![]() Carnet de route de Bolivie |
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Principales villes visitées :
Vendredi 26 avril 2002Quittons Puno en début de matinée pour rejoindre la frontière bolivienne et la petite ville de Copacabana sur les rives du lac Titicaca. Le temps est dégagé et nous bénéficions d'une belle vue sur le lac et les environs depuis le bus. Traversons plusieurs villages posés au bord de l'eau : y sèchent des bottes de totora pour la fabrication des bateaux et des maisons. Nous arrivons après deux heures de route à la frontière péruviano-bolivienne. Traversons le no man's land à pied, à près de 4.000 mètres d'altitude, puis reprenons rapidement le bus pour Copacabana. La destination n'est plus qu'à une demi-heure. Nous y arrivons enfin et prenons une chambre dans un bel hôtel, malheureusement aux finitions bâclées. Nous bénéficions par chance d'une chambre au dernier étage offrant une large vue sur le lac. Nous nous attendions à trouver une petite ville bolivienne typique. Le tourisme est passé par là et on y trouve, dans certains quartiers, des allures de baba cool sur la promenade de Copacabana dont le nom a été emprunté par la célèbre plage de Rio. Après-midi calme à bouquiner sur la Bolivie devant un magnifique coucher de soleil. Dîner dans un restaurant traditionnel, d'énormes darnes de truite réputées du lac et arrosées d'un vin bolivien bien résineux.
Samedi 27 avril 2002Annulons en ce début de matinée l'excursion prévue sur la Isla del Sol : il a plu et tonné toute la nuit et le ciel ce matin est noir. Nous en profitons pour aller à la cathédrale construite en plus de 200 ans au XVIIème siècle. De style mauresque avec ses carreaux de céramique et ses immenses façades blanches, elle abrite une vierge noire sculptée au XVIème siècle par un artiste indien. A la sortie de l'église, nous assistons à un rituel se déroulant sur la place tous les samedis : la cha'lla ou bénédiction. Ici, c'est la bénédiction des véhicules de tout ordre : bus, camionnette, voiture particulière ... tous sont ornés de fleurs et fanions et sont généreusement arrosés d'alcool. Nous prenons notre bus pour La Paz avec la prise d'un bac pour traverser un bras du lac. Nous arrivons à La Paz en fin d'après-midi : la ville est sous la pluie et la brume. Sommes toujours à près de 4.000 m d'altitude. Malgré cela, nous découvrons une ville tentaculaire, au trafic routier intense, aux milliers de maisons de brique à deux étages non achevées (de cette manière, les propriétaires ne paient pas d' impôt). Le bus nous laisse dans la principale rue touristique, Calle Sagarnaga et nous trouvons sans peine à nous loger. Dîner dans un restaurant franco-bolivien, dont nous deviendrons par la suite des habitués, d'une soupe de quinoa (céréale des hautes altitudes) suivie de viande grillée accompagnée de banane frite, manioc, fromage et riz, spécialité de la Bolivie orientale. Le patron, français, vient nous saluer. C'est un ancien géologue maintenant reconverti en restaurateur. Petit dessert d'un empanada de Lacayote : chausson de pâte feuilletée à la confiture de chayote mais qui peut être garni de viande ou de fromage ...
Dimanche 28 avril 2002Nous nous réveillons sous le soleil, bénéficiant d'une belle vue dégagée sur les hauteurs de la ville depuis notre chambre au dernier étage. Faisons la connaissance de la propriétaire, petite mamie excentrique. On comprend mieux la couleur de l'hôtel (jaune vif) et le nom (happy days). Elle encaisse toutes les nuitées des clients dans un minuscule porte-monnaie caché dans ses lainages, essayant "d'extorquer" des nuits d'avance sous le prétexte "d'avoir besoin d'argent". En ce dimanche, toute la ville est fermée. Nous nous promenons quelques heures en compagnie des familles dans le bas de la ville. Petits et grands s'y retrouvent pour y déguster des glaces. La population, à majorité indienne, est habillée pour une partie d'entre elle à l'occidentale. Pour l'autre, (en majorité les femmes), elles sont coiffées d'un chapeau melon, d'une "chompa" (lainage) et d'une superposition de jupes. Elles portent sur le dos un carré de tissu multicolore servant de fourre-tout et noué sur la poitrine. Il sert à transporter bébé, les courses ... Un mélange de tours modernes et de bâtiments coloniaux caractérise le centre ville. Dîner dans notre restaurant préféré, goûtant à la crème de choclo (le maïs géant des Andes) suivi d'un plat de viande accompagné de purée de manioc et de croquettes de fromage, spécialité de Santa Cruz.
Lundi 29 avril 2002Départ en ce milieu de matinée pour le site de Tiwanaku, à deux heures de route de La Paz. Nous passons par une agence. Heureusement le groupe est petit et le guide, indispensable pour ce type de visite, s'avère efficace. Nous bénéficions sur les hauteurs de la ville d'une très belle vue sur les montagnes environnantes. Les hauts sommets enneigés de la Cordillère Royale culminent à plus de 6.000 m. Le blanc immaculé des sommets contraste avec la grisaille de la ville. Nous traversons le quartier de El Alto, plus haute partie de la ville, abritant l'aéroport international. Ce quartier pauvre, composé d'immigrants des campagnes, regorge, en ce jour de marché, de milliers de fruits exotiques donnant de belles couleurs à ce quartier triste. Nous traversons ensuite les vastes étendues de l'Altiplano ; la végétation y est rase et rare. Nous arrivons au site et débutons la visite par le musée : heureusement que le guide est là pour donner les infos nécessaires car les salles ne contiennent aucun panneau explicatif. Le site a été découvert en 1850 sous le mandat du deuxième président Sucre. La culture Tiwanaku s'étend sur plus de cinq périodes, de 1580 av J-C à 1200 ap J-C. Le centre cérémoniel que nous visitons, était la capitale religieuse et politique de l'Altiplano. La société de Tiwanaku est une société organisée qui va s'étendre au Pérou, en Bolivie, au Chili et à l'Argentine. Une forte période de sécheresse verra la disparition de sa culture au profit de la culture Ayamara. Nous découvrons dans le musée, des représentations de figurines animales, humaines et géométriques. Trois mondes sont représentés dans les monolithes en pierre : le ciel sous la forme du soleil, la terre sous la forme de la déesse Pachamama et le sous-sol sous la forme de démons. Des Pokotia, statues en position assise, représentations de roi, représentations de visage dont certains ne semblent pas être d'ici (visage asiatique ... déjà voyageur), chcha puma, dit l'homme puma, en basalte noir placé à l'entrée des temples principaux ... Nous découvrons des crânes humains déformés selon les rites religieux ou trépassés. Cette déformation, réservée seulement à la classe haute et variant selon le sexe, était réalisée dès la plus jeune enfance grâce à des bandages déformant la tête. Également, des momies aymara retrouvées en position fœtale dans les mausolées avec des offrandes, instruments divers, statues ... La visite des salles dure une bonne demi-heure. Nous rejoignons ensuite le site extérieur. Nous visitons la pyramide Akapama : un ancien bâtiment de sept étages (représentant les quatre points cardinaux, ainsi que le ciel, la terre et le sous-sol). Le chiffre 7 revêt une grande importance à Tiwanaku. Le site compte sept principaux édifices, malheureusement en grande partie détruits par les espagnols qui ont utilisé les pierres pour la construction du village proche et de son église. La construction de la pyramide, autour d'une colline, a pris plus d'un siècle. Des pierres magnétiques placées en haut du septième étage dérèglent les boussoles ! Nous rejoignons les temples semi subterraneo, temples de grès rouge, dont la cour est enterrée dans le sol. Des centaines de visages sculptés dans la pierre ornent les murs. Une version indique qu'ils représentent les visages de familles nobles, une autre les visages des anciens rois. Nous reconnaissons parmi eux la représentation d'un visage asiatique (peuple chinois ayant visité l'Amérique Latine ?), ainsi qu'un visage les joues gonflées par le mâchage de feuilles de coca, un autre ressemblant à un alien ... Nous rejoignons le Kala Sasaya représentant la terre. Ce temple est entouré de murs de grès rouge. Un escalier mène à une cour intérieure et à des ruines d'habitation. Un premier monolithe, El Fraile, représente une statue à deux couleurs : clair (le jour) et sombre (la nuit). Un second monolithe, Ponce, du nom du premier archéologue Carlos Ponce, porte le nom initial du premier fils du soleil. Une porte taillée dans un seul bloc représente la Porte du Soleil. Ornée de bas reliefs, elle servait sans doute de calendrier solaire. Elle pèse plus de 44 tonnes. L'ensemble de ces blocs de grès et de basalte, pour certains de 175 tonnes, provient de Copacabana à plus de 40 km. Après un déjeuner dans un petit restaurant du village et la rencontre d'une jeune bolivienne de Santa Cruz ayant vécu au Brésil, nous rejoignons La Paz. Le bus du retour emprunte la route sur les hauteurs de la ville, nous offrant une très belle vue sur les environs. Fin d'après-midi : balade dans le centre.
Mardi 30 avril 2002Passons la première partie de la journée à chercher un bon magasin photos pour le développement de nos pellicules. Les adresses du guide ne s'avèrent pas en fait des plus fiables. Cela nous permet d'arpenter les rues et découvrir de nouvelles zones. Un important dispositif de policiers quadrille le quartier proche du palais résidentiel. Cireurs de chaussures, écrivains publics, vendeurs ambulants : tous les petits métiers travaillent sous nos yeux dans l'effervescence des sorties de bureaux et l'agitation citadine. Balade dans La Paz avant de rejoindre les échoppes artisanales de Sagarnaga : malheureusement, aucun souvenir ne nous plaît, la production des textiles et autres objets étant de moyenne qualité. Nous décidons de passer une dernière journée à la Paz pour la publication de quelques photos sur le site et l'envoi d'un colis en France, déchargeant un peu nos sacs lourds et volumineux.
Mercredi 1er Mai 2002Matinée consacrée au scannage des photos pour le site, puis direction la poste centrale de la ville pour un envoi de colis sur la France. Après une fouille minutieuse des petits sacs envoyés, la douanière inspecte une à une nos piles de photos à la recherche de feuilles de coca ... Nous profitons de l'après-midi pour préparer notre départ sur Sorata, au pied de la Cordillère Réal, où nous comptons passer plusieurs jours à trekker.
