Carnet de route d'Argentine

Principales villes visitées :


Salta
Cafayate
Mendoza
Los Molles - Las Leñas
San Carlos de Bariloche
Puerto Madryn
Rio Gallegos / El Calafate
Ushuaia
Buenos Aires
Delta du Tigre
San Antonio de Areco / Lobos
Buenos Aires (suite)

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Vendredi 05 Juillet 2002

Nous quittons l'hôtel de Foz de Iguacu côté brésilien en début de matinée. Direction la frontière argentine que nous rejoignons en bus de ville. Il ne nous faut pas plus de vingt minutes pour atteindre le poste d'immigration brésilien. Un coupon nous est remis par le chauffeur de bus, nous permettant de prendre le bus suivant, une fois les formalités effectuées.

Un colombien et un argentin, avec qui nous discutons un bon moment, les deux s'exprimant dans un français parfait, nous accompagnent. Nous prenons le second bus pour nous rendre au poste frontière argentin, à quelques kilomètres de là. La douane ne nous fait remplir aucun papier et se contente d'apposer un coup de tampon sur nos passeports ... Espérons que nous n'aurons pas de problème en sortant du territoire.

Nous remontons dans le bus direction le terminal de la petite ville de Puerto Iguacu. La ville est bien différente de Foz : les petites maisons remplacent les hauts immeubles, les rues en terre ocre remplacent les grandes avenues goudronnées ... la ville a plus de charme.

Arrivés au terminal des bus, nous nous renseignons pour des billets direction Salta, dans le nord-ouest argentin ; billets que nous réservons pour le lendemain. Après un peu de change effectué dans la même agence, nous partons à la recherche d'une chambre. Les prix sont beaucoup plus intéressants qu'au Brésil. Nous posons nos sacs dans une petite auberge de jeunesse à l'équipe sympathique.

Nous regagnons le terminal où nous prenons un bus de ville, "El Practico" pour les chutes. Une vingtaine de minutes de trajet pour rejoindre l'entrée du parc. Les infrastructures semblent être de même dimension que du coté brésilien. Nous prenons place à bord d'un petit train qui nous conduit à la Garganta del Diablo, éloignée de cinq kilomètres. La passerelle que nous rejoignons depuis l'arrêt surplombe cette chute gigantesque et assourdissante. Des millions de mètres cubes d'eau se déversent sous nos pieds dans une descente infernale. La chute porte bien son nom.

Nous traversons de nouveau la forêt tropicale, plus dense, pour rejoindre le "paseo inferior", une série de sentiers menant au bord des chutes, empruntant escaliers et passerelles dans la végétation luxuriante.

Nous quittons les chutes vers la fin de l'après-midi aussi émerveillés que la veille du coté brésilien ; nous avons pu ici les approcher de plus près. Direction notre hôtel pour une séance Internet, puis premier repas en Argentine. Une vraie institution ! Nous nous régalons de viande grillée, tendre et goûteuse, accompagnée de vin au verre.

 


Samedi 06 et Dimanche 07 Juillet 2002

Nous quittons l'hôtel en milieu de matinée. L'agence nous annonce que notre bus pour Salta est en panne. Nous devons prendre le bus d'une autre compagnie jusque Posadas où nous trouverons une correspondance. Nous rejoignons Posadas sous la pluie. Attendons près de deux heures que le bus de notre compagnie nous emmène à Tucuman où nous devons de nouveau changer de bus. Faisons la connaissance d'un couple franco britannique et d'un français qui voyagent avec nous. Trajet de nuit dans un bus vieux et inconfortable.

Le jour se lève sur un superbe soleil alors que nous atteignons Santiago de Estero. La Cordillère des Andes se découpe au loin, majestueuse. Nous atteignons Tucuman où nous changeons de nouveau de bus. Le retard de la veille s'est allongé avec les crevaisons habituelles de la nuit. Un troisième bus nous conduit jusqu'à une ville, à 45 minutes de Salta, où nous changeons pour la quatrième fois de bus ! Nous ne sommes pas au bout de nos peines car à moins de 10 km de notre point de chute, le quatrième bus tombe en panne ... Nous voilà au bord de la route, ne sachant s'il faut rire ou pleurer. Heureusement, un bus local s'arrête et nous chargeons nos sacs.

Nous arrivons enfin au terminal de Salta, après 30 heures de bus et changé cinq fois de carrosse ... ! Les voyages forment la jeunesse. A ce rythme, nous rentrerons avec dix ans de moins ! C'est que nous ne recommandons à personne la compagnie Mendoza !

Nous rejoignons à pied le centre, traversant l'agréable parc de la ville où sont venus se détendre les nombreuses familles, en ce dimanche après-midi ensoleillé. Barque, vélo et barbe à papa nous changent les idées.

Nous posons nos sacs au Residencial Helena, un joli hôtel tenu par un vieux couple. Une belle maison coloniale où les chambres sont aménagées autour d'un patio couvert.

Il est déjà l'heure de dîner et nous rejoignons Xavier, l'un des français ayant voyagé avec nous pour une parillada. Nous aimons le style très masculin des hommes argentins, élégamment vêtus, distingués, portant souvent la moustache.

 


Lundi 08 et Mardi 09 Juillet 2002

Deux jours à Salta consacrés à la publication du carnet de route et des infos du Brésil. Un mois à retranscrire, nous avions quelque peu du retard !

Nous faisons le tour des agences pour obtenir des informations sur le "train des nuages" qui circule deux fois par semaine. C'est l'un des circuits les plus réputés de la région. Malheureusement, le train est déjà complet. Une alternative nous est proposée par les agences, le même parcours que le train mais en minibus. Version qui ne nous convient pas. Nous décidons de louer une voiture pour faire le circuit en une journée et enchaîner avec la fameuse boucle Salta / Cafayate, circuit de deux jours qui permet de découvrir les plus beaux paysages de la région.

Balade dans le centre où nous constatons les files interminables devant les banques de crédit, dure réalité de la crise que traverse le pays. L'inflation, à en discuter avec les locaux, semble être importante sur de nombreux produits de consommation. Nous n'avons pour notre part encore jamais eu de problème d'argent dans quelque ville que ce soit, ni de problème de sécurité.

 


Mercredi 10 Juillet 2002

Nous quittons l'hôtel avant le lever du jour et récupérons la voiture louée. L'une des responsables de l'agence arrive à l'heure dite, 6h30 du matin, au rythme des Beach Boys à fond !

Nous quittons la ville et prenons la direction du village de Campo Quijarro à 30 km de là. Le village marque le début de la Quebrada del Toro, sur laquelle se lève le soleil. Nous quittons la route goudronnée pour une piste de terre qui va se poursuivre jusqu'à San Antonio de los Cobres, notre dernier point de visite.

Les cimes prennent une couleur rougeoyante sous le soleil, les montagnes sont arides et bordées de cactus ... Nous longeons la ligne de chemin de fer, seuls. Le train des nuages emprunte le même parcours, part de Salta vers 07h00, mais met près de 15 h pour ce parcours, roulant à 30 km/h.

Nous atteignons, au bout d'une heure, les 2.100 m d'altitude. Le lit de la rivière est presque à sec. C'est la meilleure période pour emprunter ce circuit, pratiquement impossible en été. Le paysage est une succession de plateaux entourés de formations rocheuses aux formes étranges.

Pause croissants frais, achetés la veille au soir dans la petite boulangerie près de la place, que nous mangeons rapidement, engourdis par le froid. A l'approche du Nevado Delacay qui culmine à 5.950 m, le paysage ressemble à celui du sud Lipez : montagnes aux couleurs ocres arides et aux sommets enneigés, le tout sous un ciel bleu limpide. La rivière gèle à présent, pétrifiée par la glace.

Nous arrivons dans le petit village de San Antonio de los Cobres en fin de matinée. Nous sommes les premiers, les bus touristiques étant encore sur la route. Pause maté de coca avec le patron avant de rejoindre le viaduc La Polvorilla, à 20 km de là. Le train des nuages emprunte ce viaduc haut de 65 m et long de plus de 2.000 m, à 4.200 m d'altitude. C'est l'un des circuits les plus hauts du monde. Le train traverse ponts, tunnels, viaducs pour longer les Andes et rejoindre ... les nuages.

Le train ne passe que dans deux heures et nous découvrons cette impressionnante construction dans le calme.

Revenons sur le petit village minier de San Antonio pour un déjeuner autour de la grande cheminée avant de prendre le chemin du retour. Nous quittons tour à tour la puna rase et sèche où coule un petit cours d'eau, mélange de glace et de neige, et les hauts sommets pour des paysages vus le matin mais encore plus surprenants grâce à la lumière : des centaines de roches aux teintes diverses, rose, ocre, verte et aux formes étranges. La route est encore plus belle que ce matin. C'est pourtant la même !

Nous descendons en trois heures et rejoignons la vallée. Nous y croisons quelques argentins à cheval, une peau de mouton posée sous la selle. L'argentine authentique. De belles maisons aux vastes terrains bordent la route. Le paysage d'hiver ressemble à notre automne en France.

 


Jeudi 11 Juillet 2002

Nous reprenons la route au lever du jour, après un petit café croissant bien de chez nous. Une des habitudes est de servir le café avec un petit verre d'eau gazeuse. Les viennoiseries et pains sont de très bonne qualité.

La voiture ressemble à un nuage de poussière. Deux jours consacrés à la visite de la vallée Calchaquies et la Quebrada de Cafay. Nous décidons d'emprunter la piste en terre qui mène de Salta à Cachi, Molinos, Angastaco puis Cafayate, puis de prendre la route goudronnée qui va à Salta le lendemain. Cette boucle permet de découvrir deux types de paysages.

Nous roulons sur la route goudronnée jusqu'à l'entrée dans la Quebrada de Escoipe qui longe le lit asséché du Rio. Les gauchos semblent dormir, les chevaux sont seuls dans les champs. Nous traversons ensuite une vaste forêt, chemin de terre rouge, pas le moindre animal à l'horizon.

Puis le paysage change et la forêt laisse place à de grandes vallées encaissées, aux montagnes vertes ou rouges où s'accrochent des cactus. Nous traversons le très beau parc national Los Cardones. La vue du haut de la montagne, à plus de 3.300 m est magnifique. Les nuages sont accrochés à la vallée. Nous atteignons la petite chapelle à 3.348 m qui marque le début de la large route qui conduit à la " recta Tin Tin ", une route de 20 km traversant des cols élevés à plus de 3.000 m, rejoignant la célèbre route N° 40 qui part de la Bolivie et court sur près de 4.000 km, longeant les Andes pour rejoindre la Terre de Feu. La route se prête à de magnifiques photos panoramiques : milliers de cactus bordant la route, ciel d'un bleu limpide, sommets chiliens enneigés ... Deux argentins se sont assis sur deux chaises, au bord de la route, face à cette vue unique, buvant le yerba maté.

