'est une sorte de tisane composée de thé noir, camomille, fenouil, feuille de figuier, jus de citron, miel et pisco (alcool de maïs). Une vraie potion magique ! Nous nous sentons bien, ainsi immergés dans cette vie simple des petites villes des montagnes ... Fin de soirée passée dans une peña, fête traditionnelle, où groupes de musiciens et danseurs interprètent chants et danses, en costumes superbement parés. Peu de gringos, ambiance familiale. Un anniversaire de mariage y est également fêté par des péruviens dont l'un deux vient gentiment nous apporter une part de gâteau. Encore une fois, les Péruviens s'avèrent être chaleureux et accueillants.
Dimanche 14 avril 2002Réveil aux aurores, petit déjeuner comme toujours accompagné d'infusions de feuilles de coca, censées apaiser le mal des montagnes puis nous partons en direction du Canyon del Colca. Traversons plusieurs villages de montagne dont les toits de chaume ont été remplacés par des tôles ondulées ; plus faciles d'entretien mais moins esthétiques. Dans l'un des villages, un péruvien nous propose une photo avec un aigle captif et attaché à une corde, nous refusons bien évidemment, décidés à ne pas encourager cette pratique. Arrivons au Mirador de Chaclla, point d'observation du Canyon et des familles de condors nichant dans ses parois. Le site est magnifique. Nous avons une vue plongeante sur le fond du canyon et sur la rivière Rio Colca, bien agitée, y faisant lit. Après plus d'une heure d'observation, le soleil chauffe le fond du canyon, créant ainsi des courants d'air chaud. Nous voyons monter, en tournoyant majestueusement, les condors. Cet oiseau emblématique du Pérou, rare à observer, peut atteindre trois mètres d'envergure et peser jusqu'à 10 kg. Il est de couleur noire, au collier blanc et à la tête couleur chair. Ses ailes se terminent par des sortes de doigts formés par ses rémiges déployées. Ils passent au-dessus de nous en silence, nous observant pendant plusieurs minutes puis prennent de la hauteur et se dirigent vers la mer, à plusieurs dizaines de km à vol d'oiseau, pour aller se nourrir. Nous sommes émerveillés de pouvoir observer cet animal majestueux, devenu si rare, en partie à cause de sa chasse, maintenant interdite. Repartons ensuite sur Arrequipa et observons sur la route, les cultures en terrasses construites par les Incas et encore utilisées à ce jour ; joli patchwork de nuances de vert et de jaune, posé à flanc de montagne. Notre guide nous montre également des tombes Incas, creusées dans la montagne à plusieurs dizaines de mètres de haut du chemin où nous nous trouvons. Les corps excavés sont à présent conservés dans les laboratoires des musées. Les Incas croyaient que cet emplacement des morts leur permettaient d'être plus près des dieux. Nous reprenons la route et arrivons en fin de journée à Arrequipa, bien contents de ces deux jours. Prenons notre bus de nuit, sans perdre de temps, pour la ville de Cuzco située à 12 heures de là ...