Jeudi 02 Mai 2002Nous quittons l´hôtel en tout début de matinée. N´empruntons pas les célèbres "Micros" qui sillonnent la ville, minibus aux couleurs éclatantes. Prenons un taxi car nous ne sommes pas sûrs du quartier où se trouve la petite compagnie devant nous conduire au village de Sorata, à quatre heures de route de là. Nous attrapons au vol le bus de 8 heures, déjà pleins de Boliviens. Nous rejoignons le village en cinq heures, après que notre chauffeur soit resté bloqué une longue heure à un poste de police et après les innombrables arrêts pour prendre des passagers en route, chargés de sacs de légumes et autres victuailles. Devant la lenteur du trajet, les passagers commencent fortement à s´impatienter et crient au chauffeur des "Vamos Maestro !". Passons des paysages de l´Aliplano, aux vallées verdoyantes bordant la Cordillère. De plus en plus de monde vient s´entasser dans le bus et la plupart restent debout dans le couloir. La bonne humeur est malgré tout présente, les Boliviens, vrais moulins à paroles, n´arrêtent pas ... Nous arrivons à Sorata en début d´après-midi et prenons une chambre au Résidencial Sorata, une immense bâtisse faisant face à la place centrale du village. C´est une ancienne fabrique de café du XIXème siècle, reconvertie maintenant en hôtel tout en charme, son entretien laisse par contre à désirer ... Nous nous rendons ensuite à l´association des guides de la ville, située juste en face, et qui propose les services de guides et mules de la région pour des tarifs acceptables qui sont ensuite presque intégralement reversés aux locaux. La formule nous plait bien. Nous convenons d´un trek de quatre jours pour la découverte des trois lacs de la région, nous menant au troisième jour à la Laguna Glaciar, lac glaciaire à plus de 5.000 m d´altitude. Ce trek réputé, nous avait bien intéressé lors la lecture du magazine Trek. N´étant pas équipés, nous louons également tente, sacs de couchage et matelas de sol. Partons ensuite avec un jeune Bolivien de l´association pour acheter nos provisions pour les quatre jours. Réserve de pâtes, riz, porridge et autres denrées que nous plaçons dans un sac de toile qui sera ensuite fixé sur la mule. Achat également du kérosène nécessaire pour le réchaud. Fin d'après-midi détente autour de la Plazza Enrique Penarando, joliment composée de palmiers, dattiers et autres essences tropicales. Autour de cette place se regroupent l´ensemble des principaux bâtiments du village, et partent des petites ruelles pavées. L´ambiance y est calme et relaxante, propice au farniente ... Nombreux semblent être les occidentaux venus s'installer à Sorata pour y monter des restaurants, hôtels ou agences de treks. Dîner dans un restaurant tenu par un couple allemand, à la cuisine savoureuse, et où l´on peut consulter leur bibliothèque chargée de guides de voyages. Nous rejoignons ensuite notre belle bâtisse pour la nuit, rêvant d´en être les propriétaires ...
Vendredi 03 Mai 2002Réveil de bonne heure pour rejoindre l'association des guides où nous faisons la connaissance de Philippe, jeune français du pays basque, actuellement en vacances un mois en Bolivie. Après discussion, il se joint à nous pour ces quatre jours. Nous faisons ensuite la connaissance de Augustin, notre guide âgé de 23 ans. Achats des dernières provisions manquantes : légumes au marché local, pains ... Nous grimpons ensuite une dizaine de minutes pour rejoindre le père du guide qui prépare la mule. Nous la baptisons Charlotte, heureusement sans la vexer car nous verrons par la suite que c'est un mâle ; ce sera donc Charlot ... Chargement du sac à provisions, sac à dos, tente et sacs de couchage. Philippe préfère garder son sac, piolet et crampons sur le dos, c'est un dur ! Plus de six heures de montée pour rejoindre la Laguna Illampu. Flore nombreuse et variée sur le chemin. Observons le vol majestueux d'un condor. Nous retrouvons même de la mouña, cette plante odorante de la famille du thym, déjà utilisée comme fortifiant au Pérou. Pause déjeuner au soleil, au bord d'un ruisseau, en compagnie des moutons. Nous dominons la vallée, le temps et le paysage sont superbes (Philippe se tartine de crème solaire ...). Nous arrivons à la Laguna en fin d'après-midi, un peu fatigués de cette première journée de trek. Décidons de bivouaquer au pied de la Laguna, à 4.500 m. Augustin nous précède de quelques minutes pour organiser le campement. Nous l'apercevons soudain, courant en sens inverse ... derrière la mule qui se sauve au galop, vers la vallée ... La brume glaciale nous enveloppe rapidement et nous voilà à les attendre après avoir monté le campement. Le temps passe et Augustin ne semble pas revenir. Bruno et Philippe partent à sa recherche, redoutant qu'il se soit blessé lors de sa folle course. Ils rentrent fort heureusement quelques minutes plus tard, la mule attachée doublement et Augustin au bord de l'épuisement. Le dîner se fait dans un froid glacial, maintenant que la nuit est tombée. Nous dansons d'un pied sur l'autre pour combattre le froid, nos lampes frontales vissées sur la tête. La soupe et la plâtrée de pâtes nous réchauffent et nous nous glissons rapidement dans nos tentes. La mule, quant à elle, nous observe en ruminant, sans doute fière du bon tour joué. Nous lui donnons malgré tout nos épluchures, pas trop rancuniers de nous avoir gâché cette soirée ...
Samedi 04 Mai 2002Petit déjeuner copieux de porridge et mate de coca dans la brume toujours présente avant de plier le campement. Direction la Laguna Chillata, à cinq heures de marche de là. Franchissons plusieurs cols. La marche est moins fatigante que la veille. Croisons de jeunes enfants entamant une partie de football au milieu d'un col. Une petite fille sanglote à notre passage car nous lui faisons apparemment peur. Des lamas nous observent, quant à eux, tranquillement. Pause déjeuner en compagnie d'une mule tombée amoureuse de Philippe et qui le suit partout, et d'un taureau à l'allure impressionnante qui se tient à moins de cinq mètres de nous. Ce midi, pas de Corneed Beef au déjeuner : faudrait pas l'énerver ... Nous rejoignons en fin d'après-midi la lagune Chillata à 4.200 m d'altitude. Ce lac sacré est entouré de légendes andines et les guérisseurs de la région s'y rendent régulièrement. La lagune est cachée derrière les sommets de l'Anchumra et de l'Illampu. Nous montons les tentes pendant qu'Augustin met en route le dîner. Il est impressionnant de voir avec quelle dextérité il se débrouille pour nous préparer, dans ces conditions, de très bons repas. Il redescend ensuite à la nuit tombante dans son village pour y déposer la mule qui repart, elle, le lendemain, pour le circuit de l'Illampu. Nous avions hésité pour ce circuit de 6 jours, malheureusement les risques d'agressions avec armes y sont élevés. Le froid tombe vite et nous dînons autour du réchaud à kérosène aussi vite que possible. La tempête soufflera une bonne partie de la nuit, nous faisant presque nous envoler !
Dimanche 05 Mai 2002Troisième jour de trek. Augustin nous rejoint après son aller et retour de nuit à son village. Le temps est plus agréable. La journée s'annonce chargée : quatre heures pour accéder à la Laguna Glaciar, plus trois heures de re-descente au camp. L'ascension s'avère fatigante : les chemins sont étroits et glissants. Traversons plusieurs couloirs d'avalanches de pierres. La faune et la flore ont disparu. Malgré tout, l'ascension en vaut la peine. Nous apercevons au loin le lac Titicaca et la Cordillère se voilant peu à peu. Nous arrivons pour le déjeuner à la Laguna, énorme couloir de glace de plusieurs centaines de mètres de haut, dont parfois de gros blocs de glace se détachent. La lagune est surplombée des sommets enneigés de l'Ancohumo (6.429 m) et de l'Illampu (6.360 m). Déjeuner à plus de 5.000 m, pendant lequel nous sommes rejoints par trois espagnols. Philippe rêve de grimper sur l'un des deux glaciers ... Nous redescendons une heure plus tard vers notre campement. Le temps change vite et se couvre de plus en plus, la grêle nous accompagne une bonne partie de la descente. Nous arrivons près de trois heures plus tard aux tentes, gardées toute la journée par une petite fille du village du guide.
Lundi 06 mai 2002Quittons la Laguna en début de matinée. Il a plu toute la nuit et les tentes sont trempées. Nous plions malgré tout le matériel, le soleil tardant à venir. Descente vers la vallée en trois heures. Traversons champs, rivières, hameaux. La terre reprend peu à peu vie au fur et à mesure que nous descendons. Les chemins de pierre nous mènent au village de Kolani où nous laissons notre matériel de camping (géré par le responsable de l'association qui habite le village). Second arrêt à la maison d'Augustin à qui nous laissons le reste de nos provisions. Nous arrivons à l'heure du déjeuner à Sorata. Saluons chaleureusement notre guide avant de prendre une chambre au Residencial Sorata. Nous nous retrouvons tous les trois autour d'une bière et d'une saucisse frites, face à la plaza, au soleil. Retrouvons l'animation d'un village : les jeunes boliviens rentrant de l'école, les touristes occidentaux arrivant, ainsi qu'un occidental et son fils chevauchant tour à tour un quad en faisant le tour de la place, fiers comme pas deux. Après-midi repos dans la chambre ; Philippe en profite pour dresser sa tente au milieu du jardin de l'hôtel (pour la sécher) ; elle sera trempée le lendemain matin à cause d'une tempête ! Dîner en compagnie de Anna que nous retrouvons depuis notre séjour à Huaraz au Pérou.
Mardi 07 mai 2002Nous quittons Sorata vers 8h00, saluant Philippe venu nous rejoindre au bus. Le bus pour La Paz est vite bondé et refuse de nombreux passagers sur le bord de la route que la pluie a rendu boueuse et glissante. Nous quittons la vallée verdoyante pour les hauts plateaux de l'Altiplano, à la végétation de puna (steppe) désertique. Longeons de nouveau le lac Titicaca avant d'atteindre La Paz. Après-midi calme : Internet.
Mercredi 08 mai 2002Nous nous rendons en tout début de matinée à la gare routière de La Paz, dans l'espoir de trouver un bus pour Cochabamba à six heures de là. Un bus part bien à 8h00 et nous prenons place à bord, après un petit-déjeuner à la gare routière : steak, oeuf et pain !!! Après le brouillard d'El Alto, le ciel se dégage sur l'Altiplano. Le bus est plein de boliviens. Une femme à côté de nous fait des centaines de sachets, remplis de bonbons granulés multicolores. Elle est aidée par sa petite fille. Le paysage est quelques peu monotone, parfois occupé par des hameaux isolés. Nous apercevons, après Patacamaya, au loin, les volcans enneigés de Sajama (6.542 m) ainsi que deux autres volcans. La vue est magnifique. Le voyage se passe sans encombre, ponctué par l'arrivée dans le bus d'une vendeuse ambulante qui propose du poulet à la sauce piquante dans une énorme bassine, ou la réparation (en direct) du magnétoscope démonté au dessus de nos têtes ... Nous aurons droit, par la suite, à deux films hautement philosophiques : Rambo II et Rocky II en espagnol ... Tout un programme ! Nous arrivons à Cochabamba en milieu d'après-midi. Partons à la recherche d'une chambre proche du centre. En trouvons une après la visite de trois hospedajes avec la télévision câblée ... un petit luxe. Fin d'après-midi consacrée à une ballade autour de la jolie place fleurie du 14 septembre, très animée et bordée par de nombreuses arcades piétonnières. Dîner simple dans l'une des gargotes bordant l'Avenida de las Heroinas. Au menu : énorme pièce de viande grillée, papas et riz au fromage (spécialité de la région).