Nous traversons le village de Payogasta avant de rejoindre Cachi, au charme colonial. Pause déjeuner à une terrasse au soleil, petite sieste à l'ombre des poivriers et des palmiers du parc, entourés d'élégantes maisons blanches. Nous visitons la petite église du village, au toit en bois de cactus.

L'après-midi nous mène successivement aux villages de Molinos et Angastaco. La piste est dure et poussiéreuse, mais les paysages sont superbes : petits hameaux en terre et adobe, perdus dans les rares oasis qui ont survécu dans ce désert aride.

Nous arrivons à Angastaco en fin d'après-midi. Le soleil est encore haut et après un peu de repos, nous profitons de ses derniers rayons pour une balade dans le petit village désert. Apéritif pendant une partie d'échec, assis à la terrasse de hôtel. Décidément, ce jeu acheté en Chine nous aura bien servi !

Plusieurs clients arrivent en début de soirée, donnant un peu de vie à cet hôtel trop calme. Nuit dans notre lit en bois de cactus, avec une bonne couverture en laine de lama pour nous tenir chaud. De l'authentique ...

 


Vendredi 12 Juillet 2002

Départ aux premières heures du jour direction Cafayate. Nous traversons, toujours seuls, la très belle Quebrada de la Flechas, aux centaines de rochers en forme de flèches. Un vrai paysage lunaire qui s'étend sur près de 20 km. Nous parcourons les derniers 50 km qui nous relient à Cafayate, toujours sur une piste de terre. Nous nous sentons un peu l'âme d'aventuriers, sur cette ancienne route du Camel Trophy.

Nous arrivons dans l'agréable ville vinicole, au pied de la Cordillère, en milieu de matinée. Croisons trois gauchos à cheval, élégamment vêtus, longeant les vignobles. Pause " machon " de 11 heures au vin blanc et empanadas, assis à la terrasse d'un petit restaurant face à la place. C'est aujourd'hui le premier jour des vacances scolaires et un comité d'accueil attend les touristes à l'entrée du village. Le premier à passer se voit offrir une nuit sur place ainsi que le dîner et les excursions.

La vie s'écoule doucement à Cafayate et nous apprécions ces moments à ne rien faire sinon observer les argentins, petits et grands. Nous saluons avant de partir un petit gars de 11 ans vendant paniers et autres objets faits dans une matière proche du rotin et qui pousse dans la région, au pied des montagnes. Un vendeur né, bien sympathique avec qui nous échangeons quelques mots.

Nous sommes rejoints par un argentin d'environ 25 ans qui nous demande si nous retournons à Salta. Répondant par l'affirmative, il nous demande la possibilité de se joindre à nous avec sa fiancée. Nous hésitons un long moment à prendre à bord deux inconnus, mais acceptons finalement. Le jeune argentin part chercher sa compagne et il nous rejoignent moins de 10 mn plus tard. Le voyage se passe sans encombre. Ce couple est charmant et nous passons les trois heures du trajet à parler de l'Argentine, de son histoire, de sa terrible crise économique qui touche toutes les classes de population. La France et l'Europe sont des rêves pour tous ces jeunes qui nous parlent de leurs origines comme tous les argentins : espagnole, danoise ... Ils sont également fiers de nous raconter la vie d'Eva Peron, femme de l'ancien président, toujours aussi populaire.

La route que nous empruntons est goudronnée et traverse des vallées étroites et encaissées. Peu de végétation dans cet étrange paysage. La terre est ocre et les montagnes alternent entre le marron, le vert, le gris ... Le vent a sculpté des montagnes aux formes étranges : nous croisons tour à tour l'obélisque, la gorge du diable, l'amphithéâtre ... des cavités immenses creusées par le vent dans la montagne et bénéficiant d'une très bonne acoustique.

La variété des paysages nous semble cependant moins riche que sur le trajet de la veille. Et le reste de la route jusqu'à Salta est sans surprise. Nous quittons le jeune couple après le célèbre " abrazo " avant une fin de journée calme à l'hôtel ... dans l'attente de notre parilla à Don Martin !

 


Samedi 13 et Dimanche 14 Juillet 2002

Nous quittons Salta en début d'après-midi pour Mendoza, à plus de 1.000 km et 18 h de route. Le voyage est beaucoup plus confortable que le dernier, la compagnie Andesmar disposant d'un bus confortable et qui ne tombe pas en panne une seule fois !

Nous arrivons dans la capitale de la province du même nom, en milieu de matinée. En traversant la ville pour rejoindre notre hôtel, nous découvrons une longue file d'attente sur le trottoir : en ce dimanche, les argentins viennent troquer vêtements, petite vaisselle ou objets. La crise économique est partout et ce n'est qu'une scène parmi des milliers.

Nous posons nos sacs dans un petit hôtel (en plus, c'est son nom !) à la clientèle exclusivement argentine en cette basse saison. Dimanche après-midi à se balader dans le centre qui a perdu la majorité de ses édifices coloniaux, du fait des tremblements de terre. Larges avenues et rues commerçantes : les prix sont attractifs pour nous en cette période de crise, le peso n'étant plus indexé sur le cours du dollar.

Nous faisons un détour par l'Alliance Française, fermée, avant de rejoindre la Plaza de Independencia où viennent se détendre les mendozitos en famille. Barbe à papa, jeux de ballon, stands d'artisanat ... petite sieste sur la pelouse face aux jeux d'eau des fontaines.

 


Lundi 15 Juillet 2002

Une journée à Mendoza consacrée à la recherche d'informations sur la station de ski de Las Leñas à 430 km de là. Nous arpentons matin et après-midi les agences de la ville qui nous proposent quelques locations d'appartements à des prix astronomiques. Cherchons également des informations sur divers sites Internet, mais sans succès. Nous repérons cependant qu'un petit village, Los Molles, se trouve à moins de 20 km de la station, mais nous ne trouvons aucun information sur le web.

La période pour y séjourner n'est pas la meilleure, car c'est la première semaine des vacances scolaires et les prix s'en ressentent. Nous achetons finalement en fin de journée deux billets de bus pour San Raphaël, à trois heures de route de Mendoza et à égale distance de Las Leñas. Nous espérons y trouver plus de renseignements.

 


Mardi 16 Juillet 2002

Quittons avant le lever du soleil Mendoza. Une petite heure de sommeil dans le bus et nous ouvrons les yeux sur la Cordillère des Andes qui, à cette heure du jour, prend des teintes de rose. C'est magnifique ! Nous la longeons jusqu'à notre arrivée en fin de matinée. Nous n'avons aucune info sur San Raphaël mais repérons, en traversant la ville, un bureau touristique. La région est, comme à Mendoza, réputée pour ses vins. La ville ne ressemble pas aux autres villes visitées : pas de place centrale. Mais elle semble s'étaler par des rues et avenues infiniment longues.

A notre arrivée, prenons la direction du fameux bureau et passons devant un agréable hôtel, El Jardin où nous posons les sacs. Nous tentons de rassembler des infos en nombre limité sur Las Leñas. Rendons visite en premier à une agence réceptive, gérant des appartements sur la station. Après quelques recherches et une sportive balade à pied, nous sommes accueillis dans une maison de particulier dans le quartier résidentiel. Le gérant qui nous reçoit, tente de nous trouver quelque chose mais sans succès, nous promettant malgré tout de nous laisser un message si quelque chose venait à se libérer. Nous savons qu'il ne faut pas compter dessus. Nous rejoignons les abords de hôtel en passant devant de riches maisons, sans doute des exploitants vinicoles du coin. Passons ensuite quelques appels aux loueurs de voiture, envisageant même des allers-retours quotidiens, mais la route est trop longue (400 km aller-retour !) et les prix trop chers.

Il nous reste une dernière carte à jouer : le numéro de téléphone d'un des hôtels de Los Molles trouvé au bureau touristique ! Gabriela, la jeune réceptionniste du Lahuen Co nous confirme par téléphone la disponibilité d'une chambre pour quatre nuits, à un prix raisonnable incluant petit-déjeuner et dîner. Une aubaine pour nous ! Elle nous confirme également le passage d'une navette qui relie matin et soir Los Molles à Las Leñas. Ce qui nous évite de louer une voiture. Après tant de recherche, nos efforts semblent récompensés !

Nous partons réserver deux billets de bus avec la seule compagnie qui relie San Raphaël à la station de Las Leñas via Los Molles, la TAC. Ne réservons pas notre équipement de ski car il y a une petite boutique près de hôtel.

 


Mercredi 17 Juillet 2002

Trois heures de route pour rejoindre Los Molles. Le paysage qui nous mène à la station ne ressemble en rien à nos paysages alpins : étendues et reliefs désertiques, pas la moindre végétation à perte de vue.

Nous nous faisons déposer devant l'hôtel qui, à première vue, nous surprend quelque peu : nous imaginions un petit village de montagne, nous arrivons sur un plateau désert où s'alignent, le long de la route, trois hôtels et une boutique. Notre hôtel ressemble de l'extérieur à un bunker un peu glauque, aux murs vieux et décrépis. Nous pénétrons dans un hall désert où nous retrouve Gabriela. Nous prenons nos quartiers dans une chambre au bout du bâtiment après avoir traversé plusieurs couloirs. La chambre est simple, mais propre et chaleureuse grâce à son revêtement en bois.

Nous allons quand même visiter les deux autres hôtels situés à quelques centaines de mètres dont l'un d'eux est encore plus décrépit que le nôtre. Et ils s'avèrent plus chers. Retour au Lahuen Co, petite visite du bar et du restaurant. Il faut passer le premier sentiment de l'arrivée pour découvrir un intérieur plus agréable.

Nous passons à la boutique de ski, accueillis par un jeune, un peu allumé, qui nous fait bien rire. Le tarif est intéressant mais nous souhaitons connaître ceux de Las Leñas.

Le problème à présent est de rejoindre la station ! Nous partons à pied, longeant la route à l'affût de la moindre voiture qui nous prendrait en stop. Malheureusement, celles-ci sont rares et ne s'arrêtent pas. Nous gardons confiance et marchons dans le froid jusqu'à ce qu'un véhicule s'arrête : c'est une ambulance ! Nous courrons prendre place à bord, remercions chaleureusement le chauffeur qui nous propose, pour nous réchauffer, du coca ... Un petit quart d'heure de route pour atteindre l'une des deux stations les plus huppées du pays. Les bâtiments des appartements d'hôtels et hôtels s'alignent au pied des pistes, parmi quelques restaurants et écoles de ski. La station est récente (années 80) et on oublie les petits chalets de montagne.