Lundi 15 avril 2002Soirée et nuit passées dans le bus où nous participons pour la première fois à un Bingo. L'hôtesse, sur un ton monotone, annonce les numéros. Nous en ratons quelques uns au départ, ne comprenant pas tout de suite les règles. Au fur et à mesure, la tension monte. Nous n'avons plus que quelques numéros à cocher pour gagner le gros lot. Nous regardons en coin les passagers endormis avec leur carte à la main : peut-être ont ils la bonne carte ? Soudain, une femme bondit de son siège comme un pantin de sa boîte, en s'écriant Bingo ! Le bus entier applaudit, beau joueur. Elle vient de gagner un retour gratuit pour Arequipa ! Nous aurions été bien avec un billet de retour si nous avions gagné ... Arrivée aux aurores à Cuzco, situé à plus de 3.300 m d'altitude. Prise d'un taxi pour le centre ville, un peu accrochés à nos sacs, la ville ayant mauvaise réputation. Nous nous apercevrons plus tard que c'est un peu exagéré. Prise d'une chambre dans le quartier de San Blas, le quartier des artistes, situé au nord de la Plaza de Armas. Matinée à récupérer du transport, puis nous partons à la découverte de la plaza sur laquelle nous prenons un petit déjeuner, accoudés à un balcon offrant une belle vue sur la ville. Cuzco est une ville importante dans l'histoire du Pérou et de l'Amérique Latine. Jusqu'au XVème siècle, des empires régionaux se succèdent (Moche, Chimu, Nazca, Wari...) au Pérou. L'empire Inca, quant à lui, existe depuis le XIIème siècle dans la région de Cuzco dont il a établi sa capitale. Il faut attendre 1430 pour qu'une formidable expansion, menée par le neuvième Inca, Pachacutec, voit le jour. Cette colonisation massive va s'étendre de la Colombie au Chili, unifiant ainsi la majeure partie du continent. Cuzco prend de plus en plus d'importance et s'enrichit, au fil des siècles, de nombreux palais et lieux de culte, vestiges que nous pouvons encore apercevoir (peu malgré tout) de nos jours. La conquête espagnole, menée par Francisco Pizarro dans les années 1530, met fin à l'empire Inca. Toutes les richesses de l'empire sont pillées. Temples, palais et habitations sont en grande partie détruits pour laisser place aux églises et bâtiments coloniaux. Des milliers d'indiens sont tués. La religion catholique est imposée, ainsi que la langue espagnole. Cuzco étant trop éloigné de la mer, et donc de l'Espagne, les conquistadors choisissent Lima pour capitale. Cuzco devient alors une petite ville de province, sans grande importance, mais conservant les traces de sa riche histoire. Ce n'est qu'au XXème siècle que, grâce à la découverte du Macchu Picchu, la ville reprend de l'importance et notamment un essor touristique considérable. Nous retrouvons le style colonial des précédentes villes visitées. La grande place centrale au jardin fleuri, aux maisons de deux étages avec des balcons de bois supportés par des arcades. L'ensemble est dominé par une imposante cathédrale. Y flotte également le drapeau arc en ciel, symbole des quatre régions de l'empire Inca. Une multitude de ruelles, pour la plupart pavées, y prennent naissance. Malgré la basse saison, nous rencontrons de nombreux touristes. De nombreuses agences, plus d'une centaine d'hôtels et restaurants, de nombreux rabatteurs (pas collants) et jeunes vendeurs de cartes postales n'entachent en rien au charme de la ville. Soirée calme à préparer le programme des visites des deux jours à venir.
Mardi 16 avril 2002Petit déjeuner au soleil sur l'une des nombreuses terrasses de la Plaza. Puis farniente sur l'un des bancs à observer les Cuzcuenos. Nous partons ensuite visiter l'un des sites les plus renommés de la ville, le monastère de Santo Domingo, bâti sur les ruines du plus vaste temple inca, Korikancha, temple dédié au soleil et à la lune, les astres vénérés par les incas. Ce temple fut pillé de toutes ses richesses lors de la conquête espagnole (murs couverts d'or et d'argent, objets de culte, tels autels, nouveaux nés, fonds baptismaux en or massif ...). Tous ces biens furent fondus quelques mois après l'arrivée des espagnols. Ne subsistent aujourd'hui que quelques murs Incas (nus) et une partie de l'observatoire astronomique. Le temple est donné par le frère de Pizarro aux frères dominicains, pour que soit construit un couvent dans le but d'évangéliser la population de la région. Le couvent abrite de très belles peintures de l'école Cuzceña des XVIIème et XVIIIème siècles, et des meubles coloniaux. Le mélange des styles inca et colonial est surprenant. Nous découvrons les vestiges de l'ancien temple Inca : salle de sacrifice, temple dédié au soleil et à la lune, séparés par une porte sacrée, le temple des étoiles (les serviteurs du soleil et de la lune), fontaine cérémonial où étaient stockée la "chicha", boisson alcoolisée à base de maïs fermenté. Nous découvrons également les anciennes terrasses du temple, une série de trois terrasses aux fonctions différentes : la première renfermait des reproductions d'animaux en or, la deuxième servait à la culture de plantes médicinales et la troisième prévenait de l'érosion et servait au sacrifice des lamas. Le couvent a été bâti autour des ruines. Petite visite ensuite de la Galeria Latina, magasin d'artisanat installé dans une très belle maison coloniale. Nous y découvrons de très belles reproductions de céramique et poterie, tentures, bijoux et sculptures, mais à des prix un peu trop élevés pour notre modeste porte-monnaie. Nous repartons par la petite rue Loreto menant à la Plaza de Armas dont les soubassements en pierre, datant de l'époque Inca, ont été conservés pour la construction des bâtiments coloniaux.