Jeudi 09 mai 2002Nous profitons de cette belle journée ensoleillée pour découvrir l'un des principaux musées de Cochabamba. La ville est plus moderne que celles visitées précédemment : les locaux sont habillés à l'occidentale, les boutiques sont plus modernes et mieux approvisionnées. Le musée archéologique est à quelques pas de la place du 14 septembre. Il renferme des milliers de pièces, couvrant plus de 15.000 ans. Le bâtiment est un peu austère et aucune visite guidée n'est proposée. Nous découvrons tour à tour fossiles, crânes et squelettes de mammifères. Les premiers habitants du continent sont arrivés d'Asie, par le détroit de Béring, il y a 30.000 ans. Sont ensuite exposées diverses pièces des cultures régionales Mojocaya, Tupuraya et Omereque : céramiques, vase à pied conique, verre Koros réalisés également en terre ocre, céramiques aux formes abstraites, visages humains ou têtes d'animaux. En parallèle à ces cultures régionales, la culture Tiwanaku prend ses racines dans l'Altiplano, puis s'étend au nord et au sud, à l'est et à l'ouest, entamant un processus d'unification avec ses concepts politiques et religieux, et influençant les cultures locales qui adoptent alors son style. Au déclin de Tiwanaku apparaissent de nouvelles cultures : Yampara, Lakatambo et Colla. Celles-ci disparaissent à leur tour lors de l'apparition de l'empire Inca. La culture Colla voit la construction d'urnes funéraires, ou "chullpa", en adobe ou en pierre. Nous découvrons également un parchemin en peau, sur lequel sont inscrits signes phonétiques et idéographiques, adaptant le discours catholique à la culture andine. Nous découvrons pour finir de nombreuses pièces et costumes en plumes, arbolette et parure appartenant aux groupes ethniques d'Amazonie. Balade ensuite dans les rues animées, avec un petit détour par le marché artisanal peu fourni. Déjeuner à notre cantine de la veille avant une bonne sieste à l'hôtel. Passons une bonne partie de la soirée à la recherche d'un restaurant pour dîner ... que nous ne trouverons pas ! Entrons finalement dans une petite gargote (celles que nous préférons), à l'équipe bien sympathique, pour un dîner brésilien.
Vendredi 10 mai 2002Départ pour Santa Cruz en bus avec une demi-heure de retard : tous les passagers crient au remboursement ! Un jeune VRP vient vendre ensuite une collection de livres de culture générale au milieu du bus ... qui dure là aussi une demi-heure. Puis débarquent 25 vendeuses ambulantes en tablier bleu, proposant sachets d'œuf et pommes de terre, pain, boisson ... Elles s'engouffrent en même temps à l'arrêt et ne laissent pas le temps aux nouveaux passagers de monter. Tout le monde rit de voir cette agitation et le bus redémarre ! Évidemment, il n'est pas simple de faire sortir 25 personnes en faisant monter les autres passagers restés sur le trottoir ... quelques unes sont donc contraintes de rester dans le bus pendant plusieurs centaines de mètres. Quittons l'Altiplano pour les vertes vallées aux forêts de sapins et petits lacs. Nous sommes arrêtés à plusieurs reprises à des check point militaires : la région étant un axe de contrebande avec le Brésil et de production de cocaïne, certains bagages viennent à être inspectés. Nous descendons donc du bus pour le prendre un peu plus loin. Nous traversons le Parque Nacional Carrasco, vaste forêt tropicale de plusieurs milliers d'hectares, à la végétation luxuriante, cascades, petites maisons sur pilotis, le tout traversé par une piste de terre rouge faisant office de route. De nombreux glissements de terrain, mélange de boue et de pierres, viennent s'échouer le long de la voie. Après la traversée du petit village de Villa Tunari, le paysage change : les vertes vallées laissent place à de plates plaines, toujours à la végétation tropicale, traversées par de larges bras de rivières où se baignent les locaux : rio Ichillo, rio colorado ... Cela n'est pas sans nous rappeler certaines scènes d'Inde, sauf que nous ne sommes pas au bord du Gange mais au pied de la forêt amazonienne. Croisons quelques gardiens de bétail à cheval, le long de la route, rejoignant les hacienda. Nous n'arrivons pas à identifier la nationalité de ces quelques blancs croisés, vêtus de salopette, chemise et chapeau de cow boy à la manière des fermiers amércicains. Lors des quelques arrêts de l'après-midi, jeunes et moins jeunes viennent vendre mandarines, oeufs ... dans des petits sachets accrochés à de longs bâtons, atteignant sans difficulté les hautes fenêtres du bus. La vente de glaces marche aussi très fort : nos voisins en sont friands et en sont déjà chacun à leur troisième ! Nous arrivons à Santa Cruz en début de soirée. Prenons une chambre dans le centre avant une balade autour de la belle place éclairée, à la recherche d'un petit restaurant. Nous ne croisons que glaciers et chaînes de restauration rapide. Finissons chez un glacier, autour d'une soupe et d'un bol de riz !!!
Samedi 11 mai 2002Quittons notre hôtel aux premières heures du jour, laissant nos gros sacs. Disons au revoir aux jeunes toucans de la maison qui aiment à nous donner des coups de bec sur les pieds. Nous souhaitons partir à la découverte des fameuses Missions Jésuites, éparpillées dans la région de l'oriente bolivien. Les jésuites établirent, quelques temps après la conquête espagnole, des missions dans la région, ainsi qu'au Paraguay et en Argentine. Ces zones, inconnues des européens, étaient seulement peuplées d'indiens de différentes tribus : guarani, chiquitano ... Les jésuites développèrent avec les communautés indiennes des missions respectant leurs culture et coutumes, leur enseignant la religion catholique ainsi que différentes techniques : musique, agriculture, élevage et art. Le mélange des deux cultures fut bénéfique aux communautés, mais la Cour d Espagne voyait d'un mauvais oeil le pouvoir qu'avaient acquis les jésuites et les chassa en 1767. L'un des personnages clés de cette période est le père Martin Schmidt, originaire de Suisse, qui fit construire au cours du XVIIème siècle plusieurs églises. Puis, quelques siècles plus tard et durant 27 ans, un autre suisse, architecte, Hans Roth, entreprit avec ses équipes la rénovation de ce fabuleux patrimoine architectural et historique. L'Unesco les classa en 1990 au Patrimoine Mondial de l'Humanité. La difficulté de la découverte de ces missions est due à la rareté des transports locaux : quelques rares agences proposent un circuit, mais à plusieurs centaines de dollars. Nous décidons malgré tout de nous rendre au terminal terrestre pour trouver un bus nous conduisant à San Javier, la plus proche des missions, à quatre heures de route. Malheureusement, les deux compagnies de la gare routière n'ont des départs qu'à 16h00 et 20h00. Il est 8h00 du matin ! Une jeune femme nous indique le nom et l'adresse d'une petite compagnie dans le centre. Sautons dans un collectivo pour rejoindre le quartier du marché et, après un petit-déjeuner copieux, nous embarquons à 11h00 pour San Javier. Les paysages changent et nous découvrons de vastes plaines de savane sauvage. La région est très reculée et ces vastes sierras ne voient l'apparition de villages qu'aux emplacements des anciennes missions. Nous arrivons en milieu d'après-midi à San Javier, petit village regroupant 18 communautés chiqitanos. La mission de San Javier vit le jour en 1691. La construction de l'église commença en 1749 pour s'achever en 1752. Le père M. Schmidt y créa également la première école de musique et un atelier de fabrication d'instruments. Le complexe, entièrement rénové, comprend la cathédrale ainsi qu'un couvent, jardin et clocher : hautes colonnes de bois sculptés en forme de spirales, toits tout en bois, très belles peintures murales, façades décorées. L'ensemble est très beau et chaud. Nous n'avons jamais vu d'églises comme celle-là. Une petite chorale y répète pendant que dehors, dans le vaste jardin fleuri, les enfants travaillent en groupe à leur catéchisme, préparant leur première communion. On accède au clocher, à l'intérieur d'une grande tour en bois, par un petit escalier qui offre une jolie vue dégagée sur le village et le monastère. Nous retournons une nouvelle fois dans l'église admirer la superbe chaire et les fresques religieuses. Nous décidons de gagner la seconde mission, Concepcion, à 1h30 de bus de San Javier, pour y passer la nuit. Un collectivo passe sur les coups de 18h30 et nous arrivons à Concepcion en début de soirée. Une passagère de Santa Cruz nous conseille un nouvel hôtel que nous gagnons sans tarder. Sommes accueillis par le couple de propriétaires, charmants. Partons ensuite à la recherche d'un restaurant autour de la place du village. La belle église éclairée nous fait face. Elle est du même style que San Javier. Nous dînons au Buen Gusto, charmant restaurant installé dans une de celles belles demeures faisant la beauté du village. Un jeune garçon de quinze ans, Edwin, en place depuis sept mois, nous accueille et nous sommes impressionnés par son professionnalisme.