Le domaine est bien enneigé. Nous nous rendons au bureau touristique puis au guichet de vente des forfaits. La seule boutique de location de ski propose des prix deux fois plus chers. Nous prenons nos marques avant une pause déjeuner sur la terrasse ensoleillée de l'Innsbruck, au pied des pistes. L'ambiance est familiale et nous profitons des rayons de soleil pour prendre quelques couleurs. Nous prenons au retour la navette de la TAC qui relie Las Leñas à San Raphaël et qui nous dépose à l'hôtel en une demi-heure.

Fin d'après-midi au chaud pour une petite séance thermes. L'eau à la forte odeur de souffre varie entre 38 et 42 °C. Elle provient des nappes souterraines volcaniques. Le concept est sympa, la petite mamie qui s'en occupe aussi. Malheureusement, tout cela mérite une bonne rénovation. Nous apprenons que le bâtiment date de 1943 ... et comprenons mieux l'état des cabines individuelles !

Le dîner, servi à 21 h, se fait attendre ... dîner tard est une habitude ici mais on a du mal à s'y faire surtout à la montagne.

 


Jeudi 18 à Lundi 22 Juillet 2002

Cinq jours de ski où nous bénéficions plus d'un temps froid et neigeux que chaud et ensoleillé. Nous avons malgré tout deux jours de très beau temps, nous permettant d'abandonner un peu nos deux capes de zorro et zorette, achetées à la station, nos vestes et pantalons ne nous protégeant pas suffisamment.

La station possède la plus grande partie de ses remontées mécaniques sous forme de télé-sièges modernes. Malheureusement, nous regrettons que les mauvaises conditions climatiques obligent à fermer les télé-sièges, condamnant ainsi l'accès à la majorité des pistes. Le réseau skiable est très agréable et convivial, bien que possédant peu de pistes réellement techniques. Nous nous amusons comme des fous sur ces larges boulevards, Bruno s'élançant même du haut des sommets pour du hors piste dans une belle et fraîche poudreuse. La réverbération du soleil et l'absence totale de sapin ou de végétation, accentuant ainsi le rayonnement solaire, occasionnent une brûlure aux yeux de Bruno, mal protégés par ses lunettes de soleil. Le voici à présent équipé de superbes lunettes de compétition, dignes d'un champion.

Nous faisons la connaissance d'un couple franco-argentin tenant l'une des boutiques de la station et gérant, durant la saison en France, un hôtel à Courchevel.

Nous quittons chaque fin d'après-midi Las Leñas pour notre petit hôtel pour une soirée calme. Nous rendons les équipements de ski le dimanche soir. Partons lundi matin comme d'habitude par la navette de 09h00 venant de Malargue et louons à la station les équipements pour un prix deux fois et demi supérieur. Journée couverte et neigeuse, faisant déserter la plupart des skieurs des pistes. Nous reprenons en fin d'après-midi notre bus pour San Raphaël. Devons enchaîner pour un second bus direction Mendoza dans le but de rejoindre le lendemain matin, Santiago au Chili. Mais la compagnie Andesmar nous confirme que la route est bloquée par la neige et ce jusqu'à la fin de la semaine. Que faire ?

En dix minutes, nous changeons nos plans et décidons de passer la nuit sur place pour partir demain soir à San Carlos de Bariloche, plus au sud. Nous trouvons un hôtel bien agréable, le Residencial Elena, pour un prix dérisoire. Nous décidons de visiter demain, dans l'attente du bus, deux ou trois bodegas du coin (ces domaines vinicoles qui font la réputation de la région). Nous commençons notre " apprentissage " par une bouteille de la maison Suter devant une bonne parilla !

 


Mardi 23 Juillet 2002

Après avoir obtenus quelques renseignements sur les bodegas à découvrir et leurs horaires de visite, nous rejoignons une rue proche du terminal des bus pour prendre un colectivo de Carlos Perez qui nous dépose à la bodega Suter, l'une des plus réputées.

La visite, très intéressante, dure une heure et nous découvrons l'histoire de Otto Rodolfo Suter et de son épouse, expatriés suisses qui ont fondé cette maison à la fin du XIXème siècle, faisant leurs premiers vins avec du pinot blanc importé par des français quelques années plus tôt. C'est à présent la troisième génération qui dirige le domaine : 300.000 ha de vigne et des vendanges de février à avril. L'infrastructure est importante et moderne. Les hautes cuves en aluminium / époxy et inox remplacent les anciennes barriques en chêne provenant de France, à présent en exposition. Ils conservent malgré tout le vieillissement en fûts plus petits, pour certains vins, ceux-ci provenant de France ou des États-Unis. Nous repartons avec deux bouteilles de blanc en cadeau, le même vin que bu la veille.

Direction une deuxième bodega, la maison Jean Rivier, située à quelques centaines de mètres de Suter. La bodega est plus petite : 69.000 ha de vignes, 90 % de sa production vient de sa récolte et 10 % de vendanges d'autres bodegas. Les appareils d'exploitation, comme la tonnellerie, sont pour la plupart français. La création de la maison Rivier date de 1956 et a été également créée par une famille suisse. La visite dure une trentaine de minutes et s'achève par la dégustation d'un Tokai vieilli en fût. Nous remercions chaleureusement l'un des responsables nous ayant accompagné pour cette visite.

Nous souhaitons visiter une dernière bodega, la bodega Bianchi, aussi réputée que Suter. La dernière visite est prévue dans vingt minutes ... et elle se trouve à l'autre bout de la ville ! Aucun bus ni taxi à l'horizon. Nous accélérons le pas afin d'avoir un bon rythme de marche pour parcourir les 4 à 5 km qui séparent les deux domaines. Nous arrivons quinze minutes après l'heure indiquée. Heureusement, la visite a pris du retard et nous reprenons notre souffle en attendant le guide.

La maison Bianchi se situe en plein centre de San Raphaël et couvre, par ses installations, tout un quadra, pâté de maisons. Elle possède également en dehors de la ville un autre domaine visitable où sont élaborés le champagne et une partie des vins, grâce à des installations très modernes. Le site où nous nous trouvons sera bientôt transformé en musée. Nous découvrons avec surprise que le vin blanc pétillant New Age, que des hôtesses venaient nous proposer en dégustation chaque jour à l'Innsbruck de las Leñas ou sur les pistes, est le vin " tendance " de la maison Bianchi. Bianchi a été créée en 1928 par une famille italienne. Le guide nous explique tous les processus d'élaboration et de vinification. Cinq étages d'exploitation et de stockage. Seule la chaîne d'estampillage est différente de celles vues précédemment. Elle se fait par une équipe de quinze personnes, hommes et femmes, tous les jours de l'année. Certains posent la capsule, d'autres les étiquettes, d'autres encore le cachet de cire. Une vraie chaîne humaine. Petite dégustation d'un rouge Valentin Bianchi 1887 avant de partir.

Nous sommes ravis de cet après-midi qui nous a permis de mieux connaître cette région vinicole où de nombreux expatriés sont venus s'installer au début du siècle. Petite pause dans un Wine & Coffee bar, devant une picada de charcuterie et de fromages. Nous rejoignons en milieu de soirée le terminal des bus.

 


Mercredi 24 Juillet 2002

Direction San Carlos de Bariloche, agréable station balnéaire au pied du lac et du parc naturel de Nahuel Haupi. Bariloche marque le début de la Patagonie. Près de seize heures de routes vallonnées et lacs avec, en toile de fond, la Cordillère des Andes enneigée. La route serpente une alternance de paysages à la végétation rase, puis de forêts. Nous arrivons en milieu d'après-midi. Le temps est au beau fixe, mais le froid est bien là !

Après plusieurs petits hôtels du centre, tous hors budget et nous accueillant pour certains de manière un peu hautaine à la vue des sacs à dos (la station chic ne semble pas être trop accoutumée aux routards), nous trouvons notre bonheur à la Hosteria Lago Azul, à la famille très sympathique et la maison charmante. Partons découvrir le centre aux maisons de bois qui donnent à cette ville un air de suisse argentine. Nombreux ont été les suisses à s'installer à Bariloche au début du XXème siècle. Maison de bois, chocolat chaud et Saint-Bernard caractérisent Bariloche.

La ville est le point de départ de nombreuses balades et activités : la station de ski est à moins de 20 km, un circuit en bateau permet de découvrir la région des sept lacs ... Le Chili est à quelques kilomètres et nombreuses sont les familles qui viennent y passer le week end. La ville qui fête ses 100 ans cette année, est devenue réellement touristique dès 1924, quand les premiers visiteurs ont pu y venir par train ou par route depuis Buenos Aires.

Nous partons faire un tour du coté du Centro Civico qui regroupe l'office du tourisme, la mairie, le musée de la Patagonie et autres bâtiments. Les maisons sont en bois et pierre, et font face au lac. Pause chocolat chaud crémeux dans une petite confeiteria.

Fin de soirée à la Casita Suiza qui, comme son nom semblerait l'indiquer, prépare des spécialités suisses. Sommes déçus par la fondue savoyarde et la raclette que nous commandons, de qualité moyenne.

 


Jeudi 25 et vendredi 26 Juillet 2002

Deux jours à Bariloche. Balade au bord du lac, découverte de la région grâce au très intéressant musée de la ville et découverte de la station de ski à 20 km du centre. Nous consacrons l'après-midi de jeudi à visiter le musée de la Patagonie, fondé par Enrique Amadeo Artayeta. La visite commence par une description détaillée de la faune vivant en Patagonie : oiseaux et rapaces, mammifères marins et terrestres. Plus de 200 espèces sont présentées et très bien conservées.

Le premier étage est consacré à l'histoire de la Patagonie : les peuples indiens qui vivaient là depuis 10.000 ans, l'arrivée des colons, les premiers explorateurs, ... et la vie du Dr Francisco P. Moreno, explorateur, anthropologue et historien (1852-1919) ayant entrepris les premières expéditions en Patagonie.

Les dates les plus connues d'occupation humaine dans le nord ouest de la région remontent de 8.000 à 6.000 avant J-C, et jusqu'à 10.000 avant J-C dans le centre. La Patagonie et la Terre de feu étaient occupées par divers peuples indiens, pêcheurs, grâce à une faune riche en mammifères et mollusques. Les Yamana qui vivaient dans la partie méridionale de la terre de feu et dans le canal Beagle, et les Selknam u Onas qui vivaient à l'intérieur des terres, puis les Tehuelche, les Aonikenk ... Les informations sur leur mode de vie, tenue vestimentaire, structure de société sont présentées en détail. Puis vient la conquête des blancs, les batailles, l'exploitation et la destruction totale de ces peuples indiens dans des conditions dramatiques. De véritables génocides pour s'approprier les terres, soit plus de 800.000 km². Vient alors l'histoire de la Patagonie blanche, avec ses lois et sa nouvelle économie : riches propriétaires terriens, production massive de viande et de laine destinée à l'exportation.