Mercredi 17 avril 2002Nous commençons notre parcours du combattant pour trouver la solution la moins onéreuse, mais la plus intéressante, pour la visite du Macchu Picchu. En effet, le gouvernement, depuis plus d'un an, multiplie ses tarifs par deux au minimum : entrée du site, prix du billet de train reliant Cuzco à la ville la plus proche (Agua Calientes), annulant par la même occasion l'accès des étrangers aux trains dits locaux (qui coûtent bien moins chers), billet du bus qui conduit de la ville d'Agua Calientes au site ... Tous les prix sont en USD et atteignent des sommes frôlant parfois le ridicule pour la prestation proposée. Ceci est sans parler du Chemin de l'Inca, où la présence d'un guide est à présent obligatoire. Les agences sérieuses et respectueuses du site en arrivent à vendre le trek de quatre jours à 225 USD. Du délire ... Nous décidons de nous rendre à la gare de San Pedro d'où partent les trains pour le Macchu Picchu afin de se faire confirmer que nous ne sommes pas autorisés à prendre le train local. C'est confirmé ! Mais nous arrivons devant une gare fermée, surveillée par un garde armé qui nous indique de nous rendre à l'autre gare de la ville pour l'achat des billets. Etant face au marché de Cuzco, nous en profitons pour nous balader dans le marché couvert, véritable caverne d'Ali Baba : les étals regorgent de produits vendus par les populations rurales. Plusieurs tables sont également dressées au milieu des étals, restaurant les péruviens de plats locaux à toute heure de la journée. Nous sautons dans un taxi pour rejoindre la gare de Wanchac : au fond d'un bâtiment, plusieurs bureaux sont aménagés pour la vente des billets de Peru Rail (l'une des actionnaires de la société n'est autre que la fille de l'ancien président Fujimori, qui a fui au Japon). Nous souhaitons coupler la visite du Macchu Picchu avec celle de deux sites Incas situés dans la Vallée Sacrée. Visite des deux sites à l'aller, à rejoindre en collectivo, avec une nuit sur place, puis prise du train pour un petit tronçon jusqu'au village de Agua Calientes où nous passerons la nuit, et visite le lendemain aux aurores du Macchu Picchu avant les hordes de touristes arrivant par les trains du matin de Cuzco. Retour en début de soirée par le train sur Cuzco. Le vendeur nous confirme que cet itinéraire est le moins onéreux. La seule contrainte étant que le trajet aller est à 20 heures. Nous confirmons la réservation de deux billets retour pour dans trois jours. La réservation du billet aller doit se faire sur place dans le petit village de Ollantayambo. Nous rejoignons le centre pour un déjeuner rapide, avant la visite de la cathédrale. Là aussi, un "bolleto turistico", ticket touristique, est obligatoire pour la visite des principaux sites de la ville et des environs. La cathédrale de Cuzco, les églises de El Triunfo et de Jésus Maria, forment un ensemble. Débutée en 1559, sa construction dure plus d'un siècle. L'église El Triunfo est plus ancienne (1536), alors que celle de Jésus Maria date de 1733. La cathédrale est en rénovation permanente depuis cinq ans, entreprenant de vastes travaux de conservation à l'extérieur comme à l'intérieur. Ce que nous pouvons en voir est, malgré tout, superbe. Très haute de plafond, aux larges voûtes merveilleusement mises en valeur par de nombreux éclairages, elle possède une impressionnante collection de peintures, de très belles statues et ornementations religieuses. De nombreuses chapelles sont fermées car en cours de restauration. Un immense cœur, tout de bois sculpté du XVIIème siècle, fait face à un autel en argent massif. Celui d'origine, également en bois sculpté, se trouve derrière. L'accès en est fermé, une équipe de restaurateurs en ayant fait leur atelier. Nous nous rendons ensuite au couvent de Santa Catalina, construit en 1601 par la même fondatrice que celui de Arequipa précédemment visité. Le couvent est construit sur un ancien site Inca, Acclahuasi, destiné aux jeunes filles choisies ou vierges du soleil. Nous découvrons ainsi peintures, sculptures, tapisseries ainsi qu'une grande représentation mobile de l'ancien et du nouveau testament, par la mise en scène de 300 figurines. Cette "bible" transportable était destinée à l'enseignement de la religion catholique à travers la région. Bois, cristal et argile sont les principaux matériaux utilisés. Nous faisons un saut au terminal terrestre des bus pour l'achat de deux billets pour Puno sur les rives du lac Titicaca. Puno est notre dernière étape au Pérou avant de rejoindre la Bolivie. Retour sur la Plaza de Armas pour une agréable promenade de nuit. La ville scintille de mille lumières et le spectacle est magique. Même les petites maisons des quartiers pauvres, sur les collines environnantes, sont éclairées. On dirait des milliers d´étoiles.