Dimanche 12 Mai 2002Petit déjeuner copieux au buffet préparé par la maîtresse de maison où nous nous régalons d'œufs brouillés, salade et jus de fruits de mangue, accompagnés de petits pains et gâteaux de la région. Nous rejoignons ensuite l'église où se déroule la messe. Pratiquement tout le village est là. Ceux qui ne peuvent assister à l'office du matin le suivent en direct à la télévision (!) et pourront se rendre à celui de 19h00. L'église est plus grande et tout aussi belle. Elle fut construite entre 1753 et 1756 et forme, avec le couvent, un harmonieux complexe architectural, à présent maison paroissiale. La restauration de l'église, commencée en 1975, est bénite en août 1982 pour sa réouverture. Il est remarquable de noter que la restauration de ces oeuvres, réalisées par les équipes suisses et allemandes, ont permis la survie de six des dix missions construites par le père Schmidt, alors que celles du Paraguay et de l'Argentine ont disparu ou sont à l'état de ruines. Nous patientons dehors dans le parc, bientôt rejoints par des vendeurs de glace qui attendent la fin de la messe. Le village, qui date de 1709, est constitué de belles maisons de plein pied, aux toits de tuiles, avec de vastes jardins intérieurs. Nombreuses sont les façades qui reprennent des détails de l'église : peinture murale, colonne à spirale ... L'ensemble est harmonieux. La route cependant n'est qu'une vaste piste en terre battue et chaque passage de véhicule à deux ou quatre roues soulève à chaque fois un énorme nuage de poussière rouge. Nous achetons un joli collier de plumes d'oiseau aux couleurs vives, à une jeune indienne sortant de la messe, réalisé à plus de 75 km d'ici, sans doute dans la forêt tropicale. Après un petit tour du village, nous décidons de rejoindre la station service à la sortie de la ville où doit (normalement) passer un bus pour la commune de San Ignacio. Nous patientons plus d'une heure et demie, assis dans la poussière, sur cet axe quasiment désert en ce dimanche midi ... Après vérification auprès de plusieurs locaux qui nous confirment qu'aucun bus ne passe de jour, malgré les affirmations de notre hôtel, nous rebroussons chemin ... Nous retrouvons le jeune couple de français rencontré le matin au petit-déjeuner, avec qui nous échangeons quelques mots. En voyage pour six mois, et après deux mois passés au Brésil, ils découvrent la Bolivie avant de rejoindre le Pérou. Nous regagnons ensuite la Plaza pour l'achat de deux billets de bus qui passe à ... 2h30 du matin ! Devant le peu de passagers locaux, la plupart des bus de jour ont été annulés. Après-midi hamac dans l'hôtel où nous reprenons une chambre ... Détour par l'église un peu avant 20h00 pour la messe, puis dîner au Buen Gusto, en compagnie de la patronne charmante.
Lundi 13 mai 2002Quittons Concepcion à 2h30 du matin pour prendre notre bus pour san Ignacio. Nous voici tous les deux assis sur les marches de l'agence faisant face à la place déserte. Seul un pauvre cheval malade se tient couché sur la pelouse en face de nous. Le silence nous entoure. Le bus n'arrive qu'à 3h00 du matin en nous faisant une petite frayeur : viendra-t-il, ne viendra-t-il pas ?! Nous arrivons à San Ignacio à 6h30 du matin, après avoir tenté de dormir un peu. Dès notre descente du bus, nous nous rendons au bureau d'une petite compagnie qui doit avoir une liaison avec les missions de San Miguel et San Rafael. Un bus part à 7h30 et nous prenons place à bord. Nous arrivons à San Miguel une demi-heure plus tard. Le bus nous laisse 20 minutes avant de repartir pour San Rafael. Nous en profitons pour nous rendre à l'église, fermée à cette heure. Mais nous faisons la connaissance du père Bernardo Kulha, tchécoslovaque, qui nous ouvre gentiment les portes. La visite en sa compagnie est rapide. Construit de 1748 à 1754, il respecte les plans du père Schmidt. Sa rénovation entre 1979 et 1983 en fait l'une des plus belles missions. Mais elle n'a pas notre préférence. Nous remercions le père avant de nous engouffrer dans le collectivo. Arrivons une heure plus tard à la mission de San Rafael, la première crée. En traversant le parc, nous faisons la connaissance d'un vieux péruvien de 81 ans, Francisco, qui nous propose d'être notre guide pour la visite de l'église. Nous sommes accueillis par une des sœurs qui nous ouvre gentiment les portes. L'église est très belle, édifiée entre 1740 et 1748. Son toit de palme, des fresques et ornementations religieuses est remarquable. Francisco est également un très bon guide et nous régale des histoires de la mission et de l'église. Nous le quittons au bout d'une heure, ravis et le remercions chaleureusement avec une "petite pièce". Après renseignement, nous trouvons un bus qui passe près de l'hôtel San Rafael, le long de la route principale, et qui se rend à San Ignacio. Une aubaine pour nous qui aurions dû attendre le bus pris à l'aller et partant à 16h00. Nous arrivons à notre point de départ deux heures plus tard. Après une succulente pizza avalée en guise de petit déjeuner et déjeuner, nous passons l'après-midi dans le parc bien agréable, à l'ombre d'un manguier ... Petit détour par l'église de San Ignacio. Lors de la messe, assistons à une procession en l'honneur de la vierge portugaise Fatima, puis nous partons rejoindre le bus de Missiones Oriente pour Santa Cruz. Durée du trajet : 11 heures. Fin de notre beau circuit dans les Missions.
Mardi 14 mai 2002Après un trajet de 11 heures au départ de San Ignacio, nous arrivons au petit matin à Santa Cruz. Nous nous posons quelques heures à l'Hôtel Bolivar. Petit déjeuner en compagnie de Simon et Felipe, les deux toucans de la maison, puis séance Internet. Nous quittons l'hôtel en milieu d'après-midi pour le terminal terrestre. Direction Sucre, à 16 heures de route. Le départ se fait avec une heure de retard, dû au départ mal organisé de deux groupes de jeunes pour Cochabamba. Nous prenons enfin place à bord du bus "cama" dont les sièges s'inclinent aux 3/4. L'un des deux sièges étant cassé, nous voyageons chacun séparément : Laurence devant, et Bruno à la place initiale. Mais le siège cassé à côté de Bruno est revendu par deux fois au cours de la nuit ! Nous chargeons, à 3 km du terminal, une cargaison de paquets au coin d'une route. Une camionnette attend dans le noir et, à l'arrivée du bus, cinq hommes tels des contrebandiers transvasent le chargement dans les soutes du bus. Trajet de nuit sans encombre.
Mercredi 15 mai 2002Nous arrivons en milieu de matinée à Sucre, capitale du pays, abritant la Cour Suprême. Prenons une chambre dans le centre, quartier très agréable, avec ses nombreuses églises et ses anciennes demeures blanchies à la chaux. La ville porte le nom du général ayant rendu à la ville son indépendance. Prenons le petit déjeuner sur place et nous sommes bientôt rejoints par Philippe, notre ami basque rencontré à Sorata, et avec qui nous avions trekké durant quatre jours. Parti seul en trek dans les yungas, il s'est fait attaquer par trois hommes et dévalisé sous la menace d'armes. Après quelques jours bloqué à La Paz pour des raisons administratives, il est venu nous rejoindre. Après un verre pris au restaurant de l'Alliance Française, nous consacrons une bonne partie de l'après-midi à saisir le carnet de route des dernières semaines. Dîner dans une petite gargote sur la place, de hamburgers et milanesa de pollo ... pour changer.
Jeudi 16 mai 2002Nous partons aux premières heures du jour pour Potosi, à quatre heures de route. Nous arrivons dans la ville minière en fin de matinée. Située à 4.090 m d'altitude, elle est la ville la plus haute du monde. Potosi fut la cité la plus riche d'Amérique Latine dès la découverte de filons d'argent par les espagnols en 1545 dans la montagne sacrée du Cerro Rico. Dès lors, les mines furent exploitées dans des conditions très dures et près de huit millions d'indiens et esclaves noirs y trouvèrent la mort. Nous prenons une chambre dans un hôtel proche de la place, mais en rénovation ! Les sanitaires laissent quelque peu à désirer, mais son emplacement et son prix nous font rester. Pause "saltenas" autour d'un maté de coca. Nous rencontrons un groupe de basques que Philippe a connu dans l'avion, avec qui nous échangeons des informations sur le Salar et le Sud Lipez. Souhaitant réserver un tour pour la visite des mines, nous réservons dans la même agence que le groupe, à un prix préférentiel. Balade dans la ville au cours de l'après-midi : nous empruntons la calle Quijarro et ses petites ruelles étroites aux maisons de couleur, sensées protéger les habitations du froid glacial provoqué par le vent qui s'engouffre. Nous assistons sur la place à une manifestation de mineurs et de leurs familles. Entamant slogans et chants, ils font sauter plusieurs bâtons de dynamite, tenant à l'écart les troupes de policiers parties se réfugier dans leur caserne ! Le bruit de chaque explosion est assourdissant et nous fait sursauter. Mais la manifestation est pacifique. Apéritif à la Casona Pub, ancienne demeure historique du XVIIIème siècle, avant de rejoindre l'un des (rares) restaurants fréquenté par les voyageurs, le Chaplin, du nom de la "faible" ressemblance du patron. Pour nous, il ressemble plus à un patron de restaurant marocain qu'à un Chaplin !