Les dernières salles évoquent les premiers explorateurs de ces régions du bout du monde au XVI et XVIIème siècles. Les anglais marquent un grand intérêt pour ces terres. Explication également sur les divers traités signés à la fin du XIXème siècle entre le Chili et l'Argentine pour la répartition des territoires. Une visite fort intéressante qui nous permet de mieux comprendre tout le passé mouvementé de ces deux régions.

La journée de vendredi est consacrée à un aller-retour à la station de Bariloche que nous rejoignons en bus de ville. Elle est différente de Las Leñas : les maisons en bois remplacent les immeubles des années 80, les sapins couvrent une bonne partie des environs. L'infrastructure touristique est plus importante : nombreux restaurants, boutiques, écoles de ski et location de matériel. Le domaine skiable est plus bas en altitude et couvert par deux sociétés de remontées mécaniques. Il faut donc s'acquitter de deux forfaits pour skier sur toutes les pistes.

Le temps est malheureusement mauvais et après une bonne balade, nous nous réfugions au chaud pour observer la vie de la station. Petite arnaque sur une bouteille de vin et grandes explications avec le patron d'un restaurant qui veut nous faire payer le vin demandé au prix de la bouteille la plus chère de la carte. C'est la première fois qu'une telle situation nous arrive dans ce pays accueillant et sans problème. Mais nous ne supportons pas l'attitude du restaurateur nous prenant pour des vaches à lait, allant jusqu'à faire des conversions de devises pour nous dire que nous ne sommes pas à quelques francs près ! Il nous prend pour des américains ou quoi ? Mais nous tenons bon et partons après dix minutes d'explications en espagnol et anglais en payant le juste prix.

Dîner dans un restaurant ... grec (normal, en Argentine) de tsatsiki et autres spécialités, sur fond de sirtaky ... En ce froid hivernal, ça nous réchauffe un peu !

 


Samedi 27 Juillet 2002

Nous " chaussons " nos sacs à dos et nous voilà repartis ... direction Puerto Madryn sur la côte est, dans la province de Chubut et point de départ de la découverte de la péninsule Valdes. Seize heures de route pour traverser le pays d'Est en Ouest.

 


Dimanche 28 Juillet 2002

Nous arrivons à Trelew avant le lever du jour. Changement de bus cinq minutes plus tard pour Puerto Madryn que nous rejoignons en une heure. C'est aujourd'hui le 137ème anniversaire de la ville et on vient nous proposer de partager chocolat chaud et croissants. Nous sommes un peu fatigués de cette nuit de transport et partons à la recherche d'un hôtel. Le Playa nous convient bien et nous prenons une chambre à l'arrière du bâtiment, entièrement rénovée et plus calme que celles donnant sur la rue et la mer. Puerto Madryn, en ce dimanche après-midi, est bien calme. Longue balade le long de la plage, sous un soleil radieux, pour découvrir ce port où arrivèrent il y a 137 ans, cent cinquante gallois à bord du Mimosa et qui donnèrent à la ville le nom d'un baron du pays de galles. Puis vinrent espagnols et italiens, et la ville se développa autour des transports de marchandises, maritime et ferroviaire, jusque dans les années 50. Les années 60 virent le déclin de ces activités, bientôt remplacées par des entreprises industrielles (aluminium, ...) que l'on découvre à la sortie de la ville. Le tourisme se développa également grâce à la Peninsule Valdes et la migration annuelle des baleines, pingouins, etc. ... Malgré tout, nous trouvons la ville sans grand charme, aucun plan d'urbanisation ne semblant avoir été mis en place.

Déjeuner dans une jolie maison en bois, le Carracos, où nous rêvons autour d'une bonne bouteille de vin à 1001 projets. Fin d'après-midi à chercher une agence pour la découverte de la péninsule et une sortie en mer.

 


Lundi 29 Juillet 2002

Nous partons de l'hôtel de bonne heure pour une balade sur la péninsule, bientôt rejoints par une poignée d'autres touristes et notre guide, Daniel. Premier arrêt au musée situé sur la route de Puerto Pyramide. Nous découvrons toute la faune de la région, illustrée par des photos et de nombreuses explications.

La baleine franche du sud, tout d'abord, espèce protégée depuis 1935 et qui, après s'être alimentée du côté de l'antarctique et des îles malouines, migre en mars vers les deux golfes qui bordent la péninsule pour mettre bas et élever les baleineaux dans des eaux plus chaudes. Elle migre de nouveau en novembre / décembre, vers les eaux ouvertes. Une baleine femelle pèse de 30 à 32 tonnes, tandis que le mâle oscille entre 25 et 30 tonnes. Mesurant de 6 à 16 mètres de long, elle se nourrit essentiellement de plancton. La plus grande concentration de baleines franches se trouve ici. Le reste de la population mondiale, soit près de 3.000 mammifères, se situe en Afrique du Sud, Nouvelle Zélande et Sud Brésil. A sa naissance, le baleineau pèse déjà deux tonnes ! La mère lui donne 200 litres de lait par jour (!) et il prend, à ce rythme, 100 kg et 3 cm par jour ... Nous avons vraiment hâte de voir ces " monstres " marins.

Nous découvrons ensuite les autres espèces qui peuplent le golfe. L'éléphant marin qui pèse de 1 à 4 tonnes, se nourrit de poulpes et crustacés. Il pêche jusqu'à 1.500 m de profondeur, pendant une durée de deux heures, de nuit comme de jour. Le temps entre deux plongées étant de deux à trois minutes, il passe 90 % du sien sous l'eau. Viennent ensuite l'otarie, qui pèse de 100 à 300 kg et qui se nourrit de poulpes et calamars, l'orque, carnivore qui vient chasser les petits sur les plages ...

En sortant, nous découvrons au loin l'île aux oiseaux, bras de terre relié à la péninsule que l'on peut traverser à marée basse. Cependant, la zone est protégée depuis les années 70 pour la préservation des oeufs et il est à présent interdit de s'y rendre. Nous prenons la direction du petit village de Puerto Pyramide qui abrite environ 300 habitants. Après une balade sur la plage, nous prenons place à bord d'un bateau, bientôt rejoints par d'autres touristes. Le rêve d'une petite embarcation est loin ... sinon, il faut faire marcher la planche à billets. Nous voici revêtus d'un gilet de sauvetage : nous sommes superbes ! Pourquoi donc la princesse Diana, lors de sa venue en 1995, ne portait-elle pas ce si beau gilet ?

Près d'une heure trente de navigation pour approcher les baleines. La meilleure saison est en septembre / octobre, car elles sont accompagnées de leurs petits. Malgré tout, nous sommes ravis ! Nous en voyons six au total. Trois au large qui sautent, plongent, ... La première baleine que nous approchons, nous parait immense, mais elle doit faire dans les 10 à 12 m. Elle se rapproche de plus en plus du bateau, se glisse dessous et nous sommes comme des enfants penchés au dessus du bateau, à rire et à lui faire des signes, la suivant d'un côté à l'autre, dans une eau transparente. La baleine est un animal curieux, malgré sa masse. Elle vient s'approcher au plus près de l'embarcation, soufflant et plongeant, mais sans jamais toucher le bateau. C'est un spectacle magique. On rêve d'être en kayak auprès d'elle, afin de glisser dans l'eau calme. Les mouvements de son corps lissent l'eau à son approche. Ses tourbillons et jets d'eau, à moins de deux mètres, nous envoient de la brume. Nous partons ensuite observer un couple, tout aussi curieux à notre approche. C'est magnifique ! Les deux baleines sortent la tête de l'eau, tête sur laquelle s'est fixé du corail, ondulent leur énorme nageoire ou leur queue. Malheureusement, il est temps de rentrer au port. Nous resterions bien là pendant des heures.

Pause déjeuner qui nous permet d'observer d'autres baleines au large ou proches de la baie, avant de rejoindre notre guide pour la découverte de la péninsule. Caleta Valdes, immense bras de terre relié à la péninsule, abrite une bonne douzaine d'éléphants de mer languis sur le sable. Le paysage est sauvage. Nous croisons, sur la route de Punta Delgada, de grands lièvres de Patagonie aux longues pattes ainsi que des autruches et des moutons.

Découvrons des milliers d'éléphants marins et otaries depuis une falaise surplombant la mer. Certains jouent, d'autres se baignent ou dorment. Heureusement, aucun orque ne vient chasser dans les parages ! Nous regagnons Puerto Madryn en fin de journée, ravis de cette escapade.

Dîner à l'Ambigu, un joli restaurant installé dans une demeure restaurée.

 


Mardi 30 Juillet 2002

Matinée consacrée à une longue balade sur la plage déserte et ensoleillée, des moments qui ne sont pas sans nous rappeler nos balades dominicales dans notre belle baie de Somme.

Déjeuner chez Caccaros, devenu notre cantine, avant de prendre notre bus direction Rio Gallegos. Voyage de nuit comme à son habitude, sauf que nous subissons vaillamment le froid patagonien. La couverture remise par l´hôtesse est la bienvenue, mais ne suffit pas à nous réchauffer malgré les vêtements thermiques. Nous sommes emmitouflés dans nos parkas, mais nous avons froid toute la nuit. Les vitres sont couvertes de glace. Bienvenue dans le sud patagonien !

 


Mercredi 31 Juillet 2002

Nous arrivons au terminal des bus de Rio Gallegos avant le lever du jour. Ce n´est qu´une étape devant nous conduire à El Calafate, à quatre heures de route. Seule une compagnie Taqsa assure deux liaisons par jour pour cette petite ville au pied du parc naturel des glaciers. Nous achetons deux billets pour le départ de onze heures après un échange amical avec la guichetière qui parle très bien le français et qui a fait ses études à la Sorbonne (!).

Partons en taxi pour le centre ville, dans l´une de ces fameuses R12 jaune et noire qui peuplent le pays entier, afin d´avaler un petit déjeuner qui nous réchauffera. Nous assistons, à neuf heures, au lever du drapeau : les piétons et les voitures s´arrêtent, les argentins au garde à vous honorent le drapeau. Le journal télévisé sur l'une des chaînes principales nous fait, comme à chaque fois, sourire : si le présentateur n´a pas son ordinateur portable en face de lui, le journal du matin le remplace et il se contente de lire les dernières nouvelles fraîches !

Une idée à soumettre à nos vedettes du J.T. !

Nous prenons la route à l´heure dite, bientôt rejoints à la sortie de la ville par un jeune couple de belges qui attrapent la correspondance " au vol ". Les 300 km qui séparent Rio Gallegos de El Calafate prennent près de cinq heures, la route étant verglacée sur tout son parcours. Les paysages, vastes étendues de garrigue recouvertes de neige où apparaissent quelques estancias et de rares chevaux, sont perdus dans ce désert infini et blanc. Quelques cours d'eau gelés, des étendues aveuglantes à perte de vue, un ciel bleu limpide : nous pensons que cette route est plus belle à cette époque de l´année. Au détour d´un virage, nous descendons dans une vallée. Au loin se découpe la Cordillère enneigée, El Chalten et le Fitz Roy que l´on distingue ... à plus de 250 km ! Paysages surréalistes. Un mot que l´on a tendance à beaucoup utiliser, mais tellement vrai.