Jeudi 18 avril 2002Réveil de bonne heure pour attraper un collectivo direction Pisac, dans la Vallée Sacrée. Nous commençons notre périple de trois jours qui s'achèvera par la visite du Macchu Picchu. Sommes les seuls gringos dans cette fourgonnette que nous attrapons à 6h15. Une heure de trajet à travers la vallée encore embrumée. Cultures aux multiples couleurs sur les flancs des montagnes, El Rio Urubamba en contrebas. Les passagers du bus sont encore endormis en cette heure matinale. Nous aussi ! Nous arrivons à Pisac, petit village colonial, construit sur les bords du fleuve. Les Incas avaient bâti une "llacta", capitale de la province, six cents mètres plus haut, à flanc de montagne. Ce sont ces ruines que nous sommes venus visiter. Trois fois par semaine a lieu également un petit marché sur la Plaza : un marché plus touristique que local où se vendent vêtements en alpaga, chapeaux et céramiques qui vont orner les étals à peine montés. Nous cherchons une chambre pour passer la nuit et, après avoir fait le tour des auberges, nous en prenons une chez un couple péruvien, charmant propriétaire également d'un petit restaurant, le Kinsa Ccocha. Petit déjeuner sur la Plaza avant de rejoindre le chemin qui mène aux ruines. L'entrée se fait grâce au Bolleto Turistico. La montée dure une petite heure et nous découvrons les très beaux paysages de la vallée. Nous arrivons enfin sur le site Inca : les ruines sont éparpillées sur plusieurs endroits. Nous découvrons des habitations, des temples ainsi que des bains cérémoniels. Les "andenes", cultures en terrasse, dessinent des courbes gracieuses sur le versant des montagnes. Nous découvrons également des trous creusés dans la roche, nichés servant de tombeaux. Il y en aurait près de cinq mille, malheureusement tous pillés. Nous passons une bonne partie de la journée à flâner dans les ruines, à parcourir les chemins et les terrasses, et entamer une petite sieste au soleil. Nous redescendons en fin d'après-midi, profitant d'un maté de coca à la terrasse d'un restaurant pour observer tranquillement l'animation du marché local où de jeunes femmes en habit traditionnel sont venues vendre le fruit de leur récolte : maïs, pommes de terre, fruits, ... Dîner tranquille au restaurant Kinsa Ccocha ; un groupe de six jeunes anglais, pensionnaires comme nous, viennent nous rejoindre. Ils enseignent l'anglais pour une période de trois mois dans les villages des environs. Une expérience unique à notre goût.