Vendredi 17 mai 2002Nous quittons l'hôtel à 9h00 pour rejoindre le groupe prévu pour la visite d'une mine. Retrouvons les basques ainsi que trois américains. Deux guides nous accompagnent, Marlène et Wilson, parlant anglais et espagnol. Premier arrêt un peu avant la mine afin de récupérer combinaison, casque et bottes. Nous achetons également quelques petits "présents" pour les mineurs qui disposent de très maigres revenus : achat de sacs de feuilles de coca, cigarettes et bâtons de dynamite. Marlène nous explique la mise à feu du bâton de dynamite, en vente libre. Un bâton peut être divisé en quatre morceaux. Sa mise à feu se fait à l'aide d'un détonateur fin enveloppé d'une feuille d'aluminium et d'une mèche, câble de un mètre de long. Nous repartons une demi-heure plus tard vers le Cerro Rico. Marlène divise le groupe en deux et nous pénétrons par l'une des 5.000 entrées. Un vrai gruyère ! La température intérieure est de 15 degrés, et peut monter jusque 45 degrés selon la profondeur. Nous marchons courbés, les uns derrière les autres, éclairés par les lampes à acétylène. Respirons beaucoup de poussière, dépôts d'amiante, gaz et autres vapeurs. Le manque d'oxygène (nous sommes à 4.200 m) se fait sentir. Nous faisons la connaissance d'un premier groupe de mineurs. Les mineurs travaillent depuis plusieurs années pour leur compte, suite aux licenciements massifs fait par le gouvernement, et font partie de coopératives (au nombre de 70). Les conditions de travail sont très dures, allant de 10 à 24 heures sous terre, sans sortir. Ils ne déjeunent pas et mâchent des feuilles de coca toute la journée pour calmer la faim, la soif, la fatigue. Les plus jeunes ont entre 12 et 14 ans, les plus vieux au maximum 45 ans. Tout mineur sait qu'il est condamné à moyen terme, à cause des maladies respiratoires attrapées dans la mine. A partir de 1545, Potosi a connu un essor considérable grâce à la découverte de l'argent. Mais les filons furent totalement exploités par les espagnols. A l'indépendance du pays, Potosi ne comptait plus que quelques rares filons. Les mineurs exploitèrent alors étain, cuivre et zinc, mais qui perdirent énormément de valeur. Nous parcourons plusieurs galeries, en empruntant corde à nœuds ou étroite échelle en bois afin de descendre d'un niveau à l'autre. Certains passages ne sont pas faciles. La montagne renferme plusieurs entrées, des centaines de galeries sur plusieurs niveaux. Nous rencontrons une seconde équipe de mineurs, dirigée par un chef d'équipe de 38 ans (qui en parait 50) encadrant quatre personnes dont un jeune de 16 ans. Nous discutons un long moment avec cet homme courageux qui nous explique les conditions de travail et la vente du minerai qui se fait un vendredi sur deux pour une poignée de pain. Près de 800 hommes travaillent ici. Aucun ne bénéficie de structure médicale, assurance ou retraite. Les plus anciens ne souhaitent pas que leurs enfants travaillent à la mine et continuent ce dur travail pour la subsistance de leur famille et le financement des études. Nous rendons visite au "tio", statue représentant un diable et vénérée par les mineurs, les protégeant et leur assurant une bonne production. Offrandes de feuilles de coca et cigarettes lui sont faites chaque jour. Nous ressortons après 2h30 sous terre, réellement impressionnés par cette expérience et ces rencontres. Nous regagnons le centre de Potosi pour un déjeuner avec les basques. Petite pause à l'hôtel avant de rejoindre la Casa Real de Moneda, l'Hôtel Royal de la Monnaie. Nous pénétrons à l'intérieur d'un premier patio, surmonté d'un immense masque. Plusieurs versions sont données : l'une indique qu'elle représente Bacchus, le dieu du vin, l'autre indique qu'elle représente Diego Huallpa, un indien ayant découvert le premier filon d'argent. Nous rejoignons ensuite la visite guidée en espagnol de cet hôtel de la monnaie, érigée il y a 225 ans, d'une superficie de près de 7.800 m² et ayant nécessité 15 ans de construction. Nous découvrons tout d'abord une ancienne locomotive pacamayo, datant de 1892, et ayant servi à l'inauguration du service ferroviaire. Nous pénétrons ensuite dans plusieurs salles parfaitement restaurées, où sont exposées plusieurs dizaines de peintures religieuses servant à évangéliser les populations indiennes, et réalisées par des artistes indiens et européens, dont le fameux Virgen Cerro, datant de 1720 : ce tableau représente le Cerro Rico, le premier inca ayant découvert le premier filon ainsi que les trois divinités entourés d'anges. C'est un tableau maintes fois reproduit. Nous visitons ensuite la salle des monnaies, vaste salle en pierre et superbe poutrelage en bois d'époque. Auparavant, il existait huit Casa de Moneda en Amérique latine qui servaient à la fabrication des pièces de monnaie, principalement pour la Couronne d'Espagne. Sont présentées les monnaies en argent mises en circulation à compter de 1575 : pièces aux contours imparfaits. Les pièces réalisées avec les premières machines datent de 1767. Sont également exposées des centaines de matrices servant à imprimer les pièces, toutes venaient d'Espagne. Les meilleurs "tailleurs" étaient français. La salle des monnaies communique avec la salle des machines où étaient fabriquées les feuilles d'argent : vaste et complexe machinerie faite de roues en bois qui ne fonctionnaient pas à l'eau, mais tirées par des mules venant d'Argentine. Ces mules avaient une durée de vie de trois mois, durée faible, due aux difficiles conditions climatiques de Potosi. Quand les mules venaient à manquer, elles pouvaient également être remplacées par des hommes ... 24h/24h. Un travail inhumain dans une salle glacée et sans lumière du jour. Heureusement, ces machines seront remplacées, à l'Indépendance, par des machines à vapeur, puis électriques. Tous les appareils servant à la fabrication de la monnaie provenaient d'Espagne et fonctionnaient selon le même mode d'emploi dans les huit Casas de Moneda. La monnaie frappée partait ensuite pour Panama, en 70 jours, avant de rejoindre l'Espagne. C'était sans compter sur l'arrivée des pirates, dès le XVIIème siècle. Les cargaisons étaient alors chargées dans de vastes coffres en bois sculptés. Une clé ouvrait le coffre, mais était commandé par 17 ingénieux systèmes intérieurs de sécurité. Nous découvrons ensuite les anciens instruments des mineurs, et les divers objets en argent réalisés. Les deux dernières salles exposent les machines à vapeur puis électriques qui permettent d'accroître la production. La machine à vapeur produira 40 pièces à la minute tandis que la machine électrique en produira près de 250 par minute. Nous quittons le musée après 2h30 de visite. Soirée calme devant un bon steak de lama.
Samedi 18 mai 2002Nous quittons Potosi en fin de matinée pour Uyuni, au sud du pays. Sommes retardés par la course cycliste qui a lieu ce jour et bloque la moitié de la ville. Le trajet de six heures nous permet de découvrir un paysage nouveau, quasi désertique, de roches aux formes étranges, sculptées par le vent. Quelques cheptels de lamas viennent boire le long des rares ruisseaux. Croisons quelques hameaux noyés sous la poussière, semblant abandonnés. Les terrains de basket, flambants neufs, semblent sortir d'un autre monde ! Le froid glacial nous enveloppe dès notre descente du bus. La ville est plongée dans le noir à cause d'une coupure électrique. Charmant accueil. Heureusement, plusieurs rabatteurs attendent à l'arrivée du bus et nous faisons la connaissance d'une jeune bolivienne de Tonito Tours, une agence recommandée à plusieurs reprises. Elle nous conduit dans le quartier des hôtels et restaurants, quartier épargné par la coupure. Nous prenons une chambre avant de rejoindre l'agence pour l'étude du circuit proposé. L'offre et le prix nous convenant, ainsi qu'à Philippe, nous confirmons pour le lendemain. Un jeune couple français de Bretagne, Karine et Vincent, se joint à nous. Nous serons donc cinq. Fin de soirée autour d'un steak de lama et purée fraîche, avant une dernière bière dans un bar qui finit de s'animer ... à 22 heures.
Dimanche 19 mai 2002Après l'achat de saltenas, chaussons de viande et de légumes nous faisant office de petit déjeuner, nous rejoignons le bureau principal de l'agence. Arrivent bientôt Karine et Laurent, ainsi qu'un couple suisse, Nicole et Jean-Nicolas, dépêchés d'une autre agence, comme cela se fait souvent. Nous voilà donc sept francophones ! Notre guide-chauffeur arrive au volant du 4x4 et nous faisons la connaissance de Merardo, bolivien d'une soixantaine d'années, accompagné de Aydée, notre jeune cuisinière. Après le chargement sur le toit des sacs, cartons de nourriture, essence et autres, nous prenons la direction de Colchani, petit village aux portes du Salar de Uyuni. Petit arrêt dans ce bourg de 350 habitants regroupant 70 familles. 30 % travaillent sur le Salar, le reste vivant de l'agriculture locale : production de pomme de terre, quinoa ... Nous croisons un groupe de vigognes sauvages. La vigogne, cousin du lama, est un camélidé rare, vivant au delà de 4.000 m. Sa laine, fine et dorée, était déjà la propriété exclusive des incas. Le paysage autour de nous est surprenant : sous un ciel bleu limpide, d'un coté la puna rase et quasi désertique qui semble posée au pied des monts enneigés, et de l'autre, le Salar de Uyuni, immense désert salé de 12.000 km² à la blancheur aveuglante. Une immense surface lisse et dure qui s'étend à perte de vue. Près de 19.000 tonnes sont extraites chaque année, dont 5.000 partent à l'exportation vers le Brésil. Ceci est géré par la coopérative de Colchani. Nous quittons le village et son vieux bus bringuebalant, comme sorti d'un film, qui s'apprête à traverser le salar pour rejoindre San Juan et pénétrer sur cet ancien lac. Des centaines de petits monticules de sel sont posés là, surgissant de nulle part. Sel récolté par les paysans à l'aide de pelles et pics. Une petite partie du sel est conditionnée en blocs de 10 kg. Deux blocs sont chargés sur chaque lama qui, au nombre de 70, prennent chaque année, au mois de juin, le chemin de la "Caravane de sel", pour rejoindre Tarija à 300 km de là. Les 70 lamas sont accompagnés de trois campesinos de Cochani qui, au cours de leur traversée de deux mois aller et retour, vont braver le rude climat andin afin d'échanger leurs produits contre du miel, du maïs et autres produits introuvables ici. Cette caravane de sel existe depuis plus de 400 ans. Nous continuons de rouler en direction de deux hôtels de sel construits il y a 8 et 3 ans, à présents fermés pour cause de contamination du salar. Par les vitres non obscurcies, nous apercevons meubles et objets en sel, recouverts de peau de lama. Vaisselle, ustensiles de cuisine sont encore là, comme si les hôtels avaient brusquement fermés. A raison de 60 USD la chambre double, nous avons quelque peu du mal à comprendre le manque d'installation sanitaire et d'hygiène qui causent tant de dégâts. Nous rejoignons ensuite l'un des rares îlots du désert, petite colline de quelques centaines de mètres de haut entourée d'une mer blanche. L'Isla de los Pescadores est pratiquement recouverte de cactus géants, dont certains atteignent 12 mètres de haut, et autres plantes tenaces. Le lieu est hallucinant. Un complexe de maisons en pierre a été récemment construit mais le projet semble être en suspens : aucune des pièces intérieures étant achevées. Aydée prépare le déjeuner tandis que nous saluons deux motards allemands accompagnés de deux locaux qui les précèdent en jeep. Ils ont perdu leur troisième équipier parti seul en moto. Après avoir atteint le sommet de l'île et profité d'une très belle vue sur l'immensité du désert nous entourant, nous rejoignons notre groupe pour un déjeuner convivial, assis sur le salar. Fort heureusement, le groupe de jeunes d'israéliens qui était près du 4x4 à notre arrivée, s'est rhabillé et éloigné. Les groupes de jeunes israéliens qui viennent sur le salar, ont la "coutume" de se déshabiller entièrement pour une photo souvenir, à la vue de tous. Et cela ne plait pas du tout aux guides locaux ... Nous prenons la route une heure plus tard, direction le village de San Juan où nous devons passer la nuit. Le volcan Tunupa se découpe au loin, haut de ses 5.440 m. Nous longeons ensuite les montagnes Huaraco bordant la seule route goudronnée qui traverse le salar : le peu d'épaisseur de sel à cet endroit fait que la saison des pluies la rend impraticable. Cette route est la seule voie d'accès. Nous voici à présent sur une route en cailloux, entourée de champs de quenoa, céréale très nutritive que l'on retrouve dans les soupes et ragoûts, et cultivée depuis plus de 5.000 ans. Le salar est derrière nous. Quelques paysans travaillent dans les champs, surpris par le passage de deux gringos en vélo, chargés comme des mules, tentant de braver le vent et la poussière ainsi que l'état exécrable de la route. Nous les saluons de la main en leur souhaitant bon courage. Nous arrivons en fin d'après-midi à San Juan, petit village à l'image des anciennes villes du Far West, aux petites maisons en adobe, aux rues perpendiculaires, poussiéreuses et désertes. Le vent se lève brutalement et nous voilà pris dans une tempête de sable alors que nous rejoignons notre alojamiento pour la nuit. Notre groupe de sept est réparti en deux chambres aux lits superposés, heureusement bien pourvus en couvertures, le froid étant vif la nuit. Nous partons à la recherche d'un bar pour nous "rafraîchir" d'une bière que nous prenons finalement dans l'arrière boutique d'un magasin d'alimentation à la lumière d'une unique bougie ! Nous rions bien d'un vieux poster de Ricky Martin, d'au minimum 10 ans d'âge, cheveux longs et bruns, avec 10 kg en plus. Méconnaissable ! Dîner tranquille, tous les sept dans une pièce faisant office de couloir. Le dîner est copieux et bon. Les garçons partent boire une bière pendant que les filles courent se blottir sous les couvertures glacées.