Nous approchons du Lago Argentino, le plus grand lac argentin de 1.560 km² et troisième lac du continent Sud Américain. Sa profondeur varie entre 35 et 1.000 m. Une bonne douzaine de guanacos, ces lamas sauvages, courent à notre passage.

Nous arrivons en fin d'après-midi et prenons une chambre dans le centre. Comme à Rio Gallegos, les trottoirs ne sont que des pistes verglacées et nous tentons, non sans mal, de maintenir notre équilibre, ce qui n´est pas facile ! Petit tour du centre, la plupart des commerces et agences sont fermés en cette basse saison. Nous réservons pour la journée de demain, une excursion découverte du parc naturel des glaciers et du Perito Moreno.

 


Jeudi 1er Août 2002

Le jour n´est pas encore levé quand nous quittons l'hôtel. Sommes une dizaine d´étrangers et argentins, dont le jeune couple de belges, Nathalie et Benoît, avec qui nous faisons plus ample connaissance. Surprenante coïncidence : nous portons le même nom de famille ! Nous avons donc Benoît et Bruno Morel ! Cela n´a pas été sans amuser le responsable de l´agence qui en perdait son espagnol.

Notre guide, Jorge, nous raconte, sur la route qui nous mène au parc, mille et une histoires de la région sur la dure vie des célèbres gauchos et sur les immenses estancias de la région. La majeure partie couvre une superficie de 15.000 ha. La plus vaste de la région, El Condoro, couvre 300.000 ha, regroupe 150.000 têtes de bétail et appartient au célèbre Benneton. On y produit 80 % de la laine nécessaire à la célèbre marque de confection.

Jorge nous dévoile quelques uns des secrets de survie des Gauchos, surpris par les tempêtes de neige si fréquentes, avec l´abattage de son cheval pour se servir de sa carcasse et de sa peau comme protection des basses températures et ce, selon lui, jusqu´à 14 jours.

Il nous raconte également les tueries entre gauchos et militaires, dans les plaines avoisinantes, qui se sont soldées par un massacre de près de 700 gauchos lors d´une célèbre bataille. Leurs conditions de vie actuelles sont à l´image de leur réputation de solitaires : quatre à cinq mois à travailler à l´estancia, sans sortir, puis ils vont ensuite en ville s´amuser et se défouler, dépensant ainsi en un week-end leur maigre salaire. Les enfants sont élevés en semaine, en ville, chez un membre de la famille.

Nous quittons le Lago Argentino où l´on peut faire du patinage à cette époque. Les minéraux de ce lac, d´origine glaciaire, lui donnent des teintes de vert, bleu et turquoise. Nous arrivons aux portes du parc national couvrant 600.000 ha, regroupant plus de 350 glaciers et classé au patrimoine de l´Unesco depuis 1981. Jorge nous explique en détails toute la richesse de ce lieu, de la formation d´un glacier à l´histoire du Perito Moreno. Nous avançons sur cette route déserte, entourée de sapins, d´immenses glaciers et montagnes recouverts d´un blanc manteau, jusqu´à ce que nous apercevions le fameux glacier. Nous restons sans voix ... Nous sommes face à un immense couloir de glace, rivière gelée qui s´écoule des glaciers, d´une hauteur maximale de 70 m et dont la profondeur peut atteindre 760 m. Cette " digue " de glace est venue, au cours du temps, obstruer le canal qui relie le Lago Argentino. Tandis que ce mur de glace avançait toujours pour toucher la terre de la péninsule Magallanes, l´autre canal exerçait une énorme pression provoquant alors des ruptures de pans entiers du Perito.

Les premières observations de ce glacier bleu turquoise remontent à 1899, dixit Alain Decaux. En 1903, l'avant du glacier se tenait à 750 m de la péninsule. En 1908, il ne se tenait plus qu'à 350 m et, 6 ans plus tard, à 100 m ! En 1917, on constate qu'il bloque le canal. Onze ans plus tard, sans cesse en mouvement, il recule alors de 150 m, le coquin ! Il faut attendre 1942 pour assister à la première rupture. En 46 ans, le Perito Moreno subit 10 cassures, la dernière datant de 1988. Depuis, le glacier continue d´avancer mais moins rapidement. Il n´y a donc plus ce phénomène, suspendu par les effets du réchauffement de la planète ... Cela nous fait prendre conscience, une nouvelle fois, que la sauvegarde de notre planète est importante. Voici l´une des plus grande réserve d´eau potable du monde, menacée.

Nous partons naviguer une bonne heure sur le canal de Los Tempanos. Nous ne sommes que dix à bord et le parc semble toujours aussi désert. Le bateau s'approche à 300 m de ce rideau de glace de près de 60 m de haut, et s'arrête plusieurs minutes. Silence total qui nous permet d'entendre vivre le glacier : il craque, il gronde, des pans entiers de glace s'effondrent à l'intérieur. Un vrai décor de théâtre. Nous naviguons parmi les icebergs qui se sont détachés de la paroi. Au loin, c'est la péninsule Avellaneda qui rejoint le Lago Argentino. Quelle beauté !

Nous filons nous réchauffer autour d'une soupe et d'un ragoût, avant une longue balade de près de deux heures depuis les passerelles et points de vue faisant face au glacier. Nous prenons le temps de le contempler. Il vibre, bouge et, soudain, un pan entier se brise en un bruit sourd dans l'eau. Puis, dix minutes plus tard, cela recommence un peu plus loin. Le bateau est reparti, avec à son bord, quatre passagers qui assistent au détachement d'immenses parois de glace depuis le pont, dont la chute soulève l'eau de manière surprenante et même inquiétante ! Ils ont dû avoir la peur de leur vie ...

Nous voici de retour à El Calafate, en cette fin de journée. La saison hivernale ne nous permet pas d'autres activités, mais nous sommes ravis de celle-ci. Retour en bus où nous discutons tout le long du trajet avec Nathalie et Benoît, qui achèvent dans moins de quinze jours leurs neuf mois de voyage en Amérique Centrale et Amérique du Sud. Partageons certains souvenirs communs à nos deux voyages, les mêmes coups de gueule, peurs ou joies ... récits que nous poursuivons autour d'un chocolat chaud. Nathalie et Benoît comptent rester une journée supplémentaire pour faire du cheval ; nous partons demain.

 


Vendredi 02 Août 2002

Rejoignons, encore endormis, notre bus et nous retrouvons Nathalie et Benoît qui ont finalement décidé de repartir à Puerto Madryn revoir les baleines !

Passons la journée à Rio Gallegos, ville limitée en activités culturelles ...

 


Samedi 03 Août 2002

Nous quittons Rio Gallegos alors que le soleil n'est pas encore levé. Nous prenons, pour la première fois en Argentine, un vol intérieur afin de rejoindre la ville la plus australe, Ushuaia. Le billet est à peine plus cher que celui du bus. Nous gagnons près de douze heures de transport et, surtout, nous survolerons toute la Terre de Feu.

Le vol dure un peu moins d'une heure et, bien placés du côté droit de l'avion, nous bénéficions d'une très belle vue sur la Cordillère recouverte de neige.

Nous survolons l'immense détroit de Magellan qui sépare la Terre de Feu de la Patagonie, avant de voler au dessus du Chili. Puis, nous entamons une grande boucle et découvrons la baie d'Ushuaia. Le ciel est d'un bleu limpide. Nous découvrons une ville, aux maisons de bois, posée au bord de la baie entre mer et montagne. La Cordillère, après un si long voyage, vient terminer sa course ici. Nous qui la suivons depuis notre arrivée fin mars au Pérou, sommes émus. Comme nous le sommes également d'être ici, au bout du monde.

L'avion se pose au pied de l'eau. L'aéroport est moderne. Nous y trouvons, comme toujours en Argentine, un bureau d'information où nous sont remis diverses brochures. Nous sautons dans un taxi, une R12 comme nous en trouvons partout dans le pays, pour rejoindre le centre. La ville, en dehors du centre, ne semble pas très bien agencée. Les petites maisons de bois côtoient des bâtisses plus modernes et moins esthétiques. Nombreux sont les voyageurs qui critiquent Ushuaia, qu'ils trouvent sans charme. Nous sommes séduits.

Les quelques hôtels du centre ne nous conviennent pas pour des questions de prix et de situation trop centrale. Nos sacs sur les épaules, nous remontons doucement les rues qui surplombent la ville, prenant garde à ne pas glisser sur les routes et trottoirs verglacés. Un petit hôtel sur les hauteurs, le Mustapic, bénéficie d'une vue admirable depuis sa salle à manger. Mais les chambres sont sans charme et l'accueil laisse à désirer. Nous continuons notre ascension, découvrant de jolies maisons. Nous resterions bien là à contempler le paysage sans se lasser.

Nous rejoignons un petit établissement familial, Hôtel America, un peu à l'écart du centre. Exactement ce qu'il nous faut. Plein de charme et très bien tenu, nous décidons d'y poser nos sacs plusieurs jours. Nous partons ensuite à la recherche d'un petit restaurant de poisson et nous trouvons notre bonheur au Volver, installé dans une vieille maison. Nous sommes les seuls clients. Notre table donne sur la baie, près du port, et nous sommes réchauffés par un gros poêle à bois. Nous nous régalons d'une marmite de moules et de calamars frais. Après-midi balade dans la ville, toujours accompagnés de deux ou trois chiens, mélange de chien et loup qui se baladent en liberté. Plusieurs anciennes maisons en bois du siècle dernier font partie du patrimoine de la ville et sont classées. Elles abritent des bureaux de l'administration, des musées, ...

Nous rejoignons le port afin de connaître les horaires des bateaux partant en excursion dans la baie. En cette période hivernale, seules trois compagnies sont ouvertes. Un peu plus loin est installé un étrange monument, sorte de pyramide. Une plaque indique qu'il s'agit de la " capsule du temps " (!). Elle contient des disques vidéo avec émissions de télévision et messages émis en 1992, destinés aux habitants du futur. Elle ne doit être ouverte qu'en 2492. On se croirait dans un film de science fiction !

Dîner tranquille à l'hôtel, en compagnie du Saint-Bernard de la maison, Beethoven.

 


Dimanche 04 Août 2002

Petite grasse matinée avant de rejoindre l'un des musées les plus intéressants de la région, le Musée Maritime, ouvert depuis 1998 dans les murs de l'ancien pénitencier. Une enfilade de salles raconte l'histoire exaltante de cette région : des récits de navigateurs et explorateurs, aux maquettes des premiers bateaux, des premières cartes ...