Vendredi 19 avril 2002Nous quittons Pisac de bonne heure pour rejoindre Ollantayambo via Urumbamba. Prenons un premier collectivo en compagnie des enfants en uniforme se rendant à l'école. Puis, changeons pour un bus plus petit à Urumbamba, genre fourgonnette, plein de jeunes femmes en habit traditionnel avec dans les bras un bébé ou un jeune enfant. On se croirait dans une nursery. A notre arrivée, une vendeuse rencontre un vif succès en proposant, dans une feuille de papier, pomme de terre et oeuf dur accompagnés de sauce. Cela nous tente bien, mais nous avons déjà déjeuné. Les enfants se jettent dessus et c'est un vrai festin qui se déroule devant nos yeux. Nous arrivons dans le village de Ollantayambo en milieu de matinée. Le village est construit sur les soubassements Incas. L'ancienne forteresse, construite sur les hauteurs, n'a pu être achevée, à cause de l'arrivée des espagnols en 1536. Elle abrita le dernier des Incas avant qu'il ne se réfugie dans la jungle. Nous accédons à la forteresse par une série de marches longeant de belles terrasses. La construction de ces bastions défensifs et du centre religieux ont nécessité des milliers de bras pour transporter, depuis la carrière située à 6 km, les énormes blocs de pierre pesant chacun plusieurs centaines de kg. Nous passons un long moment dans les ruines, avant de rejoindre une terrasse ensoleillée d'où nous observons le passage de la population locale se rendant à la petite gare ; les costumes des femmes sont différents de ceux vus précédemment. Certaines portent sur la tête un chapeau en forme de panier, dans lequel sont disposés des fleurs fraîches. Les hommes sont coiffés du traditionnel bonnet péruvien et vêtus d'un poncho. Etant timides et croyant au mauvais oeil, nous nous abstenons de prendre des photos. Nous patientons ainsi jusqu'à 20h00, heure à laquelle nous prenons le train pour Agua Calientes où nous arrivons 1h30 plus tard. La voie ferrée que nous découvrons de nuit, semble être bordée de part et d'autre de dizaines de maisons. De nombreuses personnes attendent à l'arrivée du train et nous descendons dans une foule de rabatteurs. Parmi les prospectus des hôtels qui nous sont présentés, nous reconnaissons le nom de l'un d'entre eux et suivons le jeune péruvien. L'hôtel est à quelques mètres de là. Nous prenons possession d'une chambre spartiate mais propre. Même la porte fermée, nous entendons le bruit assourdissant de la rivière, énorme masse d'eau boueuse. Tentons de trouver le sommeil pour cette nuit qui s'annonce courte.
Samedi 20 avril 2002Réveil avant le lever du soleil pour cette dernière étape : la visite du Macchu Picchu. C'est en sortant de hôtel que nous réalisons dans quel environnement nous nous trouvons : plusieurs hôtels, restaurants, boutiques bordent la voie ferrée des deux cotés, laissant à peine la place au train de passer. Achetons de quoi petit déjeuner à des vendeurs ambulants, avant de prendre place dans le bus. La route de 8 km qui sépare Agua Calientes du Macchu Picchu, emprunte une route de montagne en mauvais état et en lacets. Nous arrivons sur le site une demie heure plus tard. Il est calme en cette heure matinale. Nous empruntons un escalier en pierre qui nous conduit à la hutte du gardien du rocher funéraire. Nous bénéficions de ce plus haut point de vue, d'une vue magique sur le Macchu Picchu. Le site, ainsi que les montagnes environnantes, sont enveloppés de brume qui va et vient. Seuls le bruit de la rivière en contrebas et des oiseaux brisent le silence. Nous nous asseyons sur l'une des anciennes terrasses pour profiter pleinement de ce spectacle saisissant et unique. Le Macchu Picchu a été découvert en 1911 par un archéologue américain , Bingham Hiram ( 1875/1956). Envoyé en Amérique du sud, il parcourt la route de Simon Bolivar (défenseur de l'indépendance du Pérou), du Venezuela à la Colombie, puis reconnaît l'ancien chemin colonial de Lima à Buenos Aires, avant de découvrir, grâce à l'aide de guides indiens de Cuzco, le Macchu Picchu. Les ruines sont alors infestées de serpents et envahies par la végétation. Plusieurs expéditions péruviano-américaines sont alors menées. Le site, resté dans l'oubli durant plusieurs siècles et méconnu des conquistadors, a gardé tout son mystère quant à sa fonction, sans doute de sanctuaire. Cette cité abritait prêtres, hauts fonctionnaires, artisans et domestiques, ainsi que les acclas, ces jeunes filles vierges au service du Dieu soleil. Elles étaient choisies dès l'âge de huit ans, selon des critères physiques très rigoureux, et entraient dans des "acclahuasi", maisons dirigées