Lundi 20 mai 2002Réveil en début de matinée, petit déjeuner et bonne douche brûlante avant d'affronter, emmitouflés dans nos parkas, le froid bolivien. Nous chargeons le 4x4 et prenons la route. Traversée de l'Altiplano, vaste étendue déserte aux chemins rocailleux. De la glace apparaît le long de la route. Bref arrêt au poste militaire de Chiguana pour le contrôle des passeports. Nous longeons ensuite la voie ferrée qui mène au Chili, puis traversons le salar de Chiguano, vaste étendue de borax, carbonate de sodium, agent polluant remplaçant la lessive. Le volcan Ollague, au sommet enneigé sous les nuages, domine cette étendue désertique du haut de ses 5.865 m. Croisons plusieurs troupeaux de lamas et vigognes, toujours aussi curieux à notre passage. Nous atteignons une première lagune, la laguna Canapa, aux reflets bleu océan et découvrons nos nouveaux compagnons de route, des dizaines de majestueux flamants roses, pataugeant dans l'eau glacée à la recherche de plancton. Le vent violent les empêche pratiquement de s'envoler (et nous de tenir debout !). Nous longeons les laguna Hedienda où nous déjeunons, Chiar, Kota et Honda, toutes trois situées sur la "route des joyaux", au pied des volcans enneigés. Paysages sublimes. Après-midi à traverser les étendues désertiques du Sud Lipez. Petit arrêt près des formations rocheuses où viennent se réfugier les viscacha, petit rongeur ressemblant à un lapin à la longue queue. Merardo vient leur déposer quelques morceaux de pain afin de les faire sortir. Nous retrouvons quelques plants de yareta, cette mousse verte, très dure, accrochée à la roche et servant de combustible, que nous avions découvert au Pérou. Traversée du désert de Siloli pour rejoindre "l'arbre de pierre", formation rocheuse en forme d'arbre. Nous sommes à 4.600 m. Nous rejoignons ensuite la laguna Colorada de 60 km², à l'étrange coloration rouge. Malheureusement, nous arrivons en pleine tempête de neige et ne distinguons pratiquement rien. Prenons nos quartiers dans des baraquements où le vent s'engouffre en moins de deux. Pas de point d'eau ici. Pour nous réchauffer, nous nous contentons d'un bon maté de coca sur un air de sampona, flûte de pan, que joue Philippe qui a répété toute la journée dans le 4x4. Marmite de soupe maison suivie d'une plâtrée de spaghettis : voilà de quoi rassasier nos estomacs affamés ! Fin de soirée sous l'unique lampe du couloir où les trois groupes des agences dînent en discutant voyages. Extinction des lumières comme la veille à 21h00, nous obligeant à nous réfugier dans nos chambres à 7 degrés. La température de cette nuit va chuter à l'extérieur, à moins 15 degrés. Les lits superposés se vident à moitié et nous nous regroupons par deux dans un petit lit, sous une pile de couvertures. Nuit sans sommeil.
Mardi 21 mai 2002Merardo, devant la tempête de neige de la veille au soir, nous réveille plus tard que prévu : 05h30 au lieu de 04h00. Heureusement, la neige a cessé de tomber, mais il ne semble pas rassuré sur les conditions d'accès aux lagunes ce matin. Petit déjeuner à la lueur d'une bougie, chargement des affaires avant de sauter dans le 4x4, déjà transis de froid. Le givre empêchant toute visibilité, Merardo doit conduire fenêtre ouverte, ce qui ne manque pas de nous refroidir un peu plus. Nous montons doucement pour rejoindre les geysers de Sol de Manana, mares de boue bouillonnante et de fumerolles qui s'échappent du sol. Deuxième arrêt au salar de Chalviri où viennent se nourrir canards et flamants roses, puis aux eaux thermales de Polques, à l'eau à 30 degrés, riche en minéraux qui nous permet un revigorant bain de pieds. Nous rejoignons, plus au sud, la célèbre vallée de dali au paysage lunaire et surréaliste, avant d'atteindre les lagunas blanca et verde. Mais le manque de vent ne nous permet pas de découvrir sa fameuse couleur émeraude vif. Nous nous contentons de son vert clair, dû à une importante concentration en minéraux. Le paysage aux alentours est magnifique : les lagunes font face au volcan Licancabur, au sommet enneigé (5.860 m). Le ciel est d'un bleu limpide. Derrière, c'est le Chili et pour certains accès direct à San Pedro de Atacama. Nous passons un bon moment, là, silencieux devant tant de beauté et de sérénité à 5.000 m d'altitude. Nous nous apprêtons à partir quand passe devant nous le vol majestueux d'un groupe de flamants roses. Nous reprenons la route en sens inverse, mais le vent a poussé quantité de neige sur la piste. Et nous voilà enneigés ! Nous avions bien ri de la photo du Lonely où l'un des 4x4 de Colque Tours, autre agence de référence, était ensablé. Nous voilà tous dehors (exceptée Aydée qui continue de tricoter, imperturbable...), tentant d'aider Merardo à pousser le 4x4, après qu'il eut dégagé les gros blocs de neige venus s'encastrer sous le véhicule. Nous nous dégageons en dix minutes et rejoignons le 4x4 en courant, après l'inévitable partie de boules de neige ... Nous arrivons pour le déjeuner à la laguna colorada que nous n'avions pu voir la veille. Sa coloration rouge, due aux algues et au plancton, entourée d'un dépôt blanc composé de sodium et magnésium, le tout sur fond de montagnes aux couleurs de souffre, nous laissent sans voix. Le spectacle est réel et envoûtant. Nous reprenons cependant la route, après notre déjeuner, pour la traversée de la Vallée de Rocas, autres étranges formations rocheuses posées là, en plein désert. Les ennuis mécaniques de Merardo continuent : après l'enneigement et un problème de suspension lui ayant fait passer son heure de déjeuner sous le 4x4, nous crevons ! Arrivée à notre troisième et dernière étape, le petit village de Alota. Achat de quelques bières à l'unique épicerie, avant de nous réfugier dans notre salle à manger. Le propriétaire de l'alojamiento qui nous accueille, est fier de nous présenter un film / reportage sur les curiosités de la région. Nous tentons, non sans rire, de rester polis en regardant quelques extraits déjà vus au cours de la journée. Le patron se tient droit au pied de la table, tel un garde, surveillant nos réactions. Nous poursuivons nos discussions dès qu'il quitte la pièce.
Mercredi 22 mai 2002Dernier jour de circuit. La journée est axée sur le retour vers Uyuni. Halte au nouveau village de San Cristobal, construit il y a trois ans par des américains ayant racheté une mine d'or et d'argent. Les américains vivent dans l'ancien village et ont délogé les familles dans un village entièrement reconstruit (jusqu'à l'église en pierre, copie conforme à l'originale). Tout est neuf et grand. Mais beaucoup de maisons et bâtiments semblent sans vie, et sont vides de tout occupant. Ronds points (!), panneaux de signalisation, ... on se croirait en pleine ville, mais on est en plein désert ! Cela ressemble tout de même à un village fantôme, tout droit sorti de la quatrième dimension, et que nous quittons ... quelque peu effarés. Deuxième crevaison avant le déjeuner, Merardo ayant réparé le premier pneu hier soir, dans un petit village. Nous poursuivons ensuite une heure de route avant d'atteindre le cimetière abandonné des trains, à l'entrée de la ville. De vieilles locomotives, datant des années 1800, qui transportaient le minerai vers le Chili sont abandonnées sur l'ancienne voie, à la merci des éléments climatiques. Les garçons se prennent tour à tour pour des conducteurs, sautant d'une locomotive à l'autre, avant de terminer bandits. Le décor est digne d'un film de far west. Nous voici déjà à Uyuni. Nous quittons Aydée et Merardo avec regrets, en les remerciant chaleureusement pour ces quatre jours passés ensemble. Karine et Laurent rejoignent en fin d'après-midi leur bus pour La Paz, tandis que nous rejoignons Nicole et Jean-Nicolas pour un steak de lama avant leur départ, également prévu dans la soirée.
Jeudi 23 mai 2002Journée transport dans le sens inverse pour rejoindre Potosi où nous changeons de compagnie pour rejoindre Sucre. Philippe décide de se poser quelques jours pour retrouver une amie bolivienne, Karen, rencontrée à La Paz et originaire de Sucre. Nous arrivons en milieu de soirée dans la capitale animée. Prise d'une chambre et dîner à l'Alliance Française, d'un coq au vin et poulet basquais. Cocorico !