Les modèles réduits exposés suivent la chronologie de la construction navale depuis cinq siècles. La caravelle Trinidad de Hernando, de Magallanes, dit Magellan qui découvrit l'estuaire qui porte son nom, en octobre 1520. Son expédition commença avec cinq navires d'origine portugaise et 266 hommes. Seul un navire, le Nao Victoria, arriva en décembre 1522 avec 17 hommes. Magellan s'aida d'une carte de 1519, " Lopo Homen " que l'on peut découvrir au Musée. Quand on voit le peu de détail de cette carte, on se dit que ces hommes étaient de formidables navigateurs. Nous découvrons d'autres maquettes de caravelles, bateaux prédits pour ces voyages d'exploration grâce à leur maniabilité. L'origine de ces embarcations remonte à 1450, au temps où ils étaient utilisés par les pêcheurs portugais.

Les frères Nodal, à bord de la caravelle Nuestra Senora Del Bien Suceso, partent d'Espagne en septembre 1618 pour aller en Terre de Feu et atteingnent le Cap Horn avant de remonter vers l'Espagne qu'ils rejoignent en Juillet 1619 ... sans perdre un homme.

Des dizaines de maquettes comme celles là nous dévoilent les récits fabuleux de ces premiers explorateurs qu'ils soient d'Espagne, de Hollande, de France, d'Angleterre ou de Belgique. Le climat rude, la réputation de cannibales qu'avaient les indiens vivant sur ces terres, ont rendu ces voyages difficiles. Nombreux étaient les naufrages.

Toute une série de cartes, représentations du Cap Horn et tracés des expéditions, nous racontent l'histoire de la navigation. Ce sont souvent des représentations artistiques, réalisées grâce aux descriptions des marins où les dates réelles se mêlent à l'imagination.

Une autre salle présente une série de photos noir et blanc du peuple indien Yamana, prises lors d'une missions scientifique au Cap Horn, en 1882. L'arrivée des européens, avec les maladies importées et le mode de vie différent, entraîna l'extinction de ce peuple.

Nous pénétrons ensuite dans une des ailes de l'ancien pénitencier qui raconte l'histoire du lieu et de ses prisonniers dès 1896. Quatorze prisonniers, suivis de onze hommes et neuf femmes volontaires, arrivent de la Isla de los Estados, située au large de la Terre de Feu où se trouvait l'ancienne prison. Les petites cabanes de bois sont bientôt remplacées par la construction d'un important complexe carcéral qui dure 18 ans. Cinq pavillons, 380 cellules qui accueillent jusqu'à 600 prisonniers. Les hommes qui y séjournent, sont condamnés à perpétuité ou à de lourdes peines. Le " presidio militar " ferme ses portes en 1947.

Les prisonniers sont assignés à diverses taches et participent, entre autre, à la construction des routes, ponts, maisons, chemins de fer, ... Chaque cellule raconte l'histoire de plusieurs prisonniers connus, de Mateo Banks à Radowitzky. Le lieu est froid, presque désert de visiteurs. On se sent gêné d'être là, dans cette prison tellement chargée d'histoire et de souffrance. A sa fermeture en 1947, la base navale argentine s'y installa.

Au premier étage du bâtiment, plusieurs cellules exposent des photographies sur les prisons du monde : Afrique du Sud, Australie, Etats-Unis, Japon, Inde, Italie ... Puis nous découvrons toute une aile dédiée aux expéditions en Antarctique, à seulement 1.000 km de là. L'Argentine contribua aux grandes expéditions entreprises par la Suède, la Belgique, la France ... Le sixième continent s'est transformé en un immense centre de recherche.

Maquette de briseur de glace, comme le Almirante Irizar construit en Finlande et qui a encore secouru, au cours de l'été 2000, un bateau de passagers bloqué dans la glace. Histoire de l'aviation et de la marine dans la région, station de radio, photos de bases scientifiques, des premières expéditions en Antarctique et des naufrages. Plus d'une vingtaine de salles ... On aimerait y passer des heures, revenir le lendemain pour tenter de tout comprendre.

Nous terminons par la salle des courriers, longue histoire également, depuis la création du premier bureau de poste à Ushuaia en 1890.

Nous quittons le musée après près de trois heures de visite. Une très belle réplique grandeur nature du phare du bout du monde, dont l'original se trouve sur la Isla de los Estados, est exposé à la sortie. Malheureusement, nous ne pouvons aller voir l'original, trop éloigné.

 


Lundi 05 Août 2002

Journée calme. Le temps est toujours au beau fixe, malgré le froid vif. Nous rejoignons le port en milieu d'après-midi, pour une excursion dans la baie et le canal de Beagle. Nous choisissons Patagonia Adventure, pour son petit bateau. Naviguons pendant plus de trois heures pour découvrir la baie, longer la côte déserte de toute habitation, pour atteindre le phare des éclaireurs qui indique aux marins l'entrée dans la baie d'Ushuaia. Nous rejoignons ensuite la Isla de los Lobos où se regroupent lions de mer, colombes de l'antarctique et cormorans royaux. Nous découvrons, au retour, toute la chaîne de montagnes qui vient se jeter dans la mer. La côte chilienne est en face de nous, de l'autre côté du canal Beagle.

Chocolat chaud à l'Ideal, un restaurant installé dans une jolie maison ancienne aux tons verts, avant un retour au chaud à l'hôtel.

 


Mardi 06 Août 2002

Ushuaia compte aussi une station de ski, Cerro Castor, à 27 km de là. Nous empruntons un bus de l'agence Rumbo Tur pour rejoindre la station, via la route 3. Lorsque nous quittons le centre, nous passons par la zone industrielle où les usines d'équipement électronique et autres se mêlent aux immeubles résidentiels. Puis, la route traverse la vallée, longe les " centros de deportes invernales ", petits complexes qui proposent des activités en hiver : ski, randonnées en raquettes ou chiens de traîneaux ...

Nous arrivons à Cerro Castor après vingt minutes de route. La station couvre 400 ha et comprend 15 pistes skiables pour tous niveaux. Un grand bâtiment en bois regroupe café, boutique, école de ski et location de matériel. Les équipements sont tous de marque Salomon, de très bonne qualité, que l'on peut louer pour un prix très raisonnable. Le forfait des remontées est un peu cher, mais à présent que nous sommes là, nous n'avons pas le choix !

Un premier télésiège moderne nous emmène sur le domaine, traversant la dense forêt de sapins où serpentent deux pistes. Les autres télésièges qui permettent de rejoindre les pistes sont aussi de bonne qualité. Il y a très peu de skieurs et c'est un vrai plaisir. Mais, le froid qui sévit nous glace les os et nous sommes obligés à plusieurs reprises de nous réfugier dans l'un des deux cafés du domaine.

Nous quittons la station dans le courant de l'après-midi, le froid étant trop dur. Nous décidons de ne pas faire de chiens de traîneaux, comme prévu initialement, car le parcours nous semble très court par rapport au prix demandé.

 


Mercredi 07 Août 2002

Dernière journée à Ushuaia. Le temps commence à se couvrir et la température à chuter. Nous avons appris que celle d'hier avoisinait les moins dix degrés. Sans doute avions nous un ou deux degrés de moins à la station. On comprend mieux notre état !

Balade du côté de l'aéroclub et de maisons longeant la baie, avant de rejoindre la douce chaleur de " Tante Nina ", un restaurant face à la baie, pour un savoureux " centolla ", le crabe de la région.

Nous hésitons à ramener en France un " maté ", ce récipient en argent ou en cuivre avec une paille, dans lequel les argentins boivent le " herba maté ", une infusion aux herbes. Comme les chinois, ils se baladent toute la journée avec leur maté, sans oublier le thermos d'eau chaude. La ronde du maté est une institution et se déroule entre amis ou en famille. Nous avons eu l'occasion de la tester lors de notre sortie en mer. Chacun boit dans le même récipient que l'on remplit à chaque fois d'eau chaude.

Petite pause rafraîchissante dans une très belle " casa de té " avant de rejoindre notre hôtel.

 


Jeudi 08 Août 2002

Nous voila quittant Ushuaia sous un ciel pluvieux. Direction Buenos Aires, la " capital federal ". Nous arrivons après quatre heures de vol en ayant longé une bonne partie de la côte argentine. La température avoisine les 20 degrés et nous sommes loin des 0 ou -10 °C ... il nous faut donc ôter plusieurs couches de vêtements pour ne pas tomber d'inanition.

Un bureau touristique à l'arrivée nous donne les informations nécessaires à la recherche d'un hôtel dans le centre. Nous sautons ensuite dans un taxi " remis ", pré-payé, et rejoignons le centre de Buenos Aires à une dizaine de minutes. Les buildings se dessinent au loin. Après le péage, nous observons les conditions de vie insalubres de plusieurs milliers d'habitants, vivant dans des maisons précaires, posées devant les voies de chemin de fer, face aux buildings étincelants. Pas besoin d'aller en Inde pour voir que ces familles sont démunies et vivent dans la misère la plus complète.

Nous arrivons sur la grande artère, avenida 9 de Julio, où se trouve l'obélisque, l'un des symboles de la ville. Les immeubles en verre côtoient les immeubles anciens à l'architecture européenne : française, italienne, espagnole ... Un vrai musée ! Nous rejoignons la Calle San Martin où se trouve notre hôtel. Les quelques contacts que nous avons au cours de l'après-midi nous paraissent plus froids que ceux rencontrés dans le reste du pays. Il est souvent dit que Buenos Aires ne ressemble pas aux autres villes et que les gens y sont moins chaleureux. Ne jugeons pas avant d'avoir passé plusieurs jours ici.

Petite balade de fin de journée dans le quartier ; nous fonctionnons comme les chats, découvrant petit à petit en faisant des cercles dans l'espace qui nous entoure. Tout le monde ici nous recommande d'être prudents, la capitale n'étant pas sure en cette période. Nous sommes donc en code rouge, plus attentifs que jamais à ce qui nous entoure. Une attitude que nous avions quelque peu délaissée depuis plus d'un mois dans le pays ...

 


Vendredi 09 Août 2002

Une bonne grasse matinée et nous voilà à petit-déjeuner à 11h30, à l'heure où les argentins sont encore au café au lait / croissant, avec l'incontournable " dulce de leche ", sorte de caramel au lait dont ils raffolent et que l'on retrouve partout ...

Nous tentons ensuite de trouver une agence qui puisse nous renseigner sur notre destination de la semaine prochaine : le soleil ! Oui, nous sommes tombés sur la tête mais nous aimerions bien passer l'avant dernière semaine allongés sur le sable ... Rêve écourté quand une agence nous indique le coût d'une semaine dans les caraïbes, en USD bien sur ! Nous n'avons pas le droit, en tant que résident, de bénéficier de promotions Aerolinas Argentinas sur les vols extérieurs au pays. Tant pis pour le soleil !