par des matrones qui les initiaient aux rites et à leurs futurs devoirs d'épouses ou concubines de l'Inca. Cent soixante treize squelettes y furent découverts dont cent cinquante de femmes. Aucun or n'y fut découvert. Nous passons un long moment sur les terrasses, à voir la brume se lever doucement. Les ruines font face aux sommets du Macchu Picchu, "vieille cime", et du Huyna Picchu, "jeune cime". Les ruines peuvent se diviser en deux parties, séparées par une place centrale, où paissent quelques lamas. La première partie englobe près de cinq hectares de cultures en terrasse, en pente très raide. Le fort ensoleillement permettait deux à trois cultures par an. Nous descendons ensuite vers une série de bains cérémoniels où l'eau y coule toujours. Nous rejoignons diverses zones sacrées, faites de temples et de places. Un observatoire solaire, l'Intihuatana, permettait, grâce aux projections de l'astre sur une pierre à la forme d'un poteau, de planifier les activités saisonnières et cérémonies religieuses. L'autre partie du site regroupe des habitations dont il ne subsiste que les pans de murs, les toits de chaume ayant disparu, des ateliers ... Nous passons près de quatre heures à parcourir le site, regrettant cependant de ne pas être accompagnés d'un guide. Il fallait faire un choix : prendre un guide de Cuzco et arriver comme tout le monde à 11h00, ou venir seuls et être sur le site au lever du jour. La chaleur commence à se faire sentir au fur et à mesure que la brume disparaît. Le paysage est superbe. Nous repartons vers la sortie à mesure que les groupes envahissent les ruines. La pluie arrive quand nous atteignons Agua Calientes. Le bus nous dépose en plein milieu du marché touristique et nous fuyons au plus vite toute cette agitation. Il est bien triste de constater combien tout l'argent extorqué aux visiteurs ne bénéficie pas à tout le monde : aux bus très modernes, au billet d'entrée du Macchu Picchu (sans la moindre carte explicative du site) font face une petite ville digne d'un bidonville, une route de montagne défoncée ... Evidemment, cela n'appartient à aucune société étrangère privatisée, mais au gouvernement péruvien qui n'a pas le sou pour les entretiens nécessaires. Nous patientons quelques heures, toujours sous une pluie battante, avant de rejoindre le train qui nous ramène à Cuzco. Train qui met cinq heures pour parcourir ... 120 km ... et finit de nous achever le moral. Fin de soirée à commenter cette journée : il reste dans nos cœurs un sentiment mitigé de joie quant à la beauté du site, mais également de peine et de colère quant à l'exploitation financière abusive dont nous sommes les "victimes".
Dimanche 21 avril 2002Journée calme à Cuzco. Bruno étant cloué au lit pour une intoxication alimentaire, nous décalons d'une journée nos billets pour Puno. Plusieurs heures passées par Laurence, sur la Plaza de Armas, à lire. De nombreux gamins des rues, vendeurs de cartes postales ou cireurs de chaussures, viennent s'asseoir pour discuter : parler de leur ville, de leur famille, de l'école qui a lieu le matin ... Rencontre avec un petit de huit ans qui vient à deux reprises s'asseoir sur le banc : il vient de se faire prendre sa provision de graines qu'il tentait de vendre dans la rue, par un policier. N'ayant pas mangé, nous partons tous les deux à la recherche d'un sandwich et d'un fruit qui font alors son bonheur. Moins de dix minutes après avoir rejoint de nouveau la Plaza, un autre jeune garçon de dix ans, Freddy vient s'asseoir pour discuter un peu. Il souhaite apprendre quelques mots d'anglais et nous voilà tous les deux à compter et apprendre quelques phrases. Nous sommes rejoints par quelques autres jeunes et nous voilà faisant classe sur la plaza ! Soirée calme, Bruno reprenant quelques forces ...
Lundi 22 avril 2002Après un dernier petit-déjeuner sur la Plaza, nous nous rendons au terminal terrestre pour prendre notre bus direction Puno. Le trajet, qui se devait être direct, est en fait une succession d'arrêts : péruviens montant et descendant dans les villages ou en pleine campagne. Nous en profitons pour observer la vie de ces petits villages ou hameaux ; les habitants sont en habit traditionnel dans les champs. C'est la fin de la récolte et la terre est préparée pour la prochaine semence. La route est dominée par les hauts pics enneigés et les verts pâturages. La pluie fait son apparition en fin après-midi. Nous arrivons à Puno en milieu de soirée. Rejoignons en taxi un petit hôtel du centre. Dîner rapide, car il se fait tard, d'une copieuse assiette de poulet frites ... ça nous rappelle Lima !