Vendredi 24 mai 2002Nous sommes réveillés au son de la fanfare qui défile dans la rue. C'est la fête à Sucre pendant trois jours, célébration de l'Indépendance et Fête des Mères. Ce n'est que musique, orchestres et gens costumés qui animent les rues entre des dizaines de stands de boisson, nourriture et cadeaux, dressés pour l'occasion. Visite l'après-midi du très beau musée indien qui présente les différentes formes d'art des nombreuses communautés de la région ; pièces anciennes, tissus et céramiques de 500 à 2.000 ans, sont exposés à coté des pièces actuelles, fruit du travail de 1.000 tisseuses et 300 tisseurs répartis en 28 ateliers et appartenant à 16 communautés. 60 potiers y travaillent également. Chaque groupe ethnique est présenté de façon détaillée : la communauté Jalq'a occupe la partie nord de Potosi, dans les départements de Chuquisata et Oropezo. Elle représente 20.000 personnes. Les jalq'a n'ont pas d'organisation politico sociale, mais se reconnaissent par le nom. Les tarabuco occupent le sud-est. Ils portent un costume commun : montera, pantalon blanc et pancho aux dégradés de couleurs. Ils utilisent les mêmes instruments, jouent la même musique, adoptent les mêmes rites et parlent la même langue, le quechua. Cinq salles présentent habits du XIXème siècle dont l'unku, le costume porté par les hommes, des tapisseries tissées par les hommes, bien différentes de celles tissées par les femmes, qui, pour leur part, tissent des dessins en bandes délimités par différents éléments : animaux et personnages connus, objets culturels, activité dans les champs. Cette technique de tissage appartient à la culture Tarabuco. Elle joue avec les dégradés de couleurs : on dirait qu'il y a des rayons de lumière ! Mais notre préférence va vers les tissages féminins de la culture Jalq'a : monde surnaturel, personnages indomptables ou diaboliques : crapaud, hibou, lama à trois bosses ... Il n'apparaît pas, comme vu précédemment, de figures géométriques ou de thème symétrique. La "lecture" d'un tissage Jalq'a est difficile. Une collection d'objets de l'époque Tiwanaku est exposée un peu plus loin : crâne, objet rituel, céramique et vannerie, bonnet à pointe ... L'autre partie du musée présente en plusieurs salles, danse et musique traditionnelle : musicien en costume, chapeau de plume et ceinture de couleur ... La gestuelle accompagne la musique, différente selon les communautés, qui se distingue par les instruments, les rythmes, les mélodies et par les mouvements du corps. Nous découvrons la "danza liberia", danse en voie de disparition et célébrée par quelques communautés de la région Jalq'a durant août et septembre, les danseurs célèbrent Pachamama ou quelques saints pour une meilleure fertilité des terres. Ils portent sur le dos comme une aile de condor, faite de tôle et de fils de laine de couleur. C'est une fête de nuit ou musique, personnages et danses sont démoniaques. Présentation ensuite des "monos", duo de musicien et acteur comique, lançant sans cesse des blagues à l'assemblée, persécutant les jeunes filles ... Le rôle des "monos" est de semer le désordre pendant le rituel. Comme les danseurs de "Liberia", ils sont vêtus de deux couleurs opposées appelées "allga", code visuel qui indique la rupture de l'ordre. Les "monos" se rencontrent dans les fêtes destinées aux saints, mais sont de plus en plus remplacés par les joueurs de sampona. La deuxième danse, dite "pujllay" de Tarabuco, se danse autour du pukara, autel de trois à quatre mètres de haut recouvert de fruits, fleurs, pain et viande offerts en signe d'abondance. Les danseurs sont vêtus du même costume que Tata Pujllay, la divinité. Autre danse, la "palla" se dansait il y a encore quelques années à la période sèche, pour célébrer les saints. Le personnage de la "palla" était un danseur habillé en femme. La musique était chantée et jouée par des joueurs de charango. Chaque musique et chaque instrument se jouent à une période de l'année. Les groupes indiens respectent un cycle musical annuel : Pâques, le carnaval, ... Chacune des périodes est associée à la musique, avec ses saints et ses divinités diaboliques. Nous quittons le musée après trois heures de visite fort intéressante. Nous rejoignons la boutique où sont exposés les différents ouvrages réalisés par les communautés Jalq'a et Tarabuco. Les prix sont élevés et en USD, mais la qualité des réalisations est superbe. Nous craquons pour un très beau tissu tendu Jalq'a. Rejoignons doucement notre quartier et tombons sur Karen, la jeune bolivienne tant recherchée ... Nous partons, quant à nous, voir un film français à l'Alliance Française, joué par Sandrine Kiberlain et Fabrice Lucchini. La majeure partie du film se déroule à Paris et nous nous sentons bien loin de cette atmosphère sombre et monotone ! Nous nous retrouvons ensuite tous les quatre pour un dîner au café Tertulias, sur la plazza.
Samedi 25 mai 2002Aujourd'hui est célébrée l'Indépendance à Sucre. Une vraie fiesta qui commence dès huit heures du matin. Tout le monde s'est donné rendez-vous dans le quartier pour assister aux défilés des différents corps de l'armée qui posent, au volant de leurs camions, mitraillette sur l'épaule. Nous tentons de traverser la place, mais sommes pris dans la marée humaine qui s'agglutine sur les trottoirs. Une vieille femme en profite pour tailler, d'un coup de rasoir, l'une des poches de pantalon de Bruno dans l'espoir d'y voler quelque valeur. Malheureusement (pour elle !) la poche ne contient qu'un bonbon et quelques mouchoirs ... la prise n'est pas bonne. Bruno a juste le temps d'apercevoir la voleuse qui s'éloigne, mais ne se rend pas compte que la poche est déjà tailladée. Nous sommes bientôt rejoints par Karen et Philippe pour un dernier déjeuner avant notre départ pour Cochabamba. Un "bloqueo de camiones" bloque la route qui relie Sucre à Santa Cruz depuis près d'une semaine, mouvement entrepris par les paysans. Cette révolte a lieu depuis plusieurs années et se solde à chaque fois par plusieurs morts, opposition entre policiers et paysans en colère. Nous devons donc faire un détour de onze heures de route par Cochabamba avant de rejoindre Santa Cruz, en faisant neuf heures supplémentaires. Avons droit, comme à l'accoutumée dans la région, aux fouilles aux check point militaires : fouille du bus et chiens renifleurs à la recherche de substances illicites. Une véritable opération commando à chacun des arrêts. Faisons la connaissance, au cours d'un arrêt "dîner" de quinze minutes, d'une vieille femme bolivienne qui nous offre gentiment une clémentine en guise de dessert, ce qui ravit nos estomacs après la maigre soupe qui nous fait office de plat.
Dimanche 26 mai 2002Prise d'un bus dès notre arrivée à Cochabamba, à six heures du matin, pour Santa Cruz. Le bus est spacieux et confortable, ce qui nous permet de récupérer quelques heures de sommeil. Déjeuner léger de succulents ananas de la région au cours d'un arrêt du bus. Nous arrivons à Santa Cruz en fin d'après-midi et prenons une chambre dans notre hôtel habituel, chez nos amis les toucans. Fin de soirée calme à se balader dans le marché artisanal dressé sur la plazza.
Lundi 27 mai 2002Nous décidons de ne pas perdre de temps et réservons deux billets de bus "cama" pour Trinidad le soir même. Matinée consacrée à l'envoi de deux colis pour la France : après avoir trouvé la poste et demandé les renseignements nécessaires pour l'envoi des colis, nous partons à la recherche (quasi impossible) d'un tube à dessin en carton pour protéger notre récent achat. Nous voilà retournant à la poste, content de notre effort récompensé (nous avons quand même parcouru toutes les librairies et les quincailliers de la ville à la recherche d'un tube en carton ou en PVC ... denrée très rare), mais nous trouvons le rideau de fer de la poste baissé. Il n'est que 10h30 du matin ! Après renseignements autour de nous, nous apprenons que la poste est fermée une heure, pour cause de ... messe ! La meilleure de l'année ... Après-midi Internet où nous assistons, amusés aux rassemblements des familles boliviennes autour du téléphone, souhaitant aux mères et grands-mères une bonne fête. Départ en début de soirée pour Trinidad, plus au nord. Faisons la connaissance d'une américaine mariée à un bolivien et récemment installée à Trinidad, ravie de pouvoir converser dans sa langue natale.
Mardi 28 mai 2002Nous arrivons à Trinidad aux premières lueurs du jour. La ville est bien calme et la fraîcheur encore présente. Nous faisons quelques hôtels, tous plus rudimentaires les uns que les autres. Petit repos réparateur avant de partir à la recherche d'informations pour un séjour dans le bassin amazonien. L'offre ne semble pas être si variée que ça. Faisons la connaissance, alors que nous sommes assis à la terrasse d'un restaurant, d'un guide local recommandé par le Lonely et qui s'est associé à une agence. Nous rendons visite à deux agences situées dans la même rue Moxos et Paraiso. Le guide, Andemar Campos dit Papacho, travaille pour la seconde. Le tour de quatre jours de Papacho semble être le plus complet et hors des sentiers battus. Nous ramenons le prix annoncé au prix de l'autre agence et confirmons notre départ avec lui, demain matin. Après-midi repos, balade et lecture dans cette petite ville de 80.000 habitants aux allures de ville tropicale endormie.
Mercredi 29 mai 2002Nous retrouvons Papacho à 08h30 devant l'agence. La "camioneta", camion à plateau, est déjà chargée de l'équipement de camping, essence, moteur de bateau, victuailles et même de deux bancs en bois. Un suisse allemand, Simon, nous a rejoint. Nous sommes donc quatre. Papacho part faire le plein d'eau minérale, denrée rare dans la jungle, et de glace pour la conservation des aliments. Nous rejoignons Puerto Almacen, à une dizaine de kilomètres à l'ouest de Trinidad. C'est un petit port de commerce sur les rives du rio Ibare. Nous chargeons tout l'équipement sur une petite barque à fond plat en aluminium, tandis que Papacho installe le moteur. Nous voici naviguant depuis deux minutes, lorsque nous apercevons déjà un dauphin rose ! Non, ce n'est pas une vision. Trois types de dauphins vivent dans les rios de la région : rose, gris et blanc. Nous empruntons le rio San Pedro, affluent qui remonte vers le rio Mamoré. L'eau est boueuse. Nous naviguons parmi une végétation luxuriante d'où s'échappent des centaines de papillons : blanc, orange, jaune, ... Les plus beaux sont les papillons bleu électrique, de la taille de la main. Nous remontons doucement, à contre-courant, dans la moiteur tropicale. Croisons deux pirogues, creusées dans de longs troncs d'arbres. Plus légers, ils se déplacent plus rapidement que nous dans l'enchevêtrement de branches et troncs qui font leur apparition. De majestueux "arsa", sorte de héron blanc, nous précédent. Le cours d'eau se rétrécit de plus en plus. Le moteur se bloque alors dans la vase. Nous voilà immobilisés ! Papacho saute dans l'eau, chaussures aux pieds, pour tenter de dégager le bateau. En vain. Les garçons le rejoignent, après avoir enlevé les chaussures. Ils ont de l'eau jusqu'aux cuisses. Trois quart d'heure à pousser et ramer pour ramener le bateau jusqu'au rio Mamore, là où le niveau de l'eau est plus haut. Nous croisons les doigts pour qu'aucun crocodile ou piranha ne s'aventure près de l'embarcation. Ils sont nombreux dans le coin ! Nous naviguons pendant plus d'une heure sur la partie Est du rio Mamore. Quelques huttes en bois de palme bordent la rive. Petites et grosses tortues sèchent au soleil. Nous quittons le rio pour un bras de fleuve, mais le niveau de l'eau est trop bas et nous sommes de nouveau ensablés ! Les garçons se remettent à l'eau tandis qu'une violente pluie s'abat sur nous. Il ne manquait plus que cela. Sans aucun abri, nous sommes trempés jusqu'aux os en 15 secondes. La pluie tropicale dure trois minutes et nous parvenons à nous dégager. Séchons plus ou moins au vent pendant que nous naviguons à la recherche d'un endroit où déjeuner et passer la nuit. C'est alors qu'un violent orage s'abat de nouveau. Nous sommes gâtés ! Nous tentons de protéger les affaires sous une bâche avant de nous réfugier dans la jungle, un peu plus à l'abri des trombes d'eau. L'averse dure, cette fois-ci, une bonne quinzaine de minutes. Nous restons sans bouger. Papacho et Bruno dressent, à l'aide d'une bâche, une tente improvisée entre les branches. Nous rassemblons petit et gros bois pour allumer un feu et faire fuir les moustiques qui nous dévorent, et tenir à l'écart pour la nuit, reptiles, tigres et tapirs ... Que la fête commence ! La pluie cesse enfin et nous sortons les victuailles pour le déjeuner. Il est près de 16h00. Séance séchage sur le bateau, au bord de l'eau, entre deux éclaircies. Quelle journée ! La fin de journée se déroule entre deux orages. Nous dressons tant bien que mal deux bâches au sol pour monter les tentes. Le sol est imbibé d'eau. Heureusement, les bancs de Papacho nous permettent de nous asseoir au sec, sous la bâche tendue. De vrais Robinsons ! La pluie cesse vers 19h00, nous laissant un peu de répit pour discuter au coin du feu. Papacho nous raconte des histoires d'anacondas, serpent d'eau allant de 2 à 25 m, véritable terreur de la région, et qui engloutit les crocodiles sans broncher. Nous voila rassurés ... Des histoires qui font froid dans le dos. Les garçons espèrent en voir. Nuit agitée par les trois orages qui s'abattent sur nos têtes. Papacho dort sous une simple moustiquaire et doit être en train de faire une brasse coulée à l'heure qu'il est.