Nous tentons quand même notre chance auprès d'une agence franco-argentine, Equinoxe ... Une adresse pas si intéressante que ça, contrairement à notre bon vieux guide, puisque nous sommes reçus par une des françaises de l'équipe qui prend de haut notre demande. Nous attendons toujours son coup de fil et son message Internet.

Nous changeons nos plans et décidons de rechercher des informations sur la province de Buenos Aires pour découvrir une ou deux estancias. Le bureau touristique nous fournit une liste par ville. Il y en a plus d'une centaine. Consultons, via le web quelques unes d'entre elles, mais les prix sont rarement indiqués ; les réservations se faisant souvent par l'intermédiaire d'agences.

Nous cherchons en parallèle une agence de location de voiture et trouvons la meilleure offre chez Dollar. Le bureau étant fermé dimanche, nous la réservons à compter de lundi. Quant aux estancias, nous décidons de nous rendre sur place pour faire notre choix. Toutes ces recherches nous prennent la journée et c'est exténués d'avoir parcouru la ville en long et en large, que nous rentrons à l'hôtel.

 


Samedi 10 Août 2002

Une journée calme en ce samedi ensoleillé. Nous en profitons pour aller nous balader dans le quartier de Puerto Madero, la zone du vieux port de Buenos Aires entièrement réhabilitée. Nous descendons la City, vaste quartier de banques internationales, d'immeubles modernes et anciens. Le quartier est animé le jour, les hommes d'affaires se mêlant aux changeurs de rue qui attendent par dizaines sur les trottoirs étroits. Des centaines de porteños attendent également, discutent et partagent une soupe assis par terre, entre les fourgons blindés des banques. Des queues de plusieurs centaines de mètres se forment aux portes des banques, regroupant toutes les classes. La crise est de plus en plus dure : les prix ne cessent d'augmenter pour les argentins qui ont tout perdu lors du krach de décembre 2001. Lorsque nous discutons avec eux, et ce dans n'importe quelle ville du pays, plus personne n'a confiance dans les politiciens qu'ils traitent d'escrocs ou de voleurs. Malheureusement, ils considèrent que personne n'est capable de prendre le pouvoir sans être corrompu et ainsi remonter le pays du gouffre dans lequel il est plongé.

Nombreux sont les argentins qui, de jour ou de nuit, arpentent les rues à la recherche de papiers et autre matières à recycler. Ils sont des centaines, voir des milliers, à travers la ville, transportant leurs paquets à même le dos ou sur des charrettes.

Nous rejoignons la digue 4 qui permet l'accès au Rio de la plata. Certains vieux bâtiments du port ont été remplacés par des immeubles modernes. Les bâtiments en brique qui abritent à présent bureaux et restaurants, ont conservé leur style original avec des structures de fer qui provenaient d'Angleterre. Le projet du port fut présenté par l'ingénieur Eduardo Madero en 1882. Les travaux durèrent onze ans.

Pause déjeuner en terrasse avant de se balader d'une digue à l'autre. La digue 3 abrite une belle frégate, Sarmiento, à quai depuis 1961. Nous prévoyons de revenir la semaine prochaine pour la visiter. Nombreuses sont les familles venues se promener en ce début de week-end. Fontaines et espaces verts permettent de se reposer là, à quelques minutes de la City. Nous ne pouvons pas visiter l'ancien hôtel des immigrants qui accueilla des milliers de personnes au début du XXème siècle, car les horaires sont restreints.

 


Dimanche 11 Août 2002

Journée à ne rien faire, sinon un bain de soleil dans les jardins de la Plaza San Martin, à l'ombre des palmiers. L'endroit est très reposant. La place est entourée de très beaux bâtiments historiques, mêlant les styles et les époques. Balade dans la galerie marchande, Pacifico, décorée de belles fresques peintes. Le projet d'origine, datant de 1899, était destiné aux magasins Bon Marché. Le site fût racheté par une compagnie de chemin de fer et hébergea plusieurs institutions de beaux arts. Il devient centre commercial ouvert au public en 1992. Séance ciné en cette fin d'après-midi, pour aller voir un film français sorti il y a quelques jours.

 


Lundi 12 Août 2002

Nous prenons la route vers midi, après avoir récupéré notre voiture de location. Quittons facilement le centre et prenons la Panaméricaine en direction du Nord. Nous rejoignons la ville de Tigre en moins d'une heure. Nous trouvons, auprès de l'office du tourisme, les informations concernant les hébergements et activités. Le delta du tigre regroupe cinq grands fleuves. Il est composé de plusieurs îles et canaux, maisons et pontons enfouis sous la végétation. Il faut emprunter les bateaux en bois faisant office de colectivo pour découvrir le delta.

Nous décidons de passer la nuit dans un B&B, une vieille demeure tenue par une charmante famille. Ensuite, direction le Puerto de Frutos d'où part un bateau qui effectue un circuit de plus d'une heure à travers une petite partie du delta. Le lieu est vraiment agréable : dans ce petit port de commerce, se succèdent échoppes de fruits et d'artisanat. La vannerie provenant du delta et la fabrication de meubles en bois sont deux des activités locales. On y trouve de très belles pièces à des prix raisonnables.

Nous naviguons un peu plus d'une heure, empruntant les canaux pour découvrir un univers bien loin de la vibrante Buenos Aires ! Petites ou grandes maisons de bois, chacune se cache derrière son ponton individuel. Toutes ne sont pas des résidences secondaires et on y croise petits et grands jouant dans le jardin, faisant du kayak, ... Ecole, centre sportif, station d'essence fluviale, tout est prévu. L'eau semble cependant faire beaucoup de dégâts, et de nombreux pans de terrain sont effondrés. C'est la saison hivernale et les arbres sont nus, les fleurs absentes. Ce doit être un petit paradis en été ! Nous passons devant une maison de bois protégée par une structure en verre : c'est la résidence secondaire de l'ancien président Sarmiento au XIXème siècle. Nombreuses sont les vastes étendues qui restent à découvrir. Alors que nous rejoignons Puerto de Frutos, nous empruntons un bras du delta vierge de toute habitation. Fin d'après-midi à observer la vie du vieux port.

Aucun restaurant n'est ouvert en ce jour de semaine de basse saison. Heureusement, nous trouvons un petit chinois où toute la ville semble s´être donnée rendez vous !

 


Mardi 13 Août 2002

Nous quittons Tigre pour San Antonio de Areco, à une heure de route. Bâti en 1730, San Antonio est un village de tradition, fief de la culture gauchesca que nous souhaitons mieux connaître. Le nom de Areco viendrait d'un officier espagnol qui lutta contre les indiens. Une autre légende raconte qu'il proviendrait d'une plante poussant le long du fleuve que mastiquaient les indiens. La population de San Antonio est l'une des plus anciennes et des plus traditionnelles de la province.

A notre arrivée, nous cherchons un bureau touristique pour obtenir un plan de la ville et de la région. Un musée, à l'entrée de la ville, indique " information ". Nous faisons la connaissance de Luis Gasparini, que nous surnommons depuis " le Grand Luis ", peintre qui nous accueille dans son musée atelier. Les quinze minutes que nous passons avec lui ne nous permettent pas de placer un mot : il est bavard, un vrai moulin ! Il nous raconte l'histoire de San Antonio, sa passion du gaucho et du cheval, sa famille ... et nous montre ses toiles, nous donne le nom d'une estancia à découvrir ... Et nous voilà repartant avec, non pas un plan de la ville, mais une toile ! Quel bon vendeur ce Luis !

Ce qui nous fait le plus rire, c'est que tous les établissements dans lesquels nous rentrons au cours de notre séjour, que ce soit hôtel, restaurant, boutique, bureau touristique, ... ont tous des toiles de Luis !

Après un petit tour à la mairie, nous trouvons finalement le bureau d'information, près du Rio Areco. Nous souhaitons trouver une estancia pour un ou deux jours. La province en compte, en fait, non pas 100, mais 350, et beaucoup ont conservé leur architecture d'origine et leur style : demeure centenaire, château français ou ranch. Les activités proposées sont, entre autres, équitation, polo, randonnées, pêche et on découvre la vie de l'estancia. Nous devrions trouver notre bonheur !

Premier arrêt à l'Ombu de Areco. L'estancia, ouverte le week-end, est fermée aujourd'hui pour cause de nettoyage. Nous continuons sur le chemin de terre pour rejoindre la Bamba. Une femme vient à notre rencontre alors que nous arrivons. Patricia parle très bien le français. Elle nous présente Isabelle, la maîtresse des lieux, qui nous fait visiter l'estancia familiale. Le prix est élevé, mais nous cassons la tirelire pour y passer vingt quatre heures. Un groupe de photographes et mannequins est venu passer la journée pour une séance photos. Nous posons nos affaires dans une très belle chambre avant de rejoindre tout le monde dans le parc ensoleillé pour déjeuner.

Après-midi cheval dans l'immense domaine où vivent chevaux et bétail : près de 350 bêtes. L'espace est immense et on comprend pourquoi la viande argentine est si tendre : les bêtes sont bien traitées et ne sont pas stressées !

Soirée lecture près de la cheminée du salon avant le dîner. Nous sommes seuls ce soir. Nuit bercée par le crépitement du feu de notre cheminée.

 


Mercredi 14 Août 2002

Notre premier regard, alors que nous sortons profiter de la lumière du jour naissant, se pose sur un gaucho de l'estancia qui rentre les chevaux, tous au galop, en longeant la maison. C'est très beau. Nous avalons rapidement notre petit déjeuner pour rejoindre Coco, pour une longue balade matinale. Nos chevaux, ce matin, sont plus vifs et partent au moindre mouvement de notre part !

Coco nous emmène jusqu'au bout du domaine. Sur le chemin, il s'approche d'une vache couchée et descend de cheval. Il vient la voir avec précaution et constate que la vache n'arrive pas à mettre bas seule. Il saisit une des sangles en cuir de sa monture et tente de dégager le veau qui sort la tête. Il saisit les deux pattes, les noue avec sa sangle et tire. La vache gronde un peu mais ne bouge pas. Il tire de toutes ses forces à trois reprises et parvient à dégager le veau. Nous observons, silencieux et admiratifs, cette scène. Le veau tente de reprendre vie et on voit, peu à peu, le corps chétif bouger et respirer. Coco bouscule la vache, lui tirant sur la queue et lui donnant des coups de pied, pour l'obliger à se remettre de ses émotions. Il nettoie sa sangle dans l'herbe, et nous voilà repartis. Quel grand moment !

Nous quittons la Bamba en fin de matinée pour rejoindre San Antonio à une quinzaine de kilomètres. Nous cherchons, à présent, un logement dans le centre et trouvons une chambre à l'Hostal de Areco, sur les conseils de Patricia.