Mardi 23 avril 2002Journée passée à découvrir la ville. Le centre de Puno est concentré sur une rue principale donnant sur la Plaza de Armas, dont nous faisons vite le tour. Le principal intérêt de la ville est sa situation sur les bords du lac Titicaca. Nous souhaitons profiter de ces derniers jours pour découvrir certaines des îles du lac. De nombreuses agences vendent des circuits de deux jours avec une nuit sur place. La formule est intéressante et peu onéreuse, mais nous redoutons toujours les groupes de masse. Allons faire le tour des différents prestataires qui proposent tous la même chose. Nous nous rendons ensuite au port de la ville, pour voir les horaires et tarifs des bateaux "collectivo" qui emmènent les péruviens. En cette basse saison, cela semble moins évident de voyager par soi-même. Les bateaux attendent le matin d'être pleins pour partir. Nous confirmons auprès d'une petite agence, notre circuit prévu pour le lendemain ...
Mercredi 24 avril 2002Nous quittons l'hôtel en début de matinée pour nous rendre au port. Le groupe de six personnes annoncé par l'agence est en fait un groupe de quinze, dont certains viennent d'autres agences ... Nous voici à présent sur le lac Titicaca, naviguant sur l'un des plus haut lac du monde, à une altitude de près de 4.000 m. Le lac a une longueur de 165 km (du Pérou à la Bolivie), avec une profondeur allant de 2 à 284 m. Sept rivières se jettent dans le lac, permettant de l'alimenter en eau douce. Il contient également 12 % d'eau salée (le lac renferme des anciens fonds marins) ; 99 % de son eau s'évapore chaque jour (nous découvrons le soir même sur l'île de Amantani une très belle auréole de vapeur d'eau autour de la lune). Partons pour la visite des îles flottantes du peuple des Uros. Ces îles sont au nombre de 43 et nous en visitons deux. Plusieurs familles vivent sur ces îlots, arrivées il y a plusieurs siècles pour fuir les autres peuples (collas, Incas...). Ils entament alors une existence flottante en construisant des îlots, par la superposition d'étages de "totora", des roseaux poussant dans le lac. Le totora à huit mois de vie. Il est rajouté une nouvelle couche de totora tous les quatre mois. L'épaisseur de l'îlot flottant atteint 0,50 m. Nous débarquons sur l'une des îles, nous enfonçant un peu dans le lit de roseaux. Nous découvrons les petites maisons abritant les familles, de longues barques permettant aux Uros de se déplacer et de pêcher (les Uros vivent exclusivement de la pêche et du tourisme), une école accueillant une trentaine d'élèves des îlots avoisinants : la maîtresse vient chaque jour en bateau de Puno. Un panneau affiché dans la salle de classe nous fait bien rire : des dessins et un plan de classe ont été adressés par une école primaire française ! Des panneaux solaires ont été fournis, il y a quelques temps, par l'ancien gouvernement de Fujimori ainsi que quelques téléviseurs couleurs (sensés rapporter quelques voix, selon les dires du guide). Nous empruntons l'un des bateaux afin de rejoindre un autre îlot. Malgré le nombre de passagers, l'embarcation est solide et stable. Nous quittons ces familles après plus d'une heure. Rejoignons ensuite île de Amantani à trois heures de là. A notre arrivée, nous quittons notre groupe pour intégrer celui de deux français, Daniel et André, dont nous avions fait la connaissance sur le bateau. Ils voyagent avec leur propre guide, Jorge, guide péruvien ayant vécu de nombreuses années en France. Nous posons le sac pour la nuit dans une agréable maison sur les hauteurs de l'île. La famille qui nous accueille est très conviviale. Notre chambre, à l'étage, donne sur une terrasse offrant une magnifique vue dégagée sur le lac. Déjeuner "maison" qui ravit nos palais, surtout lorsque nous voyons dans quelles conditions il est réalisé. La cuisine est minuscule, voûtée et sans beaucoup de lumière. On dirait un four à pain. L'île comprend huit communautés. Chaque jour, des bateaux de touristes s'arrêtent à un endroit différent de l'île pour que l'hébergement des visiteurs bénéficie à toutes les familles, chacune à leur tour. Les femmes descendent au port en tenue traditionnelle chercher les visiteurs. La tenue se compose d'une superposition de jupes de couleurs, hautes en couleurs, et longue étole noire sur la tête. Après-midi balade dans les ruines sur les hauteurs de l'île, dans les anciens temples Tiahuanacos. Le sentier de pierre qui y conduit, laisse découvrir des paysages d'une rare beauté : cultures en terrasses aux teintes marron, jaune, vert, ocre ... Nous découvrons, au loin, la côte découpée de la presqu'île, les sommets enneigés de la Cordillère Royale bolivienne ... Le lac se confond doucement avec le ciel, à mesure que le soleil disparaît. Retour à la lampe de poche, puis dîner avant les fabuleux récits de Jorge sur les îles Amantani et Taquile. Nous sommes tous passionnés. Derniers bavardages dehors, la lune est presque pleine et se reflète dans le lac, le ciel étoilé et la Croix du Sud au dessus de nos têtes ... Nuit fraîche, que nous passons enfouis sous cinq couvertures !