Jeudi 30 mai 2002Nous nous réveillons ... sous la pluie. De longs vers de terre sont venus se réfugier sous les tentes. Charmant accueil ! Papacho à dû se lever dans la nuit pour écoper le bateau. Démontage des tentes et petit-déjeuner de pain frais, fromage et thé... avant un nouvel orage. Et dire que nous ne sommes plus en saison des pluies ! Nous nous réfugions sous les bâches encore non démontées. Bruno enregistre même le bruit tellement l'averse est violente. Les petites grenouilles, grandes de 1 cm ne sont pas venues nous rendre visite ce matin. Elles ont du partir se réfugier ! Nous levons quand même le camp en fin de matinée. La pluie cesse un peu. Nous retournons sur le rio Mamore avant d'emprunter un nouveau canal, mais qui s'avère complètement bouché par la végétation. On dirait des milliers de feuilles de nénuphars enchevêtrées dans les racines. Mais il nous faut passer et c'est à coup de machette, rame et arrachage que nous tentons de nous frayer un chemin. Cela dure une bonne demi-heure. Ensuite, c'est une vraie partie de plaisir de pousser le moteur pour naviguer dans la mangrove ! Malheureusement, la joie est de courte durée car le moteur se met à fumer ! Problème de refroidissement. Papacho tente de naviguer avec l'unique rame pour rejoindre Puerto Balivian et chercher de l'aide. Sommes remorqués moins d'une heure plus tard par une pirogue à moteur, qui nous dépose près d'une grande maison où vit un vieux couple ... qui nous questionne sur notre tour et tente de nous vendre leur circuit ! Déjeuner sur place, tandis qu'un mécano sur sa pirogue tente de réparer le moteur. Cela dure quatre heures. Nous repartons à 18h00, l'obscurité tombe peu à peu et nous sommes encore bien loin ... Direction el Cabezon, à quatre heures de navigation, dans le noir total. Bruno montre le chemin avec sa lampe frontale, puis laisse Papacho se guider dans l'obscurité. Remplissage en cours de route du réservoir d'essence en quelques minutes, le temps d'apercevoir dans la nuit deux paires d'yeux rouges qui nous surveillent : des crocodiles ! La pluie commence à tomber et nous arrivons sous le déluge ! Nous n'en revenons pas de la facilité avec laquelle Papacho à réussi à trouver l'emplacement. Tout se ressemble et par dessus tout, nous sommes sous la pluie et dans le noir. Nous avons également une paire d'yeux rouges alors que nous accostons dans la vase. Super accueil ! Le terrain est en pente et bien boueux et c'est sous quelques acrobaties que nous déchargeons le bateau, gardant sans cesse un oeil sur le crocodile. Une vraie opération commando. Comme la veille, montage des bâches et des tentes, petit café ... il est déjà 01h00 du matin.
Vendredi 31 mai 2002Réveil vers 08h00 après une nuit bien froide. Au moment de partir, Papacho nous dit que les singes ne sont pas bien loin et, en cinq minutes, nous en apercevons plus d'une dizaine, petits et grands, sautant d'un arbre à l'autre, au dessus de nos têtes. Ils partent se nourrir. Nous prenons le bateau pour rejoindre Los Yayuses et traverser la pampa. La terre sèche et les hautes herbes laissent vite place à un terrain boueux et marécageux. Nous voici avec de l'eau jusqu'aux mollets !Cela valait bien la peine de tenter de prendre soin de nos chaussures pendant plus de huit mois ... elles ressemblent à deux éponges ! Nous traversons ensuite la jungle, et arrivons près d'une heure plus tard au petit village indien de san Bartolome. Maisons en bois et toit de palme, école ... tout est là en plein milieu de la jungle, à une journée en pirogue de Trinidad. Une vingtaine d'enfants de tous les âges entament une partie de football. Nous nous régalons de bananes et pamplemousses qui poussent par milliers autour de nous. Un vrai paradis du fruit ! papaye, citron, orange ... Nous traversons de nouveau la jungle pour rejoindre en vingt minutes une autre maison. La vieille femme qui nous accueille avec sa petite fille tente de faire fonctionner le poste de radio pour que nous écoutions le résultat du match d'ouverture de la coupe du monde de football ... nous apprendrons, au village suivant par des indiens désolés pour nous, que la France a perdu face au Sénégal ... ça commence bien .... Son époux arrive une demi-heure plus tard de la pêche et de la chasse. Rien n'a changé des temps passés, sauf l'acquisition d'une carabine. Mais la pêche est maigre. Il ne fait pas assez chaud. Papacho nous raconte qu'à la grande époque du trafic de cocaïne, les trafiquants rejetaient dans les rios les déchets nocifs intervenant dans la fabrication de la drogue, polluant ainsi l'une des principales sources d'alimentation. Les poissons morts flottaient par milliers. Nous ré-empruntons le même chemin pour rejoindre le bateau. Retour vers le campement en croisant de nombreuses variétés d'oiseaux, petits et grands. Déjeuner en fin d'après-midi d'une énorme pièce de bœuf cuite au feu de bois, tendre à souhait. Un vrai régal. Soirée autour du feu, entre séchage de chaussures et vêtements, dévorés par les moustiques qui restent insensibles aux lotions les plus coriaces, entourés par l'épais manteau de la jungle où survolent des perroquets multicolores. Les insectes nocturnes rythment notre nuit.
Samedi 1er juin 2002Réveil vers 08h00. N'ayant plus de pain, Papacho prépare de succulents beignets de fromage accompagnés d'une jarre de jus de pamplemousse frais. C'est notre dernier jour et une partie de pêche est prévue à Los Toros. Nous démontons notre campement et partons naviguer une bonne heure. Quelques petites frayeurs (pour Laurence) dont s'amuse Papacho, en lançant et faisant s'échouer le bateau vers les crocodiles qui sèchent au soleil. Nous arrivons au milieu de la forêt après quinze minutes de marche au bord d'une lagune. Séance de pêche aux piranhas de deux heures, qui nous vaut une bonne partie de rigolade. Les piranhas sont voraces et croquent même le bout du doigt de Papacho alors qu'il tente d'enlever l'hameçon ! Nous les avons régalés d'un reste de viande crue de la veille : ils semblent apprécier ! Déjeuner un peu plus tard, de piranhas pochés au bouillon et riz. Ils font moins les fiers. Un vrai délice. Quelques dauphins viennent nous rendre visite. Nous reprenons le bateau à 17h00, il reste une heure pour rejoindre Puerto Almacen. Nous naviguons sous un ciel bleu, au soleil déclinant, sur le rio Ibare et sur la jungle. Un paysage de toute beauté que nous apprécions après trois jours de pluie. La camioneta est là et nous vidons le bateau. Direction la maison de Papacho pour un dernier café avant de rejoindre le terminal des bus plongé dans le noir comme toute la ville. Nous prenons place dans le bus de nuit, tout boueux et sentant quelque peu le feu de bois !
Dimanche 02 juin 2002Arrivée à 5h30 à Santa Cruz. Nous attendons près de cinq heures dans le patio de l'hôtel qu'une chambre se libère, en compagnie de nos deux toucans préférés. Journée Internet pour la mise à jour du carnet avant le départ de demain pour le Brésil.
Lundi 03 juin 2002Nous quittons l'hôtel aux premières heures direction la gare ferroviaire qui se trouve dans l'enceinte du terminal terrestre pour l'achat des billets de train. Nous prenons le train de 15h00 pour la frontière brésilienne et l'achat ne peut se faire que le jour même. Un jeune français, Jean Charles, résidant à l'hôtel nous accompagne ; il se rend aux Missions Jésuites par la ville de San José de Chiquitos. Nous arrivons un peu avant 07h00 devant les guichets qui ouvrent à 08h00. Déjà plusieurs personnes patientent. Nous attendons près de deux heures que notre tour arrive, munis d'un numéro. Billets en main, nous retournons à l'hôtel boucler nos affaires, envoyer les derniers messages Internet avant le long voyage pour rejoindre Rio de Janeiro. Vingt heures de train en classe Pullman, aux sièges inclinables. Nous n'avons pas pris de classe "bratcha" qui propose repas et vidéo, car elle est la plus chère. Nous nous rendons compte, avant que le train ne parte, que la restauration à la place n'est pas nécessaire : des vendeurs ambulants de boisson, salé ou sucré, friandises passent toutes les 10 secondes dans les allées ! Il y a même la vente de savon, shampoing et lunette de soleil ! Nous traversons jusqu'à la tombée de la nuit, des paysages de pampa comme ceux découverts lors de la visite des Missions Jésuites. Marquons quelques brefs arrêts dans les petites gares permettant aux jeunes enfants de vendre café en thermos ou pomelos. Profitons de l'arrêt à San José pour acheter deux assiettes de poulet/riz a 5 Bs ! Croisons de nombreux "farmers", ces hommes vêtus du même uniforme, salopette, chapeau et tiags, croisés à plusieurs reprises et parlant une langue proche de l'allemand. Trajet de nuit sans encombre. Nous ne sommes même pas dévorés par les moustiques !
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©2002 Laurence & Bruno Morel