Déjeuner face au Puente Viejo, un monument historique national de 1852, avant de rejoindre le " parque criollo ", le parc des gauchos, et le musée Ricardo Güiraldes. Ce petit musée installé dans une estancia du XVIIIème siècle fut inauguré en 1938 et porte le nom du célèbre poète et auteur du livre " Don Segundo Sombra " qui décrit la vie des gauchos. C'est le livre référence de toute la province et même du pays. Huit salles présentent successivement des meubles d'époque, des récits de gauchos, d'écrivains argentins, ainsi que l'œuvre complète de Ricardo Güiraldes. Photos de la famille qui vivait à la Porteña, une autre estancia des environs de San Antonio. Présentation des tenues traditionnelles : poncho, pantalon bouffant, large ceinture de cuir, bottes, chapeau, couteau ... le métal vient des mines de Potosi. Les pièces exposées sont très belles. Les autres salles renferment des objets personnels ayant appartenu au poète et à son épouse.

Dîner dans un petit restaurant familial, El Almacen, et fin de soirée à discuter avec l'un des patrons de l'Argentine actuelle.

 


Jeudi 15 Août 2002

Nous prenons la route en direction de Lobos, à une centaine de kilomètres de là. La route est quasi déserte. Arrivés à Lobos, nous nous rendons directement à la Mairie, sur la place principale, pour y trouver quelques informations.

Nous prenons une chambre dans un petit hôtel, un peu à l'écart du centre, avant de rejoindre un centre de détente pour y passer l'après-midi. Ils proposent piscines, soins de balnéo et autres. Nous visitons, pour le plaisir, quelques chambres. Le produit semble bon, mais nous sommes un peu déçus par la qualité des prestations du spa (?). La propreté des lieux laisse à désirer et le site, ouvert il y a deux ans, vieillit mal.

Nous découvrons une adresse formidable, sur les conseils du réceptionniste de hôtel : une petite parilla familiale le long de la route 41. Assis autour du bar, faisant face au feu, nous nous régalons de viande goûteuse, servie à volonté. Et ce n'est pas le choix qui manque ! Et l'ambiance est vraiment sympa. Familles du coin et routiers de passage viennent se retrouver là et la salle est vite remplie. Un vrai coup de cœur !

 


Vendredi 16 Août 2002

Nous avons repéré une estancia, à une trentaine de kilomètres de Lobos, et décidons d'y passer la journée, ensoleillée.

Nous prenons au passage, sur la route, une jeune argentine qui part faire la classe dans une petite école située après l'estancia. Le travail est rare et cette jeune étudiante en tourisme vient souvent faire des dépannages dans les écoles de la région.

Les trente kilomètres de piste nous permettent de discuter ensemble de nos deux pays. Nous la déposons devant sa petite école primaire, perdue au milieu des champs. Les enfants n'arrivent que dans plus d'une heure.

Nous rejoignons Santa Rita, une magnifique estancia du XVIIIème siècle, rachetée par un couple, Isabelle et Franklin, il y a quinze ans. Passionnés d'architecture, ils ont su, au cours des années, restaurer les deux bâtiments avec beaucoup de goût. Les travaux ne sont pas finis ...

Grande balade dans le parc, en faisant le tour des travaux en cours, avant de rejoindre le très beau salon pour un excellent déjeuner. Franklin vient discuter un peu avec nous dans un français parfait. Nous partons ensuite avec Ricardo, à cheval, découvrir le domaine. Nous avons cette fois-ci de vraies selles des gauchos, ces selles surmontées de plusieurs couches de couvertures, en laine de mouton ... Un vrai confort ! La balade est vraiment sympa et nous discutons pas mal avec Ricardo. Le troupeau de l'estancia est plus réduit, 150 têtes de bétail, mais il compte aussi chèvres, cochons et canards. Au loin, l'orage gronde, mais Ricardo nous assure que ce ne sera pas pour aujourd'hui.

Nous reprenons la voiture en fin d'après-midi, après une journée bien agréable. Perdons du temps car nous empruntons une mauvaise piste. Le jour baisse et nous rejoignons la bonne route, alors que la nuit tombe. Nous arrivons sur un chemin boueux. Une voiture et un camion sont immobilisés sur la piste qui s'est transformée en un véritable bourbier avec l'orage. Notre voiture a beaucoup de mal à tenir la route et surtout à avancer. Ce qui devait arriver, arrive et nous voilà, au bout de quelques minutes, glissant sans pouvoir garder le contrôle, sur le bas coté. Tentons de dégager la voiture, mais la pluie et la boue montent jusqu'aux roues ! Nous voilà bien ...

Les voitures qui passent sont dans la même difficulté. Elles s'arrêtent ou roulent au pas pour nous demander si nous avons besoin d'aide. Un vieux couple, en pick-up Ford, se propose d'appeler au village pour demander à un tracteur de venir. Tous sont vraiment sympas. La nuit est tombée. Une petite mobylette, sortie de nulle part, vient discuter avec nous, puis reprend sa route ... C'est elle qui semble le mieux s'en sortir !

Arrive un 4x4, en sens inverse. Deux hommes en descendent, viennent constater les dégâts, puis sortent une sangle qu'ils attachent à notre moteur, seul point d'accroche ! Nous voilà dégagés en cinq secondes ! Nous remercions chaleureusement nos sauveurs et reprenons, non sans difficulté, la route ... qui, au bout de 300 m, retrouve un aspect plus normal. La pluie semble n'être tombée que sur ces 300 m de piste !

Nous rejoignons notre hôtel, crottés jusqu'aux oreilles. Petit dîner au calme, nous nous rendrons à notre parilla demain !

 


Samedi 17 Août 2002

Journée calme passée à nettoyer la voiture et tenter de se connecter à Internet ... peine perdue, car la foudre s'abat bientôt sur la ville, faisant sauter le réseau téléphonique !

Après-midi TV et dernier dîner à notre parilla préférée "la vaca atada" où nous faisons l'ouverture sous un orage toujours aussi puissant. Le grillardin et le patron nous chouchoutent comme d'habitude et nous nous régalons chacun de deux énormes " bife " de chorizo, accompagnés du vin de la maison. Nous sommes bien tristes de devoir quitter ce lieu si convivial ; nous y retournerons lors du prochain voyage !

 


Dimanche 18 Août 2002

Nous quittons Lobos de bonne heure sous un ciel mitigé pour rejoindre San Antonio et sa fiesta gauchesca.

Malheureusement, les pluies diluviennes ont entraîné l'annulation de la fête, reportée au week-end suivant. Nous l'apprenons alors que nous arrivons sur le site et sommes franchement déçus. Nombreux sont les portenos, les habitants de Buenos Aires, à avoir fait le déplacement, les hôtels sont tous complets.

Nous en profitons pour visiter la ville après un agréable déjeuner en terrasse. Le soleil a fait son apparition. Nous découvrons avec intérêt que San Antonio est le fief de l'artisanat gauchesco. De nombreux artisans travaillent le cuir et l'argent, pour réaliser selles, étriers, tenues vestimentaires et coutellerie ... Nous prenons plaisir à les visiter un par un dans leurs ateliers. Ils nous reçoivent tous avec beaucoup de sympathie et nous expliquent le côté traditionnel de leur travail, et l'intérêt que les locaux et les étrangers portent à cette culture. Nous tombons sous le charme des étriers traditionnels "estrebos arequeros" composés de cornes de vache et taureau, armés de sangles en cuir et, pour les plus nobles, parés d'argent provenant des mines de Potosi.

Nous passons près de trois heures dans cet univers et constatons que la culture n'est pas maintenue dans un but commercial, mais fait bien partie du mode de vie de la province.

Dernier dîner au petit restaurant El Almacen où nous retrouvons cette famille si sympathique.

 


Lundi 19 Août 2002

Quittons San Antonio pour Buenos Aires, en ce lundi férié. La ville est calme et presque déserte. Nous rendons au loueur notre carrosse quelque peu abîme au niveau du pare choc et nous nous installons pour cette dernière semaine à l'appartement hôtel de la calle Sarmiento.

 


Mardi 20 au dimanche 25 Août 2002

Semaine passée à visiter Buenos Aires , la "Capital Fédéral". Puerto Madero et la frégate Sarmiento, à quai depuis les années 60 et maintenant reconvertie en musée. Le célèbre quartier de la Boca, et ses maisons aux couleurs si vives, ancien quartier des immigrés italiens et repère des artistes. Ce quartier populaire est le berceau du tango.

La Recoleta, quartier résidentiel où se concentrent musées, facultés, églises et parcs. Nous visitons le musée des beaux arts abritant des chefs d'œuvres de peintres et sculpteurs argentins et européens.

L'opéra Colon, réplique de l'opéra Garnier, est en partie non visitable du fait des répétitions du prochain ballet.

Balade en semaine dans la City, toujours aussi agitée. La calle Florida abrite deux couples de danseurs professionnels de tango dont nous ne nous lassons pas d'admirer l'élégance, la beauté des pas, le mélange de romantisme et de tristesse qui s'en dégagent. Nous en avons les larmes aux yeux.

Prenons le temps de faire les boutiques pour se refaire une garde robe à prix très attractifs. Dernière semaine bien agréable, ensoleillée, où nous aimons nous reposer à l'ombre des palmiers de la Plaza San Martin.

 


Lundi 26 Août 2002

Départ pour l'aéroport de EZE. Nous prenons notre avion à destination de l'Europe quittée il y a près d'un an. Le grand retour est amorcé. Nous réalisons à peine que ce formidable voyage touche à sa fin ...

 


Mardi 27 Août 2002

Une fois n'est pas coutume, Minou prend la plume pour raconter notre arrivée ...

De nombreux proches arrivent à l'aéroport et se regroupent derrière la porte sas pour accueillir Laurence et Bruno. Tout le monde guette avec une impatiente grandissante la sortie de chaque voyageur. Une heure passe. Les enfants présents manifestent de plus en plus leur impatience. Une autre heure passe et l'inquiétude commence à grandir : où sont ils ?

Soudain, une figure connue s'approche de la porte : c'est Bruno ! Il découvre le comité d'accueil, non sans émotion, et explique brièvement la perte des bagages avant de repartir dans le sas. Plusieurs dizaines de longues minutes s'écoulent avant que la porte du sas ne s'ouvre de nouveau : c'est maintenant Laurence qui découvre la surprise ! Elle aussi contient mal son émotion, mais il lui faut retourner à la quête des bagages.

Les proches, rassurés, acceptent mieux cette dernière attente. Finalement, Bruno et Laurence franchissent le sas et se jettent dans les bras ouverts pour étreindre leurs proches, petits et grands. Rires, larmes de joie et embrassades affectueuses alimentent le bonheur de ces retrouvailles. Même ceux qui n'avaient pas pu venir à l'aéroport se manifestent bruyamment : ils appellent sur les portables des proches pour tenter joindre Laurence et Bruno. La fête ne dure pas plus d'une heure, mais quelle fête !"

 

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©2002 Laurence & Bruno Morel