Jeudi 25 avril 2002Nous sommes réveillés par Jorge à 5h50 du matin, pour assister au lever du soleil sur le lac. Le temps est dégagé. Nous nous recouchons jusqu'à 6h45 avant de prendre notre petit déjeuner. Nous saluons ensuite notre gentille famille, avec qui nous prenons une photo souvenir, puis descendons rejoindre le bateau et le groupe de la veille. Nous sommes vraiment contents de faire partie de ce mini groupe tellement chaleureux. Nous prenons la direction de l'île de Taquile, à une heure de là. Taquile compte six communautés (au nombre des six sources alimentant l'île). C'est une île au riche passé et aux traditions encore très ancrées. Jorge nous dit qu'il faut plusieurs jours pour apprendre à la connaître ... Nous sommes accueillis au port par des hommes élégamment vêtus de pantalons noirs, chemise blanche, large ceinture, boléro et "bonnet" (venu des espagnols) tricoté ... eh oui, par leurs soins. Il y a de nombreux "rites" vestimentaires et codes amoureux qui se déclinent dans les vêtements portés par les femmes et les hommes. Les femmes sont également élégamment vêtues (superposition de 4 jupes pouvant aller jusque 25 lors des cérémonies de mariage). Nous empruntons un chemin de pierre, offrant une très belle vue sur les alentours du lac. Nous arrivons sur la place centrale où de nombreux groupes écoutent attentivement les explications des guides sur les tenues vestimentaires de la population. Jorge nous fait pénétrer dans une petite maison et nous faisons la connaissance de la famille Wata. Cette famille descend de l'ancien maire de 1928, qui a réussi à rendre aux indiens leurs terres ayant été saisies par les espagnols. Il faudra près de quarante ans pour que l'île rachète chaque parcelle, le maire ayant demandé aux hommes de l'île de partir travailler dans la région, en Bolivie, au Chili ... pour ramener l'argent nécessaire à cette liberté. Les femmes tissent des ceintures pour les hommes, des sacs qu'ils portent contenant des feuilles de coca ... les hommes tricotent, à longueur de journée, des bonnets. Nous nous sentons vraiment dans un autre monde. Balade ensuite près de l'école et partie de volley avec les jeunes filles. Filles et garçons sont également en tenue traditionnelle. Bonne partie de rire à jouer tous ensemble. Nous montons visiter les ruines d'une ancienne caserne, avant de rejoindre la Plaza pour un déjeuner à quatre. Nous redescendons ensuite au port, par les 530 marches, où nous attend notre groupe "Club Med", comme dirait Daniel. Nous les quittons tous les trois avec regrets ; ils partent sur un bateau plus rapide que le notre (au moteur de camion donné par les USA en 1979) ... Nous ne dépassons pas les 10 km/h. Retour calme à Puno en trois heures. Nous laissons derrière nous toutes ces belles histoires de famille, fêtes annuelles, rites et légendes ... Nous laissons derrière nous les fleurs de glaïeul dans la soupe et les infusions de mouna, au parfum enivrant et tellement revigorant, que l'on cueille sur les chemins ... Nous quittons avec regret ces péruviens si gentils et si hospitaliers, ces paysages superbes aux couleurs uniques.
Vendredi 26 avril 2002Nous quittons Puno et le Pérou pour rejoindre, par le bus, la frontière sur les rives du lac. Le passage des deux frontières se fait à pied, à 4.000 m d'altitude, sous un soleil radieux.
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©2002 Laurence & Bruno Morel